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La dette pour les nuls

Par Gilles Rigourex,
le mercredi 29 mars 2017

La dette publique s’élève à 2.147 milliards d’euros et représente 96% de notre PIB. Et alors ! Le déficit public 2016 s’est élevé à 75,9 milliards d’euros et représente 3,4% de notre PIB. Et alors !

Les candidats à la présidentielle s’envoient ces chiffres à la figure devant des téléspectateurs auxquels, pour une très grande majorité, cela ne fait ni chaud ni froid. Débat d’experts, pensent-ils, qui n’arrivent même pas à se mettre d’accord puisque les uns disent que cela n’a pas d’importance tandis que les autres brandissent la faillite.

Supprimer la taxe d’habitation, supprimer ou maintenir l’ISF, embaucher des enseignants et des policiers, ça au moins on comprend bien.

Cette totale méconnaissance des mécanismes économiques de base, applicables dans toutes les économies dites capitalistes, socialistes, communistes, à la seule exception des économies totalement fermées et totalement étatisées, est dramatique. Elle permet toutes les promesses démagogiques sans aucune vergogne, y compris de la part de nombre de nos responsables politiques appuyés par la plupart des médias non spécialisés, dont la culture économique est indigente, voire inexistante, ou pire, dont la mauvaise foi est aveuglante.

Alors essayons d’expliquer les choses simplement.

L’État vit à crédit depuis 1976

Le déficit public s’est élevé à 75,9 milliards d’euros en 2016. Cela signifie que, chaque jour, et j’insiste, ce n’est pas chaque semaine ou chaque mois, non c’est chaque jour, l’État et les services publics (la santé) ont dépensé 208 millions d’euros (oui, ce n’est pas 208.000, mais bien 208 millions) de plus que ce qu’ils ont encaissé. Pensez-vous qu’une famille, un commerçant, un agriculteur, une entreprise, pourrait se permettre un tel comportement ? Bien évidemment non. S’ils connaissent bien leur banquier et qu’ils le convainquent que ce n’est que temporaire, peut-être celui-ci les aidera-t-il à passer ce mauvais moment. Mais si ça dure, ne serait-ce que quelques semaines, ils deviendront interdits bancaires ou ils seront mis en faillite.

Alors, comment est-ce possible pour l’État et pour la Sécurité sociale, et surtout comment cela est-ce possible depuis 40 ans sans discontinuité, depuis Valéry Giscard-d’Estaing en 1976 !

Eh bien l’État et la Sécurité sociale empruntent. Toujours plus chaque jour depuis 40 ans. Non pas seulement pour construire des routes et des écoles, mais pour payer les enseignants, les policiers, les médicaments et les soins hospitaliers. Et la dette a gonflé, gonflé, gonflé, pour atteindre aujourd’hui les fameux 2.147 milliards d’euros.

Cela coûte cher, très cher, mais heureusement moins cher qu’il y a quelques années grâce à la baisse des taux. Mais cela a quand même coûté à l’État plus de 40 milliards en 2016 (c’est la deuxième dépense de l’État après l’enseignement scolaire, mais avant la défense), autant d’argent que l’État ne peut utiliser pour mieux payer les enseignants et les policiers. Et plus de 3,5 milliards d’euros pour la dette sociale, autant d’argent qui ne peut être consacré à mieux payer les infirmières ou mieux prendre en charge certaines maladies.

Vous connaissez la fable de La Fontaine « La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf ». Et vous en connaissez l’épilogue : « La chétive pécore s’enfla si bien qu’elle creva » !

Est-ce ce qui nous attend ?

Vive la « finance » !

Qui dit emprunteur dit forcément prêteur. Alors qui sont ces gentils prêteurs sans lesquels nous ne pourrions plus payer nos enseignants ni nos policiers, et sans lesquels notre carte vitale serait refusée à la pharmacie ou chez le médecin comme l’est notre carte bleue s’il n’y a plus d’argent sur notre compte ?

N’en déplaise à d’aucuns, c’est cette abominable « finance ». L’État a confié la gestion financière de ses dettes à deux organismes : l’Agence France Trésor (AFT) pour l’État lui-même, et la Caisse d’amortissement de la dette sociale (CADES) pour la Sécurité sociale. À charge pour eux de trouver l’argent pour faire les fins de mois.

Fin 2016, la dette gérée par l’Agence France Trésor s’élevait à 1.621 milliards d’euros ; celle de la CADES à 135,8 milliards d’euros.

La différence avec les 2.147 milliards d’euros correspond à l’endettement des collectivités locales, lequel n’a pas sensiblement varié depuis des décennies. Rappelons que les collectivités locales n’ont pas le droit d’être en déficit annuel, et qu’elles s’efforcent donc de ne pas s’endetter au delà de leurs capacités annuelles de remboursement, comme nous le faisons tous, familles, commerçants, entreprises, etc.

En 2016, pour rembourser les dettes venues à échéance, et pour apporter à l’État l’argent qu’il n’a pas mais qu’il dépense, l’AFT a emprunté 201 milliards d’euros (placement des OAT = Obligations du Trésor) à moyen et long terme (donc hors placements à court terme pour optimiser la trésorerie). De son coté, la CADES a emprunté 6,0 milliards d’euros, 7,75 milliards de dollars américains, 500 millions de livres, et 180 millions de réals brésiliens.

Qui souscrit et donc qui détient ces emprunts ?

Ce sont les étrangers qui paient nos fonctionnaires et nos médicaments

Pour l’État, ce sont les grandes banques françaises et étrangères qui achètent les obligations du Trésor et les placent ensuite auprès de tous ceux qui veulent en détenir dans leur portefeuille. Donc on ne sait pas très bien où elles sont en définitive. Mais on sait qu’elles sont détenues à environ 60% par des non-résidents, pour l’essentiel des institutionnels européens (Italiens, Néerlandais, Espagnols, Britanniques, Allemands, etc.) susceptibles de s’en débarrasser à tout moment en cas de crise. Les 40% détenus en France sont principalement dans nos banques et assurances, et particulièrement dans nos assurances-vie. L’État a d’ailleurs tellement peur que nous nous précipitions pour en demander le remboursement en cas de crise qu’il vient de prendre une mesure qui lui permettra d’autoriser les assurances-vie à bloquer lesdits remboursements pendant des mois. Sous le prétexte de la protection de l’épargnant, il s’est une fois de plus protégé lui-même de sa propre incurie.

Pour la CADES, la dette est exprimée en euros pour 62,4%, en dollars américains pour 33,2%, et dans d’autres monnaies pour 4,4%.

La question fondamentale est donc la suivante : pourquoi les financiers étrangers, principaux détenteurs de notre dette, nous font-ils encore confiance ? Pourquoi, grâce à eux, l’État peut-il encore et toujours vivre au dessus de ses moyens ?

Car mesdames et messieurs les fonctionnaires, mesdames et messieurs les assurés sociaux, c’est la « finance » qui vous paye et vous rembourse en partie !

Au vu de l’état de notre économie, de son déficit commercial, de sa désindustrialisation, de son taux de chômage, de ses règlementations en tous genres, de sa fiscalité confiscatoire, les prêteurs devraient s’enfuir. Pourquoi ne le font-ils pas ?

Pourquoi les financiers étrangers nous font encore modérément confiance

La réponse est simple. Il y a quatre raisons majeures :

- Nous sommes dans l’euro.

- L’euro est solide, non pas grâce à la France qui en est le plus mauvais élève, mais grâce à l’Allemagne qui le porte à bout de bras, grâce aux Pays-Bas qui sont vertueux, grâce même à l’Espagne et au Portugal et à l’Italie qui ont pris les mesures radicales pour remettre leurs économies sur les bons rails.

- Nous avons une organisation fiscale performante qui fait très bien rentrer les impôts (à la différence de la Grèce !), nous sommes tous bien placés pour le savoir. Les Français ont un « consentement » à l’impôt qui dépasse l’entendement (le revenu net d’un salarié moyen, déduction faite de tous les prélèvements, le situe aux alentours de 30% à 35% de son coût global).

- Il y a tellement de liquidités partout dans le monde qui cherchent à se placer, suite aux politiques suivies par les banques centrales américaines et européennes pour endiguer la crise mondiale, que les détenteurs cherchent à les placer « au mieux », et depuis quelques années, même à des taux négatifs auprès des emprunteurs les plus sûrs, Allemagne et Suisse en tête.

Si l’une, et a fortiori plusieurs de ces raisons, vient à disparaitre, c’en sera fini des vaches grasses et de l’irresponsabilité généralisée.

Or plusieurs nuages noirs se profilent à l’horizon.

Sans faire de catastrophisme, plusieurs candidats à la présidentielle prônent la sortie de l’euro. Cette seule perspective a d’ailleurs immédiatement fait monter les taux auxquels nos prêteurs souscrivent nos emprunts. Ce serait totalement suicidaire. La France, et en premier lieu ses responsables politiques, ont bon dos d’accuser l’Europe de tous les maux, mais nous ferions mieux de soigner énergiquement nos propres maux comme l’ont très bien fait les autres.

L’Allemagne ne nous laissera pas tomber… jusqu’à ce qu’elle en ait assez de nos enfantillages et qu’elle nous mette sous tutelle de façon implicite, voire qu’elle décide d’un « Deutschxit », ce qu’elle pourrait peut-être faire à son avantage car son économie est solide (solde commercial excédentaire, budget excédentaire, etc.). Certains lui réclament plus de « solidarité ». Mais soyons réalistes : en politique étrangère, il n’y a jamais de cadeaux ; et si l’on veut que le ciel nous aide, commençons par nous aider nous-mêmes.

Les Français, en particulier les « riches », consentent de moins en moins à l’impôt lorsqu’il devient confiscatoire. L’ISF a fait s’enfuir de nombreux investisseurs potentiels, privant notre économie d’investissements et donc d’emplois. En France, l’argent n’a pas bonne presse. Les riches, c’est-à-dire en résumé tous ceux qui gagnent plus que vous, sont mal vus. Mais si l’argent est gagné honnêtement et dépensé honnêtement, il est vertueux. Tout le monde aspire à devenir plus riche, et c’est l’un des moteurs de l’entreprenariat, donc de la création d’emplois. À s’occuper davantage de la redistribution des richesses qu’à leur production, la France s’éteint à petit feu, et quelles en seront les principales victimes, pas les riches. Ce discours est sans doute impopulaire, mais il est celui de la vérité.

Les liquidités abondantes n’ont qu’un temps. Les banques centrales commencent à réduire le débit, et le flot finira pas se tarir. Alors les prêteurs deviendront beaucoup plus exigeants, les taux remonteront, et le coût de notre endettement deviendra insupportable.

Les prévisibles lendemains difficiles des promesses électorales

Alors si vous voulez que vos enfants aient des enseignants toujours motivés, si vous voulez que des policiers vous protègent, si vous voulez être soignés correctement, et d’une façon générale si vous voulez que les services publics essentiels persistent, cela passe impérativement par l’abandon du déficit public et la réduction de la dette publique, et par une véritable politique généralisée d’encouragement aux entreprises privées (fiscale, sociale, réglementaire).

Il n’y a que deux façons théoriques d’y parvenir :

- En continuant la politique menée par tous les gouvernements depuis des décennies, qui consiste à ajuster les recettes de l’État sur ses dépenses en laissant celles-ci gonfler à l’infini par incompétence et démagogie. L’exercice a déjà dépassé ses limites et a étouffé l’économie française et créé le chômage persistant.

- Donc il n’y a réellement que la deuxième solution, qui consiste à réduire rapidement et drastiquement les dépenses de l’État afin de remettre de l’oxygène dans les poumons de l’économie, c’est-à-dire dans les entreprises marchandes sans lesquelles l’économie publique n’existerait même pas.

La morale de cette histoire est la suivante :

« Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute »

Ou encore :

« A mauvais entendeur, point de salut ».

Messages

  • Je déplore que dans cet article excellent il n’y y ait pas 100000 euros dette par français actif ou 140000 dette par foyer. Mon coiffeur à qui je posais la question me répondit 2000€ !!!!!!

  • La grande majorité des Français n’a aucune formation économique. Il faudrait créer dans les classes de seconde, première et terminale un cours d’ "Economie entrepreneuriale" de une à deux heures par semaine, cours devant obligatoirement être dispensé par un chef d’entreprise en fonction ou en retraite. Cela suppose que l’on tienne tête aux cris d’orfraie que pousseront les enseignants à la perspective d’une telle révolution...

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