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La BPI, un nouveau Titanic ?
Regard d’histoire sur la Banque Publique d’Investissement

Par Bernard Zimmern,
le dimanche 3 février 2013

La nomination, la semaine dernière, d’un inspecteur des finances, Nicolas Dufourcq, comme directeur général de la BPI, dont le président Jean-Pierre Jouyet est lui-même inspecteur des finances et président de la Caisse des Dépôts, peut sonner comme une bonne nouvelle pour les entreprises françaises. Son rôle sera en effet d’offrir des crédits et aides financières aux PME.
Mais il existe une autre lecture de cet évènement : cet inspecteur des finances va-t-il rejoindre la longue liste des inspecteurs des finances de la promotion Titanic, non pas par incompétence, mais tout simplement parce que le schéma sur lequel est bâtie la BPI est une utopie ?

Au fond de ce débat se situent les rôles relatifs de l’initiative privée et de l’État.
On justifie l’intervention du financement de l’État parce qu’il n’existe plus suffisamment d’investissement privé en France.
Mais peut-il en être autrement quand l’État n’a eu de cesse de détruire cet investissement, dont on sait qu’il provient pour au moins la moitié du 1% des citoyens les plus riches ?
C’est d’abord l’ISF qui, non seulement a provoqué un exil fiscal, mais paralyse l’investissement par ceux qui ne sont pas partis (voir les contorsions du code des impôts pour permettre la déduction au titre de l’outil de travail).
Ce sont ensuite les législations qui, à travers des plafonnements ridicules, plus récemment par la taxation des plus-values, poussent à s’investir dans des œuvres d’art, mais surtout pas dans des entreprises à risque.

On peut même se demander s’il n’y a pas eu une politique systématique de Bercy pour substituer l’État au financement privé et créer des postes pour ceux qui rentrent dans la politique de puissance de Bercy.
Rappelons quelques organismes antécédents dont on va retrouver les restes dans la BPI.

C’est Jean-Pierre Bérard, administrateur civil de la France d’Outre-Mer, recasé au Conseil d’État, qui convainc le Général de Gaulle de la nécessité de stimuler l’innovation et crée l’ANVAR en 1967. Un ANVAR qui sera liquidé en 1978 par le ministre de l’Industrie, André Giraud, après une perte cumulée de 200 millions de francs.
C’est Christian Marbach, mis à la tête de cet ANVAR et qui va multiplier les volumes par 10 en inventant les prêts remboursables en cas de succès. Aventure qui va se terminer en 2005, alors que l’ANVAR est présidé par un autre inspecteur des finances, Philippe Jurgensen, lorsque l’on découvre un trou de 261 millions - cette fois en euros – et que Nicolas Sarkozy est forcé de faire absorber l’ANVAR par Oséo.
Oséo, une structure issue de la Banque des PME qui elle-même a un beau passé de pertes, et Sofaris, créé en 1977 à l’instigation du même Marbach pour lui permettre de faire disparaître les pertes de la première société de capital-risque, Sofinnova.
C’est le Fonds National d’Amorçage créé par René Ricol dans le cadre du Grand Emprunt et géré par CDC-Entreprises. Il est totalement archaïque dans sa conception car il privilégie les projets basés sur une innovation de fabrication alors que les Allemands privilégient depuis longtemps les projets issus d’idées de marketing ; et il est inaccessible à des financeurs privés en raison des restrictions administratives et limites qui en confient l’accès à quelques privilégiés.
C’est la CDC-Entreprises, cette émanation de la Caisse des Dépôts, qui est popularisée comme l’un des plus actifs agents de la création d’entreprises et d’emplois, alors qu’un examen attentif de ses investissements montrait il y a un an (2012) qu’elle avait investi en 10 ans 2,7 milliards d’euros dans des fonds de capital-risque – dont seulement la moitié réinvestie – alors que les sociétés de capital-risque levaient pendant la même période 90 milliards.

Il y a quelque chose de ridicule dans la posture prise par l’État français à tenter de nous faire croire qu’il va financer et relancer l’économie française en rassemblant les morceaux que sont Oséo, CDCE et le FSI (Fonds Stratégique d’Investissement). Non seulement en raison de leur passé mais parce qu’en France, patrie de la pensée rationnelle, comment peut-on encore croire qu’en matière de financement ou d’innovation, c’est le guichet unique qui est la solution, et qu’il ne faut pas dans ce domaine comme dans toute la vie économique, de la concurrence pour atteindre à l’efficacité ?
Et l’autre irréalisme de ce plan est que déjà les entreprises françaises injectent d’elles-mêmes près de 100 milliards d’euros par an dans leurs capitaux propres. Que va faire la BPI avec 40 milliards sur plusieurs années ? Des copains ?
L’économie française peut-elle se redresser sans un fort engagement du secteur privé ? Sans que ce soit le secteur privé qui finance ses investissements et son expansion, et qui prenne ses risques, pas des fonctionnaires aussi sortis de l’ENA soient-il ?
Tant que le gouvernement de la France n’aura pas compris que c’est à travers une législation fiscale qui encourage l’investisseur privé à prendre des risques et non à travers des organismes d’État qui ont toujours raté, que se trouve la clé de la croissance, nous continuerons à vivre dans le chômage et avec une misère accrue.

Messages

  • Si au moins, comme le Titanic, cette BPI pouvait couler corps et âme dès son premier trajet ... Mais non, elle va exister au moins pendant tout le quinquennat en mobilisant inutilement de nombreux capitaux dont une grande partie va s’évaporer en frais de fonctionnement et en financements des réseaux des hauts fonctionnaires. Le pire, c’est que même avec une alternance en 2017, l’influence cruciale des hauts fonctionnaires qui la composent la rendra indéboulonnable quelque soit son bilan. Au mieux on changera son nom et on recasera ses dirigeants dans d’autres placards dorés pour laisser la place à d’autres ambitieux plus jeunes ...

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