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La générosité, vertu individuelle, peut-elle être collective ?

Par Bernard Zimmern,
le dimanche 6 octobre 2013

Les Français sont généreux et notre pays est l’un de ceux où l’appel à la générosité reçoit le meilleur accueil, que ce soit à l’occasion de grands désastres comme le tremblement de terre d’Haïti ou pour des actions humanitaires à l’échelle planétaire comme Médecins sans frontières.
Mais une chose est la générosité avec le don de son propre argent ou de son temps, une autre est celle faite au nom de la collectivité nationale par l’État.

Il est sans conteste que certains maux ou catastrophes humaines ne peuvent trouver de remède que dans un effort collectif car la taille même de l’effort dépasse la capacité des individus, même de fortunes telles que celle de Bill Gates.
Mais il est très difficile de réussir cette générosité collective car elle attire automatiquement toute une série de passagers clandestins qui profitent de l’aubaine ; ou, pire, elle peut aboutir à l’effet inverse de celui recherché.

Le « food stamps » était aux États-Unis un programme destiné à donner aux plus pauvres un minimum alimentaire ; créé en 1964 pour aider 350.000 personnes, les bénéficiaires atteignent aujourd’hui près de 50 millions de personnes ; difficile de prétendre qu’autant d’Américains sont menacés de famine ou de malnutrition.
Mais le plus grave est que les mesures de générosité sociales, non seulement multiplient les « passagers clandestins », mais aboutissent le plus souvent à des effets pervers beaucoup plus graves que les maux qu’elles prétendaient soigner.

On ne peut a priori qu’applaudir aux aides aux filles-mères, notamment les aides au logement. Ne s’agit-il pas d’éviter à la mère et à l’enfant des conditions de vie outrageantes ? Et les démographes de la fertilité française ne peuvent-ils se féliciter de voir des naissances, même hors d’un foyer ? Elles ne seraient pas quantitativement négligeables puisque d’après un rapport du Conseil économique, social et environnemental, Femmes et Précarité du 11 mars 2013, ces naissances représenteraient de 42.000 à 58.000 naissances par an.

Mais les psychiatres ont depuis longtemps montré que des garçons sans père sont une bonne graine pour la délinquance de demain. Et la médaille pile de la générosité n’a-t-elle pas un côté face qui encourage la multiplication des enfants sans pères ? Il serait connu dans certains milieux que le meilleur moyen pour une jeune fille de s’évader de sa famille à 18 ans consiste à se faire faire un enfant par le premier venu et d’aller trouver une assistante sociale pour se faire attribuer un F2, d’enchaîner éventuellement avec un second pour s’assurer un revenu décent. Mais il s’agit pour l’instant d’une question qu’il n’est pas convenable de soulever avec les statisticiens de l’action sociale et l’on cherche en vain – nous serions heureux de nous tromper - des enquêtes chiffrées.

Dans une des seules tentatives d’évaluation, en grandeur réelle, de l’effet d’une mesure d’aide sociale, jamais effectuée dans l’histoire de l’humanité et rapportée dans notre autre article (voir« negative tax experiment »), l’établissement d‘un revenu minimum, l’un des rêves de beaucoup d’idéalistes français, s’est avérée un désastre. La garantie d’un revenu minimum avait eu en effet la conséquence qu’une très grande partie de ceux faisant partie de l’expérience était purement et simplement sortis du marché du travail pour ne rien faire ou ne travailler qu’en intermittence.

Notre héritage catholique, plus que chrétien, nous a appris à être généreux ; mais sans prétendre que tous les mendiants de la station Saint-Paul se retrouvent à faire leurs courses au rayon spécialités des Galeries Lafayette comme cela nous est arrivé, il faut peut-être commencer à regarder avec esprit critique, peut-être même mercantile, toutes les mesures charitables et généreuses faites avec l’argent public, c’est-à-dire l’argent des autres.

À force d’être généreux, nous finissons avec le budget social le plus élevé du monde et, en écrasant notre tissu productif, nous multiplions les chômeurs, c’est-à-dire que nous faisons d’autres victimes. Générosité ou irresponsabilité ? Nous devrions systématiquement poser la question aux hommes politiques, journalistes ou hauts fonctionnaires qui se drapent dans le manteau de la générosité, et leur rappeler que la générosité se fait bien avec son propre argent et son propre effort, pas avec ceux des autres.

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