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L’OCDE diffuse la désinformation des services officiels français

Par Bernard Zimmern,
le dimanche 1er juin 2014

Comment redresser la France lorsque les organismes les plus officiels dissimulent à l’opinion et à nos dirigeants les vraies raisons du recul économique français et du chômage : le manque de « start-up », ces nouvelles entreprises dont dépend l’emploi et qui manquent tragiquement ?
L’OCDE était jusqu’à présent restée une source fiable ; elle avait montré en 1986 que nous en créions moitié moins que les Allemands ou les Britanniques. Pourquoi s’est-elle fait abuser dans sa dernière publication ?

À voir le graphique que vient de publier l’OCDE sur les taux de création des start-up [1], tout va bien en France, Madame la Marquise. Comment savoir que le chiffre réel pour la France est environ moitié de celui publié et donc désastreux ?

Source :OECD Science, Technology and Industry Policy Papers N° 14, page 30.

La tromperie

La tromperie consiste à prendre pour les entreprises américaines ou britanniques celles qui se créent avec au moins 1 salarié, dites entreprises employeuses, alors que, pour les statistiques françaises, sont incluses celles sans aucun salarié.

Cela fait plus que doubler le taux de création d’entreprises français : nous sommes en effet les champions de la création d’entreprises sans salarié, dont la plupart sont malheureusement des zombies. C’est pourquoi l’OCDE les exclut, en principe, de ses statistiques [2].

Les preuves ?

En cherchant un peu, l’INSEE donne le nombre d’entreprises (voir graphique ci-dessus) naissant avec au moins 1 salarié : il était stagnant avant 2008 autour de 40.000/an et est tombé en 2009 à 33.000. Sur la durée OCDE de 3 ans utilisée cette fois pour définir une start-up, ceci fait un total de moins de 120.000 entreprises. Pour un parc d’entreprises avec salariés un peu supérieur à 1 million, les créations de start-up devraient s’afficher à moins de 12%, pas à 22 à 25% comme sur la figure 7 ci-dessus de l’OCDE. Pour obtenir ce pourcentage, il faut inclure les entreprises sans salarié.

Le résultat extraordinaire de cette figure 7 est que le taux de création de start-up est plus élevé en France qu’aux USA. Alors qu’avec un peu plus de 668.000 start-up avec salariés créées en 2007 pour un parc de 6 millions, les USA sont environ 3 fois plus prolifique en start-up, à populations égales, que la France.

L’OCDE est-elle responsable de cette tromperie ? L’organisation a délégué à des représentants nationaux la fourniture des données de ses bases. En France, l’OCDE cite l’OFCE, le CNRS, Sciences Po. Ces correspondant ont-ils prouvés par leur passé qu’ils étaient fiables ?

Qu’est devenue l’expérience de l’OCDE en matière de désinformation statistique française ?

On est d’autant plus frappé de voir l’OCDE abusée que, déjà en 2006, le rapporteur de l’OCDE, Steven Vale [3], montrait que les taux de créations de start-up publiés par l’INSEE en 2001-2002 étaient sensiblement doubles de la valeur réelle.
Sur son graphique 1.1 reflétant les chiffres des instituts de statistiques, pour la France, l’INSEE, le taux de créations [4] de start-up, la France parait être au niveau allemand ou britannique.

Mais, en corrigeant des entreprises comptées comme nouvelles qui ne sont en réalité que des réanimations d’entreprises déjà existantes ou en enlevant les entreprises sans salarié, S. Vale parvenait à un graphique 4.8 très diffèrent, où l’on voyait la France tomber à 7% en laissant l’Allemagne à 13%, la Grande-Bretagne à 12%, environ deux fois plus haut.

Est-ce une surprise quand on sait qui sont les correspondants français de l’OCDE ?

Il faudrait commencer par l’INSEE, une division de Bercy, qui cache l’échec de Bercy en création d’emplois : "Comment l’INSEE occulte le manque de croissance".

Il faut ensuite connaitre les liens entre l’INSEE et les correspondants de l’OCDE, notamment l’OFCE. L’OFCE, créé par Jean-Paul Fitoussi conseiller économique de Lionel Jospin, est financé pour plus de moitié annuellement par la Fondation des Sciences Politiques (plus de 20 millions d’euros ?). Avec l’INSEE, à l’automne 2001, l’OFCE et l’INSEE gomment des statistiques 400.000 chômeurs, à quelques mois des élections présidentielles de 2002, où doit se présenter Lionel Jospin alors que le taux de chômage menace d’atteindre 9%.

Voir : "L’INSEE au secours des socialistes"

Pour sortir du chômage et de l’écroulement de notre économie, maintenant visible par tous, il faudrait d’abord que l’INSEE et ses relais, OFCE, CNRS, Sciences-Po, fassent prendre conscience de l’écroulement de nos créations de start-up depuis près de 30 ans au lieu de le dissimuler.
Car c’est depuis le début des années 1980 que nous avons décroché et fabriquons chaque année de 2 à 3 fois moins d’entreprises employeuses, et donc finalement d’emplois, que les Allemands, les Britanniques ou, plus encore, les Américains.


[1Défini comme le ratio du nombre annuel de créations au total du parc d’entreprises.

[2ceci est repris par le présent rapport dans la définition de l’âge de la firme « entry year(exit) is the first(last) year when the unit appears in the data with positive employment » page 24, caractères gras ajoutés.

[3Vale, S. « The international comparability of business start-up rates ». Final report. November 2006

[4Défini ici comme le ratio du nombre annuel de créations au total du parc d’entreprises.

Messages

  • A propos de ces créations sans salarié, c’est une situation très courante : le cadre de bon niveau, licencié, créé sa société pour travailler en facturant des honoraires. Les entreprises hésitent en effet à embaucher "plein tarif". Dans le meilleur des cas, il sera (seul) salarié de cette structure au bout de quelques temps. Cela doit se voir dans la distribution des sociétés, par nombre de salariés et par ancienneté. Nous sommes bien loin des startups pleines d’avenir...

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