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La charte de l’imam : une tentative très courageuse de réforme de l’islam par trop passée sous silence

Par Claude Sicard,
le dimanche 9 avril 2017

Le journal Le Figaro du 31 mars nous apprend que le Conseil français du culte musulman (le CFCM) vient d’adopter une charte qu’il va soumettre à la signature des imams de France en vue de leur permettre de lutter contre l’islamisme radical. Quelle analyse peut-on faire de cette charte et des réactions fortes qu’elle a suscitées ?

Cet islamisme que certains appellent aussi « islam salafiste » est dangereux : il s’est développé ces dernières années dans les banlieues de nos grandes villes, où un certain nombre de jeunes issus de parents musulmans revendiquent leur appartenance à un islam pur et dur qui constitue leur identité. On sait que cet islam radical est source de conflits entre les communautés musulmanes installées maintenant dans le pays et la population autochtone. Il risque fort d’être un obstacle insurmontable à l’assimilation de ces nouvelles communautés s’il se développait encore davantage. Il inquiète, à juste titre, nos autorités car inspirant des croyants fanatisés il produit des loups solitaires capables, pour obéir aux injonctions de l’État islamique, de commettre de graves attentats.

Le message délivré par le CFCM dans cette charte qui fait déjà tant de bruit, est extrêmement courageux puisque, sans le dire ouvertement, il s’agit d’une véritable réforme de l’islam qui est entreprise. On sait, en effet, que l’on ne pourra avoir un jour un « islam de France » qu’en procédant à une réforme très profonde de l’islam, et il n’est donc pas étonnant que cette charte jette la zizanie dans le monde de l’islam en France. On reproche à Anouar Kbibech, le président du CFCM, de déborder du cadre de sa mission en s’immisçant imprudemment dans les affaires religieuses, ce qui n’est pas son rôle, et d’avoir agi dans la précipitation. Cinq fédérations, nous dit Le Figaro, pourtant membres ou proches du CFCM, ont immédiatement réagi en tirant à boulets rouges sur ce projet.

Que dit donc de particulièrement dérangeant pour les croyants cette charte qui est proposée à la signature des imams de France ? Et pourquoi fait-elle scandale ? Parce que plusieurs propositions existant dans ce document sont en contradiction complète avec les enseignements du Coran, et l’on sait que pour les musulmans, le Coran est la parole de Dieu. Un des douze articles de la charte dit : « L’imam proclame son attachement aux valeurs universelles qui fondent notre République, ainsi que l’attachement au principe de laïcité ». Cela n’est pas rien ! Puis, on peut lire plus loin : « Les imams de France entendent confirmer leur attachement à l’islam du juste milieu et au pacte républicain ». Et, il y a, en plus, cet engagement qui pourra paraitre difficile à accepter par certains imams pour qui il n’y a pas d’autre patrie que la oumma, c’est-à-dire l’ensemble de la communauté des croyants dans le monde : demander aux fidèles, dans le prêche du vendredi, « d’élever des prières pour la France ». La charte a ensuite l’audace d’affirmer que « l’amour de la patrie est le fruit d’une foi sincère » ; et elle engage ces religieux à rappeler à leurs fidèles leurs « devoirs envers leurs concitoyens ».

Cette charte, à plusieurs égards, va donc extrêmement loin dans la réforme de l’islam : elle vise à faire naitre un jour un « islam de France », un projet, en fait, quasiment impossible à une échéance proche. On se trouve donc, avec ce texte, face à une véritable réforme de l’islam. En effet, le Coran dans ses sourates, se trouve totalement opposé aux valeurs de notre république qui a pour devise : « Liberté, Égalité, Fraternité ». Dans le Coran, la liberté de conscience n’existe pas : Dieu exige des hommes qu’ils obéissent aveuglement à ses commandements, le plus grand péché étant de se détourner de Dieu : aussi les non croyants sont-ils menacés dans le Coran de la guéhenne. Dans le texte sacré de l’islam, il n’y a pas, par ailleurs, égalité entre tous les hommes : les « gens du Livre », c’est-à-dire les chrétiens et les juifs, sont admis dans une société musulmane car ils ont le mérite de croire en Dieu, mais on les considérera comme des citoyens de second rang, des citoyens que l’islam appelle des « dhimmis ». Et les non croyants seront contraints d’embrasser la religion islamique, faute de quoi on les éliminera. De plus, dans l’islam, comme on le sait, l’homme a été créé supérieur à la femme, des sourates expliquant que Dieu a voulu qu’il en soit ainsi. Plusieurs sourates sont très explicites en cette matière. Enfin, pour ce qui est de la fraternité, dans l’islam elle n’existe que seulement entre musulmans, des sourates déconseillant formellement aux croyants de prendre pour amis des juifs ou des chrétiens. Il ne faut pas s’étonner de ce qu’existe cette incompatibilité entre les prescriptions du Coran et nos valeurs républicaines, puisque celles-ci ont pour source le christianisme : les valeurs chrétiennes ont simplement été laïcisées à la Révolution française, et elles se retrouvent dans le texte de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.

La charte élaborée par le CFCM est un pas important accompli vers ce que certains veulent appeler un « islam de France », qui est un islam à naitre. Elle convie les imams à s’en référer à un « islam du juste milieu », c’est-à-dire à un islam pacifique, éloigné d’une lecture littérale du texte sacré. L’expression « islam du juste milieu » fait illusion, car on peut en Europe rêver, en effet, d’un tel islam : malheureusement cet islam n’a jamais existé. Il s’agit d’une référence à la sourate 2,143, une sourate difficile à interpréter, où il est dit tout simplement : « Nous avons fait de vous une communauté de justes… et les justes suivent le Messager ». S’il s’agit donc de se conformer aux enseignements du prophète Mahomet, qui est le messager de Dieu, on ne voit pas ce que l’on peut entendre par « islam du juste milieu » : ce ne peut être que l’islam classique. On notera qu’un islamologue réputé comme Malek Chebel [1], lorsqu’il proposa de réformer l’islam avec son fameux ouvrage intitulé « L’islam des Lumières », ne s’est aucunement référé à cette sourate d’où certains tirent aujourd’hui ce concept d’ « islam du juste milieu ».

Cette initiative téméraire du CFCM est à louer. Elle mériterait que les médias lui donnent un plus large écho et expliquent son importance : il ne s’agit de rien de moins que de tenter de faire naitre un « islam de France », un islam compatible avec nos valeurs et notre culture. On sait que ce sera une tâche extrêmement ardue car il n’y a pas dans l’islam sunnite d’autorité religieuse pour conduire ce débat et indiquer la voie aux croyants. On se trouvera toujours confronté à l’hostilité de croyants se bornant à faire une lecture littérale du Coran, qui refuseront que l’on fasse des entorses au texte sacré. Même si un islam de France était un jour proclamé, il existerait toujours un grand nombre de récalcitrants qui revendiqueront leur droit à respecter à la lettre le texte sacré de l’islam, et à l’interpréter à leur manière.

La seule possibilité de procéder à des dérogations aux commandements du Coran réside dans le droit musulman lui-même. Comme l’a expliqué Sami Aldeb Abou Salieh , celui-ci autorise les croyants à ne pas respecter scrupuleusement leurs obligations coraniques quand ils sont contraints de vivre dans un pays non musulman où ils sont minoritaires (et cette restriction est essentielle). Ceci pour ne pas choquer les habitants du pays hôte et leur permettre de s’intégrer aisément. Aucun musulman ne serait fondé à s’insurger contre cette manière de s’écarter du Coran puisque l’on respecterait le droit musulman. Certes, certains pourraient faire valoir qu’ils n’ont pas la même interprétation du droit coranique.

Il y a là, incontestablement, une piste très prometteuse à explorer, avant que les musulmans n’en viennent peut-être un jour à être majoritaires.

Claude Sicard
Auteur de “Le face à face islam chrétienté : quel destin pour l’Europe ?”, et “L’islam au risque de la démocratie” (Ed. F.X de Guibert).


[1Un intellectuel musulman réformateur, malheureusement décédé trop tôt.

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