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Le « bois-énergie », une filière d’avenir ?

Par Jacques Auroy,
le mercredi 27 janvier 2016

Le devant de la scène sur le sujet très médiatisé des énergies renouvelables est largement occupé par le trio constitué des biocarburants, du photovoltaïque et de l’éolien. Mais qu’en est-il de de la filière bois ?

Les statistiques publiées par le ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie pour 2014, donnent un tableau assez étonnant : sur les 22 millions de Tep [1] de production d’énergies primaires [2] renouvelables (sur une consommation totale d’énergie primaire de 257 millions deTep) 39% sont issues du bois-énergie, 24% de l’hydraulique et 12% des biocarburants. En d’autres termes, plus de 50% proviennent du secteur agricole et assimilés, alors que l’éolien ne couvre que 7% et le solaire… 3%. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le bois-énergie occupe donc la première place dans la liste des énergies renouvelables !

Ce chiffre peut nous amener à nous interroger : qu’en est-il aujourd’hui de cette filière bois en France, dont on ne parle presque pas ?

Cet apparent désintérêt est d’autant plus anormal et surprenant que la filière possède un certain nombre d’atouts :

- La France dispose de l’un des plus importants massifs forestiers européens couvrant près d’un tiers du territoire national et ce massif est en croissance, par suite de l’urbanisation ;

- La coupe de bois est largement inférieure à l’accroissement naturel de la forêt : elle est évaluée à 42 millions de m3/an pour un potentiel de 86 millions de m3. D’après les milieux professionnels, 20 millions de m3/an supplémentaires pourraient être mobilisables d’ici 2020 ;

- En termes d’emplois, la filière représente 440.000 personnes employées en France, et sa croissance est directement génératrice d’emplois nouveaux non délocalisables. La profession considère que 1.000 m3 de bois mobilisés correspondent à un emploi de proximité ;

- L’utilisation du bois est souhaitable pour la préservation de l’environnement. D’une part, il est renouvelable et recyclable. D’autre part, l’exploitation d’une forêt apparaît nécessaire pour que les plus jeunes arbres aient la place nécessaire pour se développer et ainsi capter d’autant plus de carbone pour grandir. Le bois-énergie est enfin une ressource de proximité, avec un effet de transport limité par rapport à d’autres formes d’énergie pour son usage, ce qui contribue également à en faire une énergie intéressante en termes d’environnement.

Si l’on regarde maintenant ce qu’on fait de la coupe de bois, on voit que 60% de la masse d’un arbre a pour destination le bois d’œuvre (parquets, charpentes, meubles…), un domaine dans lequel la France est par ailleurs déficitaire. Pour les 40% restants, ils sont presque exclusivement utilisables comme bois-énergie ou bois d’industrie (papier, panneaux). Par ailleurs, sur les 60% destinés au bois d’œuvre, la moitié va finir en produits connexes de scierie [3], dont l’un des débouchés est également l’usage énergétique, en plus des usages industriels. On voit donc que le bois-énergie peut être un bon complément pour que l’arbre dans son ensemble soit valorisé.

On constate par ailleurs que les progrès technologiques de ces dernières années, ainsi que l’amélioration des formes de son offre commerciale (bûches, plaquettes, granulés) ont rendu le bois-énergie plus économique, plus sûr et plus propre. Ils le rendent plus opérant aussi bien dans le chauffage individuel, que dans le chauffage collectif ou industriel… En outre, les prix du bois-énergie sont beaucoup plus stables que ceux des énergies concurrentes, de même que son environnement règlementaire ou fiscal.

En conclusion, on ne peut donc que s’interroger sur les raisons qui font que l’attention collective se concentre sur les autres sources d’énergie renouvelable qui font très largement appel à des technologies dont la France n’est pas maîtresse, qui ne concourent que faiblement à la création de valeur ajoutée nationale et à l’emploi, qui ont une intensité capitalistique forte, et des impacts sociaux et environnementaux suscitant des oppositions locales parfois importantes… Tout cela milite pour dessiner des perspectives favorables au développement de la filière bois... Mais force est de constater qu’il ne semble y avoir aucune volonté politique dans ce domaine… Qu’est ce qui ne va pas ?

Dans un prochain article nous essaierons de faire une analyse des facteurs bloquants de son développement et ferons quelques suggestions d’amélioration.

A bientôt !


[1La tonne d’équivalent pétrole (symbole tep) est une unité de mesure de l’énergie. Elle est notamment utilisée dans l’industrie et l’économie. Elle vaut, selon les conventions, 41,868 GJ parfois arrondi à 42 GJ, ce qui correspond au pouvoir calorifique d’une tonne de pétrole "moyenne".

[2Forme d’énergie disponible dans la nature avant toute transformation. Si elle n’est pas utilisable directement, elle doit être transformée en une source d’énergie secondaire pour être utilisable et transportable facilement.

[3Résidus, produits et déchets divers résultant de l’enlèvement de l’écorce, de sciures, de rabotages, etc.

Messages

  • Bonjour,
    Article très intéressant car il aborde (sans complexe) la problématique suivante :
    1- j’ai besoin d’énergie.
    2- d’où vient-elle ?
    3- les atouts d’une filière "qui se cache".
    Pour ce qui est du 1) et 2), un éclaircissement permettrait de situer les énergies renouvelables à presque 10 points de l’énergie totale consommée en France (source Wiki). Donc le bois représente 5 % de l’énergie totale (en Tep). Il reste du pain sur la planche !
    Pourquoi cette filière se cache, question en suspens que l’auteur souhaite traiter plus tard.
    En guise de conclusion et d’amorce pour le prochain article, je pense qu’il faut s’écarter des sentiers économiques, financiers...et réfléchir à l’approche _ voire au rapport moral _ qu’a notre civilisation vis à vis des métiers manuels (les ébénistes disparaissent) et en particulier ceux issus de l’agriculture (il faut des bûcherons, les machines ne pourront pas tout faire).
    Car une filière qui fonctionne est une filière créatrice d’emplois or nous sommes en déficit d’exploitation forestière (seulement 50 %) et de balance commerciale pour environ 6 Milliards d’€ (source Agreste).
    Un petit exploitant forestier

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