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La tragédie des gazelles françaises

Par Bernard Zimmern,
le lundi 8 octobre 2012

Les chiffres qui tuent
France (estimation)Royaume-Uni(Nesta)
Nombre de gazelles 1.464 3.230
Emploi créés 2005-2008 57.000 252.000
source : France pH Group. UK : Nesta et ONS

Les médias sont pleins des manifestations de salariés protestant dans les rues contre la fermeture de leurs usines : Florange, Synthélabo, Peugeot. Mais personne n’indique qu’il s’agit certes de drames quantitativement minimes en face des 700.000 emplois qui disparaissent « normalement » chaque année en France – et qui disparaissent, car sinon nous fabriquerions encore des diligences.

Les drames sont moins dans ces fermetures que dans le fait qu’en face de ces 700.000 suppressions d’emplois, nous n’en créions pas 800.000 ou 900.000 de nouveaux. Et que c’est une situation qui dure depuis 1974 alors que si l’Allemagne ou les pays anglo-saxons ont connu ou connaissent encore du chômage, les USA par exemple ont créé en 30 ans plus de 60 millions d’emplois.

Comme le note un intéressant rapport canadien – malheureusement faussé dans une de ses conclusions essentielles – de l’association Cirano sur « incitatifs fiscaux dédiés aux anges investisseurs », « tout plan de création d’emplois devrait mettre l’accent sur les entreprises à forte croissance, même si l’identification de ces entreprises est difficile a priori. « Il existe en effet des évidences claires à l’effet qu’un petit sous-ensemble d’entreprises à fort potentiel crée la grande majorité des emplois qu’on attribue généralement aux PME (Henreksonn et Johansson 2010) et influence la croissance économique. Comme l’écrivent Mason et Brown (2011), there is considerable empirical evidence to support the proposition that a small proportion of firms, often termed gazelles, create the majority of jobs in any cohort of new businesses. ».

Il est vrai qu’un très petit pourcentage de firmes, les High Growth Firms, envrion 6% au Royaume-Uni auraient produit plus de la moitié des emplois nouveaux créés dans la période 2005-2008, soit 1.250.000. Mais sur ce total, les gazelles, définies par l’OCDE comme des HGF de moins de 5 ans d’âge n’auraient compté que pour 20% [1].
La vraie portée des gazelles est moins dans les emplois qu’elles créent que dans l’émergence d’entreprises jeunes à fort potentiel dont une partie donne naissance aux géants de demain. C’est ce qu’explique parfaitement un rapport de la Kauffman Foundation de mars 2010 [2].

Le drame de l’emploi français est que nous ne produisons que très peu de gazelles et qu’aucun de nos programmes d’incitations fiscales ne pousse à en créer.

Suivant la dernière étude que nous publierons sur le site IRDEME, nous aurions créé dans la période 2001 à 2005 un peu plus de 1.400 gazelles telles que définies par l’OCDE contre 3.230 au Royaume-Uni. Les gazelles françaises auraient créé 44.498 emplois dans la période 2005-2008 contre 252.000 emplois au Royaume-Uni : 2 fois plus de gazelles, 4 fois plus d’emplois.
Derrière cette floraison britannique, intervient au moins partiellement un programme fiscal, l’EIS, analogue à notre Avantage Madelin à cette différence près que les plafonds de défiscalisation ont été dès le départ 10 fois plus haut et le sont restés, et que le Treasury britannique a mis en place un dispositif de contrôle a priori du bon usage de l’avantage fiscal, alors que Bercy s’en est lavé les mains (voir éditorial Emploi 2017 du 24 septembre : « Comment Bercy a torpillé la création d’entreprises de croissance) .

Nos programmes d’incitation fiscale ont servi à faire de la « défisc », le programme britannique a fait converger sur 1.000 entreprises nouvelles par an 300.000 £ sur 2 années de suite, largement de quoi créer 1.000 gazelles de plus par an. [3]

InvestissementsMadelin 2008EIS 2007-08
montants investis en millions 740 € 760 £
nombre souscripteurs 112.700 11.000
montant moyen par souscription 6.566 € 69.000 £ #100.000 €

[1Rapport Nesta « Measuring Business Growth » octobre 2009

[2High growth firms and the future of the American economy.2010

[3Une étude récente « Study of the Impact of the EIS and VCT on company performances » de l’ Institute for employment Studies de l’Université d’Essex peut créer un trouble mais cette étude compare les performances de gazelles financées par l’EIS (ou le VCT un autre dispositif moins important) avec celui de gazelles non financées, et très logiquement trouve que les secondes sont plus rentables ou jouissent d’une plus hautes productivité, tant il est vrai que des enfants qui naissent ou grandissent tout seuls sont plus aguerris contre les difficultés de la vie. Mais ils ne se sont jamais posé la question de combien d’entreprises et d’emplois supplémentaires ces dispositifs ont créé, ce qui est la question essentielle.

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