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Le coût social du carbone : les dessous

Par Dominique Mercier,
le dimanche 23 février 2014

Afin de justifier le financement d’infrastructure de production des énergies renouvelables, l’administration Obama s’appuie sur des estimations du « coût social du carbone ». Ces estimations reposent cependant sur des hypothèses arbitraires et biaisées, auxquelles aucun gouvernement responsable ne devrait accorder de crédit. Telles sont les conclusions d’une étude publiée ce mois-ci par le Capital Research Center [1], think tank américain libéral spécialiste des questions environnementales.

On sait depuis longtemps que les centrales électriques à combustion (pétrole, gaz, charbon) contribuent à augmenter significativement la concentration de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère. La plupart des scientifiques s’accordent également à dire qu’une augmentation très forte des concentrations atmosphériques peut faire augmenter la température terrestre. Par ailleurs, depuis Reagan, toute nouvelle réglementation est soumise à une évaluation coûts/bénéfices, afin de vérifier que les bénéfices de la réglementation en question pour la société excèdent ses coûts. Les normes environnementales, les taxes carbone et les décisions d’attribution de subventions sont donc censées être évaluées selon ce principe. C’est dans ce cadre que l’administration Obama évalue le « coût social du carbone », estimation en dollars des dommages causés directement ou indirectement par l’émission d’une tonne supplémentaire de CO2.

Le processus pour déterminer ce coût suppose néanmoins de faire des évaluations en chaîne. Il s’agit d’abord d’évaluer la sensibilité du climat à l’augmentation du gaz à effet de serre, c’est-à-dire son impact sur la température, la fonte des glaces, le niveau de la mer et l’écosystème. Il s’agit ensuite d’évaluer les effets de ces changements sur l’agriculture, les forêts, le tourisme ou les autres activités économiques concernées. Il s’agit enfin d’évaluer les adaptations technologiques possibles dans le futur et leurs coûts. L’ensemble des coûts précités estimés pour le futur sont ensuite ramenés à leur valeur présente [2] via des coefficients d’actualisation. Ainsi, pour chaque année, il y a plusieurs indicateurs, correspondant aux différents coefficients d’actualisation possibles. Chaque étape de ce raisonnement repose sur un certain nombre d’hypothèses et comme nous allons l’expliquer, ces hypothèses sont privées de bases raisonnables.

Tout d’abord, les conséquences négatives telles que prédites par les modèles ont en général tendance à être largement surestimées. Sur les quinze dernières années par exemple, les modèles donnaient en moyenne une hausse de température triple de celle réellement observée. De ce fait, si les estimations 2013 de l’administration Obama étaient honnêtes, elles devraient enregistrer un ajustement à la baisse du coût social du carbone. Hors, au contraire, les estimations du coût social du carbone ont augmenté (passant pour l’année 2020 de 7$, 26$, 42$ et 81$ à 12$, 43$, 65$ et 129$ respectivement).

Le peu de fiabilité des modèles est en fait inévitable et s’explique par plusieurs facteurs. Premièrement, il existe des « boucles de rétroaction » et les paramètres qui déterminent les coefficients de rétroaction sont largement inconnus. C’est le cas par exemple du réchauffement climatique qui entraîne l’évaporation de l’eau : cette évaporation peut conduire à la formation de nuages entraînant ensuite un refroidissement. Deuxièmement, ces fonctions sont spéculatives car personne ne sait comment l’être humain va s’adapter aux évolutions du climat si elles surviennent. Il faudrait que les analystes du coût social du carbone soient capables de connaître les changements technologiques qui surviendront dans 50 ou 100 ans. Or, qui en 1914 aurait pu prévoir Internet, le GPS ou l’iPhone ? Robert Pindyck, professeur au MIT et pourtant en faveur d’une taxe carbone, affirme qu’au vu des incertitudes, ces modélisations sont totalement arbitraires.

Par ailleurs, les modèles évaluent le coût des conséquences négatives sans évaluer le gain des conséquences positives. Un chercheur sur le climat, Craig Isdo, estime par exemple que l’augmentation du CO2 atmosphérique a eu et continuera d’avoir un effet positif sur l’agriculture. Selon lui, il est de l’ordre de 3.000 milliards de dollars depuis 50 ans, et il sera de l’ordre de 10.000 milliards d’ici à 2050. D’une manière plus générale, beaucoup de scientifiques s’accordent à dire qu’une hausse de température de 1°C –dernière estimation pour un doublement des concentrations de CO2 dans l’atmosphère- aurait des bénéfices nets pour le bien-être et la santé humaine.

Les estimations du coût social du carbone sont également biaisées dans la dernière étape du raisonnement, à savoir l’actualisation du coût trouvé dans le futur à aujourd’hui. En utilisant un taux d’actualisation plus raisonnable de 7%, le coût social du carbone diminue de 80% par rapport au résultat du modèle DICE (Dynamic Integrated Climate-Economy) de l’administration. L’ajustement de la sensibilité du climat au CO2 suite aux études récentes entraîne quant à elle une diminution de 40%. Si, de surcroît, les dommages sont projetés jusqu’en 2150 et non 2300 comme dans le modèle utilisé par l’administration Obama, le coût social du carbone est diminué de près de 90%, passant de 38$ à 4$.

Ces estimations exorbitantes ont cependant un avantage certain pour les militants écologistes et les idéologues de l’administration Obama : elles leur permettent de montrer que le choix d’une énergie renouvelable est toujours économiquement préférable à une énergie entraînant l’émission de CO2. Par exemple, l’énergie au charbon coûte 3 cents par Kilowatt contre 13 cents par kilowatt pour l’énergie solaire. Cependant, si l’on inclut le coût social du carbone, par exemple avec un taux d’actualisation de 1%, l’énergie au charbon ne coûte plus 3 cents par kilowatt mais 34 cents par kilowatt [3], ce qui rend alors le solaire bien plus intéressant. En sus de tous les biais déjà expliqués, aucune estimation n’est faite sur les dommages en chaîne causés par une énergie devenant 4 fois plus chère pour les consommateurs.


[1The Social Cost of Carbon, Marlo Lewis, Green Watch, February 2014, Capital Research Center

[2L’argent ayant un rendement, un euro à verser dans 10 ans vaut moins qu’un euro à verser tout de suite.

[3D’après le Natural Resources Defense Council, allié de l’administration Obama.

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