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La fausse excuse des charges publiques

Par Bernard Zimmern,
le mercredi 28 septembre 2016

Il est certain que les charges publiques sont trop élevées en France... Mais accuser ces charges de paralyser les entreprises et la croissance, c’est prendre le résultat pour la cause.
Le vrai problème de la France est qu’elle ne produit plus assez d’entreprises nouvelles depuis 30 ans et que nous avons un retard sur les Britanniques et les Allemands d’environ 6 millions d’emplois marchands à populations comparables. Si nous avions ces 6 millions, nous pourrions réduire nos charges de 25% car nos recettes publiques seraient supérieures d’environ 400 milliards.
C’est beaucoup plus que l’overdose de charges publiques dont souffrent nos entreprises.

Mais en mettant la dépense publique en tête des préoccupations, on est en train de tuer nos chances de nous redresser en nous faisant croire qu’en diminuant ces charges, nous allons relancer l’emploi et l’économie. Ceux qui nous jouent cette musique abusent de la crédulité du public en ne lui faisant voir que les entreprises existantes. Pas celles, les plus importantes pour faire croître l’emploi, qui sont celles qui n’existent pas encore.

Il est exact que 5 à 10% de charges en plus handicapent nos grandes entreprises dans la concurrence internationale, mais on oublie de dire que l’emploi ne dépend pas de ces entreprises ou très peu. Il est en effet prouvé que les entreprises existantes perdent en moyenne des emplois, de tout temps et dans tous pays, et que seules les créations d’entreprises génèrent plus de la moitié des emplois nouveaux sur lesquels repose la croissance.

L’enjeu n’est pas de faire survivre les entreprises existantes, les Alstom, mais de créer suffisamment d’Alstom de demain pour donner des emplois aux salariés des Alstom qui ferment. Or, nous créons le tiers ou le quart des entreprises que créent les Allemands ou les Britanniques.

Pourquoi la France ne produit-elle plus assez de nouvelles entreprises depuis tant d’années ?

Certains vont dire que les charges publiques handicapent ces créations d’entreprises nouvelles.

Mais ce raisonnement est absurde car quand on crée une entreprise, la survie de l’entreprise ne dépend pas de 5 à 10% d’écart sur ses prix de revient ; une entreprise nouvelle ne se développe que parce qu’elle est capable de générer une marge infiniment plus élevée, pour la simple raison que les coûts d’entrée sur le marché, les erreurs de gestion que l’on commet au début, les investissements perdus, les coûts de management supplémentaires, les coûts de marketing, représentent très largement le double des mêmes coûts supportés par les entreprises déjà implantées [1].

Ce qui paralyse les créations d’entreprises en France ce ne sont donc pas les coûts mais toutes les contraintes sociales, administratives et fiscales qui empêchent leur apparition et leur croissance.

Il s’agit par exemple de la convention 158 de l’OIT qui oblige les tribunaux en cas de licenciement à décider si le licenciement a une « cause réelle et sérieuse » (expression dont la Cour de cassation n’a jamais pu donner une définition) et qui fait que les entrepreneurs français, les petits surtout, ne peuvent pas embaucher sans risquer d’avoir à payer des indemnités qui les mèneraient au dépôt de bilan. Les Britanniques n’ont jamais signé cette convention, les Allemands l’ont signée mais ne l’ont jamais ratifiée, les Australiens qui l’avaient signée et ratifiée s’en sont extraits. Voilà une barrière qui joue significativement sur les créations de nouvelles entreprises.

L’autre barrière, encore plus grave, est que pour créer des entreprises, des vraies, pas des zombies avec zéro salarié, il faut que le créateur d’entreprise puisse trouver les centaines de milliers d’euros et même les millions qui lui permettent de démarrer en force et non pas en vivotant. Or le régime des plus-values interdit à ceux qui ont encore de l’argent de prendre des risques en finançant ces créateurs. Les études économiques montrent en effet qu’au-delà de 20 à 30% de taxation totale des plus-values, il n’y a plus de Business Angels pour investir dans ces créations. Or, entre la CSG à 15%, l’ISF et la taxation à l’impôt sur le revenu, on est plus proche de 70% que de 20 à 30%.

En résumé, il faut arrêter de prendre le problème à l’envers : l’enjeu des prochaines élections est certes de rendre notre économie plus compétitive mais cette compétitivité sortira d’abord de la création massive d’emplois, pas en se fixant seulement sur la réduction des dépenses publiques. Celle-ci ne peut d’ailleurs provenir que de la réduction du nombre de fonctionnaires, réduction qui n’est possible que parce que le secteur privé créera tellement d’emplois que les fonctionnaires eux-mêmes seront prêts à abandonner la fonction publique pour un emploi privé.

C’est l’inverse qui se produit en France faute d’emplois privés.

C’est ce qu’ont compris les Britanniques depuis longtemps : David Cameron a certes pu réduire la fonction publique britannique de 500.000 fonctionnaires, mais c’est parce que les entreprises nouvelles ont créé, non pas 90.000 emplois par an comme en France, mais 500.000. C’est la même politique que suivit Margaret Thatcher et c’est la seule qui puisse nous permettre de sortir du chômage et de la misère.

Supprimons les obstacles qui empêchent de créer massivement de vraies entreprises et des emplois, c’est comme cela que nous pourrons effectivement réduire le poids des charges publiques.


[1C’est pour cela qu’une de règles de l’innovation est de ne jamais créer une entreprise sur une technique qui produit le même résultat que les techniques existantes mais à un coût moindre (sauf écart de plus de 50%), il faut laisser exploiter cette innovation par les entreprises déjà existantes qui n’auront pas à supporter les coûts d’entrée. On ne peut créer une entreprise nouvelle que si elle apporte un service ou satisfait un besoin nouveau, non satisfait par les entreprises existantes.

Messages

  • Oui bien entendu, ce sont les entreprises nouvelles qui créent les emplois de demain, notamment celles qui passent de "Business Angels" à "Multinationales". Mais le propos ne doit pas être réducteur car :

    > en Allemagne par exemple, les entreprises existantes ne détruisent pas de l'emploi ou en créent de nouveaux qui compensent ceux supprimés. Si l'Allemagne s'en sort si bien, c'est qu'elle est performante aussi bien dans les entreprises existantes que dans les nouvelles

    > combien de nos "Business Angels" français extrêmement prometteurs se sont rapidement expatriés ou ont été rachetés par des entreprises étrangères et délocalisées ? Pourquoi ? En particulier parce que les conditions d'une exploitation profitable et d'un développement rapide en France ne sont pas remplies, notamment mais pas seulement à cause du poids de la fiscalité et des charges sociales

    > Les taux de marges des entreprises françaises étant inférieurs de 10 points, voire davantage, à ceux de leurs alter égo en Allemagne, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis ou ailleurs, les entreprise françaises existantes sont freinées dans leur recherche et dans leur innovation (malgré le crédit d'impôt recherche), dans leurs investissements (la France est l'un des pays où la robotisation est la plus en retard), dans une meilleure rémunération de leurs ingénieurs et cadres, dans les appels d'offre internationaux, et donc dans leurs initiatives pour créer de nouveaux produits ou services susceptibles de déboucher sur des entreprises nouvelles.

    En conclusion, le poids de la fiscalité et des charges sociales en France décourage les Business Angels et pénalise nos entreprises existantes face à leurs concurrents étrangers. On ne règlera pas fondamentalement le problème de l'emploi marchand, le seul qui vaille pour l'avenir à long terme de la France, sans une baisse significative de la fiscalité et des charges sociales pesant sur les entreprises.

  • la décimation des fonctionnaires (sauf régaliens de terrain) est requise :
    1 à 2 millions d'entre-eux devraient aller voir ailleurs si la soupe est bonne
    (coût d'un ponctionnaire 3,6 millions d'€uros, Didier Migaud dixit)

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