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La campagne annuelle anticapitaliste du Crédit Suisse

Par Bernard Zimmern,
le dimanche 18 octobre 2015

Le Crédit Suisse vient de rééditer son étude annuelle « Global Wealth Report » sur la richesse mondiale, préparée par une équipe menée par Anthony Shorrocks, l’un des économistes faisant partie de la constellation internationale des égalitaristes dont le leader est sans conteste Thomas Piketty.

En se préoccupant de mettre la loupe sur la richesse et jamais comment elle a été créée, ce rapport oublie de mentionner que ces riches, pour la plupart, sont devenus riches en créant des emplois et pas en héritant ou en dormant sur le fruit de la rente.

Il oublie tous les travaux de De Nardi à DeBacker en passant par Sanandaji, etc. qui montrent que plus des deux tiers des très riches le sont devenus en créant des entreprises et des centaines de milliers d’emplois.

Nous nous demandons dans quel monde vit le Crédit Suisse et s’ils savent que le principal problème de nos pays développés est d’accueillir des millions d’immigrants pauvres et de leur trouver du travail ; et de donner des emplois à tous les Européens ou Américains qui n’en ont pas.

En mettant l’accent sur cette concentration de richesse sans en donner l’origine, le Crédit Suisse ne fait-il qu’encourager le chômage ? Car si ce ne sont pas ceux qui deviennent riches qui créent des emplois, qui le fera ? Nous voulons rappeler que les années de honte pour Shorrocks & Cie. sont les années américaines de 1980 à 2010 où les riches, notamment le « 1% » des plus riches désignés à l’opprobre universelle, ont vu leur part du patrimoine américain augmenter d’au moins 10%.

Ce que ces contempteurs des riches oublient de dire, c’est que pendant cette même période la population américaine a augmenté de près de 90 millions dont 30 millions d’immigrants, la moitié très pauvres et peu éduqués, et que le chômage n’a pas augmenté entre 1981 et la crise de 2007.

Même mieux, le revenu des plus pauvres n’a pas baissé mais a augmenté malgré cet apport massif de miséreux dans la population américaine.

Ce miracle, car c’est bien de miracle qu’il s’agit, n’a été possible que parce que l’économie américaine a créé 50 millions d’emplois supplémentaires et que ces créations n’ont été possibles que parce que des millions d’entrepreneurs se sont risqués dans l’aventure de l’entreprise et ont créé des emplois.

Il se trouve que simultanément – et malheureusement diraient peut-être Anthony Shorrocks et le Crédit Suisse -, ils sont devenus riches.

Mais qu’ils ne le restent pas. C’est le petit progrès qu’on trouve dans cette édition Crédit Suisse qui note, mais avec quelques réserves, qu’on ne reste pas éternellement parmi les riches ou les très riches.

Il y a cependant fort à parier que les médias de gauche s’empareront une fois de plus du classement des pays par le nombre de leurs millionnaires pour mettre en avant que la France figure parmi les premiers.

Heureusement, d’autres études sur les millionnaires et les riches, comme celles du Boston Consulting Group, parviennent à des conclusions très différentes.

Il faut rappeler que nous avons déjà, il y a un an, longuement expliqué comment Anthony Shorrocks et son équipe découvrent le nombre de millionnaires à partir des droites de Pareto et comment, en changeant légèrement l’angle de cette droite, on peut faire varier ce nombre au gré de la fantaisie des chercheurs.

Avec ces études soi-disant scientifiques, nous sommes malheureusement dans ce que nous avons appelé dans un article précédent : la science camelote.

Alors que les Suisses nous donnent dans beaucoup de domaines un exemple à suivre, par exemple dans celui de la santé, il est absolument regrettable qu’une des grandes institutions suisses continue d’arroser l’opinion avec un monument à la gloire de cette science camelote.

Messages

  • Il faut véritablement avoir une vision totalement déformée de la réalité économique pour continuer de croire que « les riches » créent l’emploi, que « les entreprises créent l’emploi », que les entrepreneurs « donnent du travail ». C’est une conception que je qualifierais même de très féodal : le seigneur accordait le droit aux manats d’utiliser ses terres. Dans une société moderne capitaliste, les entreprises embauchent parce qu’elles en ont besoin, les riches entrepreneurs (bien que souvent on mette derrière ce terme un peu n’importe quoi, possédez des titres d’une société ne fait pas de vous un entrepreneur, mais passons) deviennent riches parce qu’ils emploient des salariés qui produisent de la richesse. Vous semblez ignorer une règle de base de l’économie : les salariés sont les offreurs et les entreprises les demandeurs. Je cite J-F Roubaud, dirigeant de la CGPME à la question de savoir si « les entreprises sont prêtes à embaucher en échange » (baisse de charges, baisse du coût du travail, flexibilisation, mettez ce que vous voulez derrière) : « encore faut-il que les carnets de commandes se remplissent... » Magnifique éclair de lucidité qui manque à l’auteur de l’article.

    Concernant le revenu des américains les plus pauvres qui aurait augmenté entre 1981 et 2010, par principe de charité je l’admets bien que j’en doute fortement, le crédit s’étant tellement développé justement pour compenser les baisses de revenus liées à la désindustrialisation du pays et l’essor des emplois peu qualifiés. J’ajoute au passage que comparer les taux de chômage n’a pas grand sens étant donné que beaucoup de chômeurs sont rayés des statistiques, un biais non négligeable, mais ce n’est pas le sujet principal ici. Ainsi, certes le revenu a augmenté mais qu’en est-il de la pauvreté ? La pauvreté est concept relatif, au sens où l’on est pauvre relativement à quelque chose. Ainsi on peut être pauvre par rapport à son voisin, A peut être plus pauvre que B malgré un revenu plus élevé parce que les biens de base ne sont pas au même prix pour A ou pour B. Se contenter de comparer les revenus entre deux dates est donc insuffisant pour être convaincant : les modes de consommation ont évolué, les dépenses qu’on appelle communément « nécessaires » ou « contraintes » ne sont pas les mêmes, etc. Une autre manière de voir : si les revenus les plus bas augmentent moins vite que les revenus plus élevés, on peut également parler d’appauvrissement : les personnes aux revenus les plus bas se sont appauvris par rapport aux personnes ayant un revenu plus élevé. Voyez comme la question de la pauvreté est complexe et mérite une analyse précise. Enfin, un autre problème, celui de la légitimité. On peut estimer que les plus pauvres se sont enrichis, sont devenus moins pauvres, pendant que les plus riches sont devenus plus riches, la question qui se pose c’est cette augmentation ou plutôt cette différence d’augmentation est-elle justifiée ? On peut invoquer la toile cirée, cela ne répond pas à la question. Si vous signez un contrat dans lequel votre cocontractant s’engage à vous donner 100 000 dollars contre un service, qu’une fois effectuée ce service il ne vous en donne que 50 000, vous vous serez enrichi ou appauvri ? Vous vous êtes enrichi mais vous êtes plus pauvre que ce que vous devriez être de manière légitime. La question de la légitimité est essentielle lorsqu’on parle de pauvreté ce qui nous ramène au premier paragraphe concernant la création de richesses et sa distribution.

    Dernier point sur les plus riches américains. J’ose espérer que lorsque vous évoquez les 2/3, vous ne parlez pas des milliardaires américains car cela représente 0,0003% de la population active. On est loin des 1% ! Les conclusions restent donc très limitées.

    • Il n’y a rien à répondre à une réaction dictée par l’idéologie et les apriorismes. Simplement, pour répondre à une question, le 1% des personnes les plus riches et pas seulement les milliardaires sont constitués à 70% d’entrepreneurs (voir Cagetti et De Nardi document cité). Désolé pour vos croyances j’aurais pu utiliser le mot fanatisme). bz

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