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La sécurité de l’emploi crée le chômage
La Droite qui vend de la sécurité et non de la croissance

Par Bernard Zimmern,
le mercredi 20 février 2013

Nous rappelions récemment comment David Birch, le créateur visionnaire de la démographie des entreprises, en 1985 analysait déjà l’origine du chômage grandissant en Europe en comparant la turbulence de l’économie américaine et celle de l’Europe. La turbulence économique, un concept clé, est le degré de disparition des entreprises existantes et leur remplacement par des entreprises plus jeunes.

L’Europe offre beaucoup plus de sécurité aux individus au moins à ceux qui ont déjà un emploi, elle est beaucoup plus humaine que l’économie américaine mais elle s’adapte beaucoup moins au changement.

Dans les années 1970, les États-Unis ont créé 19 millions d’emplois supplémentaires à partir d’une base d’environ 70 millions, l’Europe en a, quant à elle, créé seulement 1 million à partir d’une base beaucoup plus large de 105 millions. Les USA ont créé plus d’emplois en quelques mois que la Communauté Économique Européenne dans les 10 dernières années.
La contrepartie de cette explosion d’emplois, ce sont d’énormes transferts géographiques de main-d’œuvre on se rappelle l’importance aux USA des parcs de caravanes.
Les projections [en 1985] montrent que la Communauté aura besoin de 6 à 8 millions d’emplois nouveaux d’ici 1986-87 et de l’ordre de 12 à 15 millions pour atteindre le plein emploi.
Et David Birch se lance dans 5 propositions pour redresser l’emploi :

> il faut donner plus d’importance sociale à l’entrepreneur, qui n’est pas tellement accepté en Europe
> il faut réduire les freins de l’entrepreneur, notamment le pouvoir de licencier du personnel rapidement et de déplacer ses lieux d’activité, quand et où c’est nécessaire
> il faut accroître la capacité des personnes à acquérir de la fortune. L’un des secrets les mieux gardés des US est que la plus grande partie de son capital risque ne provient pas des fonds de capital risque ou d’autres institutions ; 80 à 90% proviennent de personnes privées, plus de 30 milliards chaque année ; alors que les fonds de capital risque génèrent seulement 1 à 2 milliards.
Il n’y a pas de réseau de financement informel d’une telle ampleur en Europe, alors que ce réseau est essentiel au développement de l’entrepreneur.
> il faut réduire les conséquences de l’échec. Il existe un grand respect aux USA pour l’entrepreneur qui a échoué, c’est l’inverse en Europe.
> il faut enfin construire des liens plus forts entre les universités et les entreprises. Beaucoup de professeurs aux USA sont impliqués dans des entreprises, beaucoup moins en Europe.

Cette analyse est visionnaire à travers ses remarques dont la plus importante, celle touchant les Business Angels, attend toujours d’être comprise en France ; et à travers l’intuition que ce sont ceux qui ont su réussir dans l’entreprise qui seront le mieux à même de financer la création d’autres entreprises, ce que nous appellerons les "chiens truffiers" de la création d’entreprise.
Mais ce texte pose en outre une des questions vitales de notre temps : peut-on atteindre le plein emploi, peut-on éviter le chômage sans accepter un très fort taux de destruction des emplois existants ?

Au début de cet article, David Birch avait noté que le taux de disparition des emplois américains était de 8 à 10% des emplois chaque année.
Transporté dans la France de 2012, avec environ 20 millions d’emplois marchands, ce serait 2 millions d’emplois qui devraient disparaître chaque année.
Nous avons déjà publié, à partir des études de Claude Picart INSEE, que les disparitions d’emplois seraient « seulement » de 1 million, moitié moins. Et ce ratio de 1 à 2 se serait même aggravé dans la mesure où les disparitions d’emplois aux USA se seraient rapprochées de 15% autour des années 2000.
Si nous suivons ce fil, ceci voudrait dire que c’est parce que les décideurs de notre société, politiciens, syndicalistes, hauts fonctionnaires, passent leur temps à vouloir conserver les emplois existants et ont truffé la législation d’obstacles aux licenciements, que le chômage français se perpétue et s’aggrave.

En résumant l’argument, notre société est soumise à des évolutions technologiques rapides et seules les économies qui savent s’ajuster, non pas tellement créer des produits techniques mais adapter les techniques nouvelles à leurs domaines traditionnels, seules ces économies savent créer assez d’emplois pour assurer le plein emploi. Mais la destruction d’emplois est aussi énorme et oblige, du haut en bas de la société, à des ajustements pénibles, y compris dans les localisations géographiques.
Ce ne sont certes pas ce que nous ont vendu les politiciens français : de droite ou de gauche, ils n’ont cessé de nous vendre de la sécurité et de se faire élire sur les thèmes de la gauche : sécurité, lutte contre les inégalités, solidarité.
En d’autres termes, il ne pourrait y avoir de plein emploi – ou d’arrêt de la progression du chômage en France - qu’en acceptant un niveau de fermeture d’entreprises et de licenciements devant lesquelles ont fui nos « élites » dirigeantes.

La question qu’il faut poser en terminant ce rappel d’un article de David Birch : y a-t-il des pays qui ont su échappe à ce dilemme féroce : la sécurité ou le chômage ?

Messages

  • Bien sûr, certains pays ont réussi ce tour de force de préserver sécurité et plein emploi. La Russie soviétique, Cuba et autres utopies communistes...

  • Je pense que l’on peut faire les 2 en même temps, on ne peut pas envisager l’un sans l’autre, je ne veux pas ressembler aux états unis ou au royaume unis, restons français mais réformistes...

    Je suis d’accord en partie sur 3 propositions de david Birch.
    N’étant pas un ultra-libéral mais plutôt "socio pragmatique", je commenterai 2 de ces propositions :

    > licenciement : la notion de rapidité doit être impérativement liée à une anticipation des difficultés à venir pour éviter les abus... je ne suis pas pour le licenciement à tout va !
    Par ailleurs ce n’est vraiment pas le seul frein. Je suis jeune entrepreneur et sans avoir mis les pieds dans l’entreprise je dois déjà provisionner 8000€ (honoraire avocats, formalité création, droits de mutation, publication JO).

    > Financement informel : je suis pour libérer le formalisme sur les aides aux entreprise, sur le mécénat, sur le don mais avec transparence, je n’aime pas le mot "informel" ça peut sous entendre une certaine forme de malversations...

    cdt

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