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La bataille américaine de l’Obamacare : éviter une Sécurité sociale à la française.

Par Bernard Zimmern,
le samedi 12 octobre 2013

De nombreuses évaluations ont été faites pour comparer ce que coûterait une couverture sociale avec concurrence, en matière d’Assurance-santé, avec la couverture actuelle Sécurité sociale. Et la réponse est à peu près toujours la même : si l’on pouvait se couvrir auprès d’assurances privées, cela coûterait à peu près la moitié de ce que coûte la Sécu en France.

Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi : l’eau – l’argent-, fuit de toutes parts : effectifs de gestion de la Sécu qui n’ont pas diminué malgré l’informatisation, mise à disposition gratuite des effectifs pour des fonctions qui n’ont rien à voir avec la Sécu. Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO est un fonctionnaire payé par la Sécu mais n’y a jamais mis les pieds, il y a des combines multiples pour faire prendre par la Sécu des coûts qu’elle ne devrait pas supporter comme la prise en charge des indemnités journalières maladie alors que le bénéficiaire vaque à ses occupations ou est en vacances. Mais il est impossible de contrôler sérieusement une organisation aussi gigantesque que la Sécu qui rappelle feue l’URSS.

Barack Obama a finalement réussi la bataille que mènent les Démocrates et que n’avaient pas réussie Bill Clinton. Il l’a fait grâce à un Sénat où le filibuster (obstruction parlementaire) n’était plus possible ; le filibuster est l’acte de stopper les travaux du Sénat en parlant sans discontinuer nuit et jour ; le Sénat a décidé il y a longtemps que pour empêcher un filibuster il fallait 60 voix sur les 100 du Sénat ; 60 voix était ce dont a disposé Barack Obama 6 mois après les élections de 2008, grâce à plusieurs recours inversant les résultats des élections de 2 ou 3 sénateurs par quelques centaines de voix en faveur des Démocrates [1]. Il a perdu cette possibilité aux élections partielles de 2010.

L’Obamacare, loi de plusieurs milliers de pages votée en 2009, vise, de fait, à instaurer une Sécurité sociale à la française car c’est la première étape vers une socialisation, c’est-à-dire une étatisation de la société.
Il s’agit théoriquement de permettre à près d’une cinquantaine de millions d’Américains qui ne sont pas couverts par des assurances santé de l’être à travers un « marché » où l’État américain proposerait une assurance en concurrence avec les assurances du secteur privé.
Notons d’abord que cela a été un faux problème créé pour des raisons politiques car sur les plus de 40 millions non couverts, moins de 10 l’étaient plus de 18 mois ; la plus grande part était constituée de salariés en transit entre deux emplois et entre deux couvertures.

Mais à voir la fuite des petites entreprises devant les nouvelles charges que leur impose Obamacare, à voir la montée des malades qui viennent se réfugier dans les hôpitaux publics parce que les médecins privés ne veulent plus se plier à toutes les nouvelles règles et charges qu’entraîne Obamacare sur Medicare, l’assurance des plus de 65 ans, on réalise que les Etats-Unis sont en train de se battre contre l’introduction d’une Sécurité sociale à la française.
Et l’on ne peut que se rappeler les propos de Paul Krugman [2], prix Nobel, grand commentateur du journal de gauche, le New York Times, et qui défendait Obamacare avant qu’il soit voté en disant : mais la France a déjà depuis longtemps un Obamacare et les Français n’en sont pas plus malheureux ou appauvris comme tout un chacun peut le constater en se promenant à Paris, pour ne pas dire rue de la Paix.

C’est la bataille qui se déroule sous nos yeux au Congrès : la lutte de ceux qui croient encore que malgré tous ses défauts, un régime capitaliste avec concurrence est infiniment supérieur pour le bonheur, l’épanouissement et la prospérité de ses citoyens à un système socialisé et étatisé où l’appropriation de la croissance et de la richesse se fait par les copineries et les détournements secrets, en fait par la forme que prend la corruption dans les sociétés modernes étatisées.


[1Cette remarque, non pour remettre en cause la légitimité de ces élections, mais pour marquer que les grands mouvements de fond d’une nation comme les USA se jouent souvent à quelques centaines de voix. Comme l’élection de Georges W. Bush en 2004

Messages

  • Cet article n’est pas basé sur des faits mais sur une idéologie.
    Pour avoir vécu près de 8 ans aux USA, je ne retrouve pas dans votre description succincte les faits que j’ai observés.
    Il serait intéressant d’avoir une analyse des couts de transaction pour l’assurance maladie, dans la meme ligne que les analyses intéressantes que vous présentez habituellement. Il serait également intéressant de comprendre pourquoi les couts de santé sont significativement plus élevés aux USA en % du PNB que dans le reste du monde.
    Je suis vraiment déçu par cet article. Je lirai votre prose avec plus de circonspection à l’avenir.

    • Ce n’est pas très constructif d’accuser d’idéologie quelqu’ un sans savoir sur quoi il base ses affirmations. Sans que ce soit ma spécialité, j’ai passé plusieurs centaines d’heures de recherche sur les politiques de santé au début des années 2000.
      Le poids de la santé aux USA est en effet plus important en % du PIB mais parce que la partie "libre", non remboursée, est d’environ 8% contre 1 à 2% en France. La partie remboursée est d’environ 8% du PIB, comme en France. J’ai vécu la fermeture d’un organisme français qui avait eu l’impudence de faire de l’imagerie médicale non remboursée par la Sécu.
      Impensable aux USA.
      En ce qui concerne l’expérience personnelle, je n’ai vécu que 27 ans aux USA et y ait des très très proches malheureusement( exil) au top du monde médical américain.
      J’ai eu deux fois deux opérations identiques en France et USA dans des conditions de qualité équivalentes et pour des coûts équivalents et ai été remboursé au moins 2 fois plus aux USA par les assurances privées (Blue Cross-Blue Shield). Et ce n’étaient même pas des HMO comme le Kaiser Permanente.
      Mais le pays est si grand que les expériences peuvent être différentes. BZ

  • Merci pour votre réponse à mon commentaire.
    Je ne comprends pas votre argument sur la séparation entre remboursé et libre. En comparant les "systemes santé" pris dans leur ensemble, le fait est que le cout du "systeme santé US" est significativement plus élevé en % du PIB, sans que son efficacité telle que mesurée par divers indices de performance santé (durée de vie, mortalité infantile,...) soit supérieure. C’est la compréhension de cet écart qui me parait intéressante. Plusieurs hypothèses : les rémunérations des professions médicales très supérieures aux USA vs France, les marges de l’industrie pharmaceutique (avec free ride sur R&D des pays fortement régulés), les couts de transaction des assurances, le niveau de service , ... Avez vous connaissance de telles analyses ?
    Merci d’avance.

    • Je vais essayer de répondre à vos questions mais comme je vous l’ai dit, j’ai gardé une vision générale de ce secteur, continue à le suivre à travers un fils, professeur dans un des plus grands hôpitaux publics américains mais n’ai plus suivi les statistiques qui seraient peut-être nécessaires pour bien vous répondre.
      La fraction plus élevée du PIB provient pour environ la moitié de productions médicales non couvertes pas les assurances que ce soit privées ou publiques comme Medicare.
      Une assez grande partie de ces dépenses supplémentaires sont des dépenses de confort comme la chirurgie esthétique, même si une partie comme les lunettes n’est pas ou n’était pas couverte par les assurances américaines alors qu’elle l’est en France. Mais les statistiques me manquent pour faire une comparaison.
      On vous dira que la santé aux USA est beaucoup plus chère qu’en France en raison des honoraires perçus par les médecins.
      Il faut dire d’abord qu’ aux USA comme en France, le médecin n’est plus la profession pour faire fortune. Cela était vrai il y a 50 ans pour les grands patrons des hôpitaux parisiens, ce l’est encore aux USA pour certains médecins qui opèrent dans le privé et ont la chance de tomber sur une branche juteuse. Ce n’est plus vrai dans les hôpitaux publics où j’ai un peu honte de ce que gagne mon films qui est pourtant au top mondial de sa spécialité ; ses condisciples d’internat à Paris gagnent nominalement encore moins, et ont des traitements de misère s’ils ne font pas des "ménages" ou s’ils n’ont pas comme beaucoup de médecins d’hôpitaux publics des vacations libres.
      Ce que nous savons pour sur, c’est que le coût de la santé française serait diminuée d’un bon tiers si la productivité des hôpitaux publics était la même que celle du privé( français) et on retrouverait alors un écart avec la moyenne US où le privé et le public ont des productivités équivalentes ; le public absorbe en effet 45% du budget santé français contre 15% pour le privé et délivre en gros le même nombre d’accouchements, de procédures opératoires, etc. Des 45% français sont enlevés l’enseignement et la recherche.
      La grande faiblesse de la santé française est dans la bureaucratie de la partie publique qui, syndicats aidant, fait que sa productivité est un tiers du privé.
      On nous amuse avec le coût des médicaments. Mais c’est sur ce point que tous les gouvernements ont reculé.
      Une telle différence ne paraît pas exister aux USA où au contraire on a vu les Veteran faire il y a une dizaine d’année sune des réformes de réorganisation dont on rêverait en France.
      Désolé d’avoir perdu la main sur ce domaine important !
      BZ

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