Emploi 2017

Des chefs d’entreprises au service de l’emploi

Accueil > Edito

La nouvelle génération des start-up

Par Valérie Pascale,
le dimanche 15 mars 2015

À l’heure où le gouvernement français emploie tous les moyens possibles pour relancer les créations d’entreprises – sans aucun résultat visible, apparemment–, le tout nouveau secteur des start-up, baptisé la New Infrastructure (nouvelle infrastructure), est en train d’émerger aux États-Unis. Il faut noter que cela se produit, non pas grâce à l’intervention publique et aux aides d’État, mais grâce à la liberté d’entreprendre, dont se félicite l’Amérique, et à l’absence de tous ces freins qui empêcheraient ce phénomène de se produire en France.

On peut penser à tort que des sociétés comme Uber ou AirBnB se basent sur les mêmes principes que Facebook ou Twitter, c’est-à-dire le partage, qui est le principe de base de tous les réseaux sociaux. Mais en réalité ces nouvelles sociétés ne font qu’exploiter des réseaux qui existent déjà, notamment grâce à l’invention d’algorithmes extrêmement complexes qui permettent de gérer les réseaux existants d’une manière particulièrement efficace.

L’innovation par construction de réseau laisse alors la place à l’innovation par exploitation de potentiel existant non employé, grâce à internet..

Pensez d’abord à FedEx, créée en 1971, qui a dû inventer un système de logistique très complexe pour construire un réseau à dimension internationale et assurer des livraisons à certain coût. Aujourd’hui, la société dispose d’une flotte de plus de 600 appareils, soit le deuxième parc mondial après celui de Delta Air Lines, et compte près de 3,5 milliards de dollars en actifs par an. Elle emploie par ailleurs plus de 200.000 personnes. La qualité de l’infrastructure de FedEx est devenue sa force.

Mais les start-up d’aujourd’hui adoptent une logique complètement différente. On parle de la nouvelle infrastructure puisque ces nouvelles start-up imaginent comment exploiter au mieux les infrastructures inemployées. Par exemple, Uber, créée seulement en 2009, vaut déjà près de 80% de la capitalisation boursière de FedEx. Pourtant, la société n’emploie que 2.000 personnes et ne possède aucun véhicule. Son infrastructure est représentée par les personnes intéressées par ses services et, d’autre part, par celles qui sont prêtes à mettre à disposition de la société leurs véhicules. Par opposition au secteur traditionnel de taxi, les personnes deviennent la nouvelle infrastructure des sociétés comme Uber, et il n’y a plus besoin d’investissement dans le capital physique.

Une autre société, pas encore connue en France, s’appelle Roadie, et elle s’apprête à faire concurrence à FedEx. Pourquoi a-t-on besoin d’une flotte d’avions ou de camions si chaque jour des millions d’Américains font leurs trajets avec leur voiture et sont prêts à transporter – à petits frais – des colis que les autres ont besoin de faire livrer ? Avec FedEx, cela coûte cher puisque l’on paie toute l’infrastructure derrière et tout le personnel qui se charge de traiter la commande. L’avantage de Roadie est qu’à l’époque des tablettes et des smartphones, chacun peut gérer sa commande tout seul, avec l’aide d’un petit logiciel extraordinairement intelligent.

Ou bien, à petite échelle, la société Instacart intervient dans le secteur de la livraison de courses à domicile. Elle compte également sur le réseau de personnes dotées de véhicule, qui sont prêtes à faire des courses pour celles qui n’ont pas de temps à consacrer à cette activité et à les faire livrer directement à leur domicile, en contrepartie d’une petite compensation. Au cœur de cette idée se cache, encore une fois, un algorithme intelligent qui permet de faire concorder les besoins des acheteurs avec les disponibilités des livreurs.

Enfin, citons l’exemple de la société AirBnB, qui a décidé de repenser la logique du secteur hôtelier. Dans son cas, les hébergements des personnes privées deviennent la nouvelle infrastructure pour le tourisme et font concurrence au secteur traditionnel des hôteliers, gérés par des professionnels qui manquent parfois d’une petite touche personnelle appréciée par beaucoup de voyageurs. Dans des endroits où le manque d’infrastructure traditionnelle liée au tourisme est important, les services proposés par AirBnB peuvent être une bonne solution, sans aucun investissement préalable à réaliser dans le capital fixe pour la société. Le rôle de ce dernier se résume alors à imaginer une plateforme de rencontre entre les bailleurs et les voyageurs, soit à équilibrer l’offre avec la demande. Autrement dit, donner envie aux gens de voyager et de recevoir.

Ces multiples start-up de la nouvelle génération ne font qu’exploiter au maximum le potentiel des infrastructures inemployées en s’appuyant sur les mécanismes d’optimisation et l’évolution permanente des technologies numériques.

Le Wall Street Journal, qui reprend l’exemple de toutes ces sociétés dans son article du 10 mars intitulé «  People Are Startups ’Infrastructure’  », y voit même un espoir pour les statistiques de chômage. Dans un pays, où il ne manque pas de jeunes personnes en bonne santé et sans activité permanente, de véhicules de toute sorte, ou de maisons à moitié vides, les start-up de la nouvelle génération peuvent apporter de nouveaux emplois et avoir un rôle dans la baisse du chômage. [1]


[1À quand la première start-up qui saura transformer en produit marchand, avec de nombreux acheteurs, le potentiel non employé de la fonction publique ?

Messages

  • J'ai l'impression qu'il y a quelques d'approximations dans cet article, qui mériteraient d'être corrigées :

    > Les exemples ne sont pas tous très bons : Fedex a presque 50 ans, et il y a eu des concurrents européens (une grosse boite allemande, je crois...). Mais surtout, pour les "startups" : la valuation de Uber n'est pas une valuation sur un marché public. Il n'est pas raisonable de comparer la valuation d'une entreprise non coté avec celle d'une entreprise coté : on ne peut pas dire que Uber "vaut déjà près de 80% de la capitalisation boursière de FedEx". De plus, les investisseurs privés ont intérêt à faire monter la sauce ; il est probable qu'une telle valuation est "gonflée", peut-être une bulle, qui explosera peut-être, ou qui se stabilisera, mais en tout cas il n'est pas encore sûr qu'il y ait un monopole naturel mondial qui justifie sa valuation. De plus, le modèle de Uber a des sérieuses lacunes : pour l'instant les conducteurs Uber ne payent pas de macaron de taxi, et pas non plus de charges sociales, ni d'impôts : cela risque de ne pas durer longtemps, et d'éroder quelque peu les marges... (la blague qui courre dans le métier, c'est "chez Uber, ils veulent Uber et l'argent d'Uber"). Ni Instacart ni Roadie n'ont prouvé encore leur modèle, leur activité principale pour l'instant paraît surtout de dépenser tout l'argent qu'ils ont eu d'investisseurs.

    > Les Français sont certainement parmi les meilleurs en Europe dans cette "économie du partage" : blablacar est pour l'instant un beau succès, et a levé 100M$ pour son développement international (non seulement en Europe mais aussi en Asie et en Amérique du Sud). Dans d'autres domaines d'innovation récentes il y a eu Criteo (coté en bourse, valuation aujourd'hui : 2.65 milliards), vimeo... et des tas d'autres.

    > Enfin, l'innovation actuelle n'est pas "en Amérique" ni "aux Etats-Unis", mais quasi-exclusivement dans une petite région de Californie du Nord. Dans le Dakota du Nord ou en Caroline du Sud, la densité de startup innovantes ne doit pas être plus forte que dans des régions similaires d'Europe. Il y a indiscutablement un dynamisme incroyable de la "Bay area" autour de San Francisco : mais c'est très localisé.

    > Pour terminer, il reste à voir si cette économie du partage, apporte tout les avantages qu'on lui voit, en particulier en terme d'emploi... Si les Français ont souvent tendance à être trop pessimistes (suivez mon regard... :) ), les Américains ont souvent une tendance à l'optimisme un peu exagéré aussi...

    (J'ai posté un commentaire similaire sur une liste de Polytechnique sur laquelle Bertrand Zimmern commente ; donc il a déja vu mon commentaire. Si vous avez des objections à mon commentaire, n'hésitez pas à les poster sur cette liste ; à part ça je suppose que mon commentaire pourrait être publié tel que, au moins pour donner une perspective plus pondérée. Merci d'avance pour cette honnêteté :) )

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.