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La France et le Capital - Un abîme de mécompréhension

le lundi 29 octobre 2012

Par Raffy Kazandjian. Ancien Président CDC-Innovation Partners [1]

La créativité taxative à laquelle nous assistons a comme toile de fond une notion bien particulière et partisane de la « justice » et de la « solidarité ». Pourtant, poser la question de la Solidarité à travers un alourdissement sans précédent de la fiscalité des « plus riches », comme il convient de les qualifier, c’est peut-être se tromper sur la notion même de solidarité. Vu à travers le prisme actuel au pouvoir, elle n’est synonyme que de distribution. Pourtant, n’y a-t-il pas infiniment plus de solidarité à rechercher dans l’encouragement de l’investissement grâce à une politique fiscale volontariste, que dans une fiscalité démotivante et spoliatrice ?

L’offensive menée contre les revenus du capital est symptomatique de l’inconscience économique des politiques menées. Car les arguments pour une fiscalité favorable aux revenus du capital abondent, et il suffit de les entendre. Le capital provient d’une épargne qui a subi des prélèvements sociaux et fiscaux conséquents. Même lorsqu’il provient d’un héritage, il a déjà été taxé, et plutôt deux fois qu’une. Quand il s’investit, il est encore taxé et acquitte toutes les charges possibles sur les emplois créés. Taxé encore comme ISF quand l’investisseur n’est pas dirigeant. Taxé encore au travers de l’IS.

La taxation du capital va frapper le seul facteur de production sur lequel le pays pouvait encore compter. En effet, la France manque de compétitivité en raison de ses coûts salariaux rédhibitoires et les marges de manœuvre pour les réduire sont étroites. Seul le Facteur Capital peut permettre de soutenir la création d’emplois de qualité, à condition de le soutenir intelligemment.

En s’attaquant aussi aveuglément au capital, fruit d’une épargne chèrement acquise, c’est toute la chaîne de l’investissement "productif" qui va en pâtir cruellement. Les subtilités dialectiques entre capital et intérêts des « rentiers » sont fallacieuses et dénotent également une méconnaissance de l’économie. Certes, prêter de l’argent est moins risqué que de l’investir en fonds propres. Mais son espérance de profit est moindre que celle du capital, reflétant en cela un moindre niveau de risque pris. À l’heure où entreprises et pouvoirs publics se plaignent de la frilosité des prêteurs, ce n’est pas l’alourdissement de cette fiscalité qui y remédiera.

Pour justifier le discours politique, on assiste à un amalgame insensé entre une infime poignée de traders qui ont empoisonné l’économie, et l’immense majorité des entrepreneurs et des investisseurs qui risquent leur temps et leurs économies pour entreprendre et créer de la richesse. Ces derniers sont devenus les boucs émissaires bien commodes pour masquer que la crise est avant tout celle d’États déraisonnablement dispendieux et qui refusent d’y remédier.

Contrairement aux convictions du personnel politique jacobin français, la politique n’est pas la plus sage conseillère de l’investissement. Taxer à plus de 50% l’économie privée et productive, c’est prétendre que l’argent ainsi prélevé serait mieux investi par l’État que par le secteur économique privé. C’est contraire à tout bon sens, à toute l’histoire.

Mais il existe, en France plus qu’ailleurs, cette vieille méfiance des politiques vis-à-vis du secteur privé en général. Elle est à rapprocher du sondage sur les personnalités préférées des Français, paru l’été dernier, et qui ignore superbement toute l’élite économique ou intellectuelle du pays. Un sondage symptomatique du vrai drame qui consacre l’échec d’une représentation positive des élites, un échec que la classe politique entretient par son discours.

Un tel manque de représentation des élites privées produit des conséquences graves, en cela qu’il empêche de développer toute vision positive de l’avenir. La spoliation du capital qui se met en place ajoute une dimension très négative et hypothèque le rêve d’ascenseur social. Le message subliminal martelé sur les esprits est que désormais plus personne n’aura droit de faire fortune et de s’élever au-delà d’une normativité d’un genre moral nouveau inspiré par la politique. Cette dernière n’impose plus seulement ses lois fiscales guidées par ses convictions ou ses calculs électoraux. Elle prétend aussi à travers une dialectique de l’équité et de la « justice sociale » imposer également une nouvelle morale de l’effort et de sa récompense.

Tiraillé entre sa frange radicale et les plus réalistes de ses membres, le gouvernement de la France s’enfonce de plus en plus dans une redoutable dissonance cognitive l’empêchant de voir, ou le poussant à minimiser, les signes avant-coureurs du drame économique qui est en train de se jouer. Le blues des entrepreneurs, le découragement des investisseurs, le départ des éléments les plus dynamiques de la société, sont balayés comme des épiphénomènes ne touchant que quelques milliers de familles. Le même déni qui refuse de voir, depuis 30 ans, le déficit entrepreneurial causé par l’exil des plus fortunés.

Et si c’était cela la véritable injustice sociale ?


[1

Raffy Kazandjian est ingénieur-chimiste de l’ENSCP, diplômé du MIT (MS 1985) et de l’INSEAD en administration des affaires (MBA 1990), et fort de 16 années d’expérience dans le capital-risque.
Il démarre sa carrière professionnelle au sein de la multinationale Procter & Gamble (1985), puis participe entre 1990 et 1994 à la création et la direction de deux entreprises de biotechnologies françaises (Biovector et Medafor), qui ont fait l’objet de financements en capital-risque. Il devient par la suite président du directoire de CDC-Innovation (1998–2002), un des plus importants fonds français qu’il rejoint en 1996. Son expérience du capital-risque l’a ainsi conduit des deux côtés de la table, à la fois en qualité de dirigeant et d’investisseur.
Il fonde en 2003 Unicorn BioTutors, une société spécialisée dans le conseil et l’assistance auprès des PME dans le domaine des biotechnologies et du secteur biomédical.

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