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L’océan entre les États-Unis et l’Europe continentale

Par Bernard Zimmern,
le mercredi 7 octobre 2015

Depuis des années, nous sommes sidérés de voir l’écart entre les États-Unis et la Grande-Bretagne d’une part, et l’ensemble des pays européens, y compris l’Allemagne, d’autre part.
Qu’on en juge : la création d’emplois par les entreprises nouvelles est d’environ 3 millions par an aux USA, avec une assez grande stabilité quelle que soit la conjoncture, elle est d’environ 500.000 au Royaume-Uni ce qui est presque dans le rapport de tailles des populations (63 millions contre 310), mais seulement entre 200.000 et 250.000 en Allemagne et 100.000 en France.

Nous ne parlons ici que des créations d’emplois dans les entreprises employeuses, les entreprises se créant sans salarié pouvant être n’importe quoi et particulièrement des zombies – en termes d’emplois - le signataire en ayant lui-même créé un certain nombre dans sa vie, sans salarié, pour des raisons parfaitement légales mais pour des montages, des « pass through » en anglais.

Il était difficile de croire que tous ces pays fonctionnent sous le même modèle économique et nous en avons eu la preuve en recherchant un lien entre croissance et création d’entreprises.

L’étude séminale de la Kauffmann, étendue par l’IRDEME avait montré que la création d’emplois n’est pas faite par les entreprises existantes, que celles-ci perdent en moyenne des emplois et que seules les entreprises nouvelles peuvent apporter un solde positif (et relativement régulier alors que les réductions de tailles ou disparitions d’entreprises existantes ont lieu par cycle.

On pouvait donc penser que la création d’entreprises serait un précurseur de la croissance, qu’il y aurait une forte corrélation entre ces créations et croissance.

C’est bien ce que nous avons trouvé mais pas du tout dans l’ordre attendu : la création d’entreprises précédant la croissance. Au contraire, la croissance précède toujours, dans toutes nos statistiques, la création d’entreprises. (on se référera pour le détail des preuves au dossier de l’IRDEME).

Nous nous sommes demandé si ce trait était le propre des pays européens qui constituaient l’essentiel de notre base, et si les USA procédaient d’un modèle différent ; et nous avons repris la même analyse statistique pour les USA en nous procurant les taux de croissance de chacun des 50 états ainsi que la création d’emplois par les entreprises nouvelles -employeuses- dans chaque état.
Résultat absolument identique : il y a bien corrélation forte entre les deux mais la croissance précède toujours la création d’entreprises, pas l’inverse.

Nous allions abandonner cette recherche qui débouchait sur une évidence : les entrepreneurs sont davantage poussés à créer une entreprise quand l’économie va bien que quand elle va mal, lorsque, pour clore le dossier, nous avons tracé les droites de corrélation entre croissance et création d’entreprises dont nous reproduisons ci-dessous le résultat.

Pour ceux peu familiers avec cette statistique (élémentaire), ces droites de régression indiquent que la création d’entreprises dans les pays européens continentaux est environ 2 fois plus forte qu’aux USA mais qu’elle s’arrête lorsqu’il n’y a pas expansion alors qu’elle continue, à peine ralentie aux USA où, en période normale (environ 3% de croissance annuelle du PIB), la partie « fixe » de la création d’entreprises représente 2.500.000 emplois créés et la partie augmentée par la conjoncture seulement 500.000, 20% de la création.

Nous n’avons pu malheureusement trouver les données pour le Royaume-Uni mais le parallélisme absolu entre les croissances et les créations d’entreprises dans le temps entre les deux pays nous laissent à penser que la réaction de l’économie britannique à la croissance est similaire, que la Grande-Bretagne dispose d’un socle de créations d’emplois important que la conjoncture soit bonne ou mauvaise.

Il faudrait pouvoir expliquer ces différences de comportement fondamentales vis-à-vis de la conjoncture ; pourquoi, qu’il pleuve ou qu’il vente, les économies anglo-saxonnes produisent sensiblement le même nombre d’emplois nouveaux alors que les pays de l’Europe continentale voient, eux, cette production s’écraser lors d’une crise économique.

Il faut remarquer que ces deux pays sont les deux seuls pays ayant une population très importante de Business Angels et notamment de BA Indépendants, dont les membres sont capables individuellement d’investir par an et par projet plus de 100.000 $.
C’est en effet le montant moyen investi par Business Angel, que l’on tire des statistiques de l’EIS au Royaume-Uni ou de la SBA américaine. Alors que les BA indépendants sont pratiquement inexistants en Allemagne.

De là à faire le pas que ce sont les systèmes fiscaux, la Sub S d’un côté, l’EIS de l’autre qui sont à l’origine de cette création massive d’emplois par les BA, c’est un saut explicatif dont nous laissons la responsabilité à nos lecteurs.

Messages

  • Votre démonstration est convaincante. Pour le profane que je suis en matière de statistiques, elle confirme, pour une bonne part, ce sentiment intime de bon sens qu'un pays dont les habitants disposent de capitaux prêts à être investis dans l'économie pour des projets espérés rentables et où (condition nécessaire) l'Etat ne cherche pas à confisquer en amont (ou en aval sur les profits) ces capitaux de façon légale par l'impôt et les taxes soit pour faire grossir la sphère publique soit pour faire de la redistribution (ou les deux à la fois), a plus de chances de créer et développer des entreprises et par voie de conséquence de favoriser l'emploi et l'enrichissement de tous. Malheureusement pour nous français, ces évidences basiques mais têtues semblent probablement trop vulgaires et simplistes pour nos "brillants" technocrates qui préfèrent les usines à gaz qu'ils sont les seuls à inventer et sur lesquelles ils exercent leur absolu contrôle.

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