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La France des petites forteresses-monopoles, retour au Moyen-âge

Par Bernard Zimmern,
le mercredi 8 juin 2016

Dans un monde dominé par l’innovation et le changement, la France est paralysée par la multiplication des barrières érigées par chaque groupe d’intérêt pour préserver son pré carré de la concurrence.

Ce sont ces barrières dont parlent peu nos leaders car ils sont en quête de soutiens et de voix, et que l’un des moyens pour les acheter sans dépenser un argent que l’Etat n’a plus (même si François Hollande continue), c’est la distribution de privilèges dont le monopole est le plus aisé à justifier au nom de la sécurité, de la santé, d’une des mille justifications se cachant sous l’intérêt général.

Certains de ces monopoles ont été particulièrement visibles lors des dernières semaines et s’appuient sur ce qu’on appelle en économie un monopole naturel : c’est le cas des contrôleurs aériens avec lesquels le ministère vient de signer un accord dont on ignore les termes mais qui depuis toujours se font en donnant à ce personnel plus de pouvoirs et d’avantages (droit de « clairance » qui, en pratique, permet à un couple de partir en vacances pour de longues durées tout en percevant son traitement comme s’il était présent en poste, titre et traitement d’ingénieur sans en avoir la qualification, etc.)
Un autre monopole naturel est celui des conducteurs de trains qui peuvent paralyser l’économie française en n’étant que quelques centaines. Ou celui des grutiers des ports qui ont suffi à bloquer le port du Havre ou les ports pétroliers.

Nous ne voyons guère d’homme politique qui puisse comme Ronald Reagan en 1982 licencier les aiguilleurs du ciel, dans une société qui, il est vrai, admettait le licenciement dans la fonction publique.

Mais il existe d’autres barrières beaucoup plus insidieuses et encore plus mortifères pour notre société et dont la présence est ignorée tant elles sont devenues part du paysage :

- l’interdiction faite à un médecin d’exercer sans faire passer ses actes par la Sécurité sociale (même les médecins classés en catégorie 3 – ils sont environ 500 en France - doivent déclarer leurs actes, pour que leur patient touche moins d’1 euro de remboursement) ce qui conforte le monopole de toute l’administration de la santé, depuis ceux de la Sécu en passant par les ARS et les fonctionnaires du ministère de la santé avenue de Ségur.

- L’impossibilité de faire entrer des personnes qui ne soient pas passées par un concours dans la fonction publique, ce qui de facto exclut des hauts postes de la fonction publique des personnes qui auraient l’expérience du secteur privé, qui pourtant constitue encore près de 80% de l’activité économique.

Ce modèle de constructions de baronnies autour de petites forteresses s’est généralisé à toute la société française :

- On ne peut entrer dans la profession de coiffeur sans des années d’apprentissage et la délivrance d’un diplôme.
- Il en va de même des postes assermentés comme les notaires (la réforme d’Emmanuel Macron bien que symbolique serait restée… symbolique) mais aussi de ceux de comptables (ne peuvent appliquer leurs connaissances acquises après des années d‘études de comptabilité que ceux qui le font comme salariés au sein d’une entreprise ou sont employés par des experts-comptables, sous peine d’être poursuivis pour exercice illégal) ou d’autres professions comme fleuristes (qui doivent avoir un BTM de fleuriste pour s’installer à leur compte).
- N’avait-on pas vu sous la droite l’Assemblée nationale discuter d’une proposition de loi obligeant ceux qui voudraient créer une entreprise à suivre des cours et passer un examen pour se voir délivrer l’autorisation de le faire ?
- Il en est resté quelque chose car c’est une obligation pour tout nouvel entrepreneur qui s’inscrit au code du commerce ou des artisans de suivre une semaine de cours obligatoire délivrée par une CCI et dont le déroulé, pour les formations dont nous avons pu avoir connaissance, est une pure honte, une taxe prélevée sur toute entreprise qui débute, rémunère des « professeurs » qui se servent de leur cours pour se faire des clients faciles et qui ne leur apprennent guère quand ce ne sont pas des idées fausses.

Pourtant, la croissance de la productivité, sans laquelle il est impossible de distribuer plus de pouvoir d’achat – car sur le long terme on ne distribue que ce que l’on produit - postule, comme l’expliquait Schumpeter, une destruction créatrice, la fin d’entreprises ou de métiers dépassés libérant des emplois et des capitaux pour des entreprises et des métiers nouveaux.

La statistique, qui à elle seule résume pourquoi notre économie est paralysée, est celle de la destruction d’emplois, l’une des plus faibles du monde occidental : environ 1 million d’emplois disparus annuellement, 5% de l’emploi marchand, 4% de l’emploi total.
Certes, en signant la convention 158 de l’OIT et en la transcrivant dans l’ancien article du code du travail 122-14-3 interdisant un licenciement « sans cause réelle et sérieuse » (convention non signée par les Britanniques ni ratifiée par les Allemands), Jacques Chirac a davantage figé l’emploi de notre société dans les entreprises existantes. Mais les multiples fortifications découpant notre économie et érigées par les baronnies, avec l’aide des politiciens, rendent le retour à la concurrence, condition du progrès, un rocher de Sisyphe pour ceux qui se présentent à la présidentielle et prétendent nous faire retourner à la croissance.

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