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L’INSEE, la défaillance de l’information statistique

Par Bernard Zimmern,
le dimanche 2 septembre 2012

La qualité en statistique, voici l’une des premières annonces que l’on trouve sur le site de l’INSEE, accompagnée d’un engagement de son directeur et suivie des quinze principes qui gouvernent sa pratique, en conformité avec le « code de bonnes pratiques de la statistique européenne ».
Un seul problème : personne ne contrôle l’application de ces principes sinon des organismes tels que l’Autorité de la Statistique Publique, le Conseil National de l’Information Statistique, qui sont peuplés de membres de l’organisme à contrôler.

Introduction

L’INSEE est l’organisme public responsable de la collecte des données statistiques ; celles-ci alimentent les économistes, la pensée économique et en définitive le pouvoir politique avec les informations chiffrées indispensables pour orienter les politiques publiques. En particulier celles concernant l’emploi.

Si l’emploi va mal en France depuis très longtemps, c’est que l’INSEE a failli à cette responsabilité et que toute la chaîne de la pensée économique en est dévoyée.
Certes, l’INSEE ne triche pas et l’on sait avec précision combien il y a eu de logements vacants à Romorantin en 2009, ou l’évasion urbaine à Laval.

Et l’INSEE se veut rassurant en affichant au fronton de son site, garanties par son directeur, toutes les règles d’indépendance, d’objectivité, de neutralité politique, de responsabilité qui figurent dans le « code de bonnes pratiques de la statistique européenne ».
Mais 20 ans de pratique de la statistique économique nous ont montré qu’il s’agit de villages Potemkine : faire croire à la marquise qu’elle est au courant de tout et que tout va bien alors que les termites ont mangé les poutres du sous-sol.

Loin d’être neutres ou indépendantes, les statistiques françaises sont en effet profondément influencées par les syndicats ou, quand ce n’est pas par les syndicats, par une idéologie étatiste qui vise à masquer les échecs de l’État-Providence et de ses principaux promoteurs : les fonctionnaires de Bercy.

Il n’y a pas a priori d’erreurs de chiffres, il y a simplement que les informations critiques qui devraient charpenter les orientations économiques ne sont pas publiées.

Les défaillances

L’INSEE s’est bien gardé de dire que les créations d’emplois dans le secteur privé étaient en chute libre depuis 2008 et a publié au contraire des hymnes à l’apparition massive de centaines de milliers d’entreprises – la plupart vides d’emplois – engendrées non seulement par les auto-entrepreneurs mais par tous les expédients mis en place depuis 2002 pour cacher, sous la création de petits boulots, l’incapacité de notre haute fonction publique de Bercy à créer de vrais emplois : SARL au capital de 1 euro, SUIR, services à la personne, programmes EDEN, ACCRE, ADIE, etc.

L’INSEE s’est bien gardé de dire que pour les entreprises qui naissent avec au moins un salarié et qui sont celles qui comptent pour faire des emplois, nous en créons depuis 20 ans moitié moins que les Allemands ou les Anglais, avec un déficit de l’ordre de 200.000 emplois annuellement.

L’INSEE s’est bien gardé de dire que pour les entreprises qui créent beaucoup d’emplois, les « high growth firms », HGF, telles que définies par l’OCDE, nous en avons aussi moitié moins. D’où un déficit dans les années 2005-2008 d’environ 700.000 emplois. L’INSEE s’est simplement borné à dire qu’il n’avait pas l’information alors qu’une approximation à quelques pour cent aurait permis de montrer l’écart de 1 à 2 avec les Britanniques.

L’INSEE s’est bien gardé de dire que les gazelles, ces entreprises à forte croissance qui font l’emploi de demain sont 5 fois moins nombreuses en France qu’au Royaume-Uni.

L’INSEE a par contre multiplié les études sur les inégalités de revenu ou les inégalités de fortune permettant de mettre les riches au pilori, sans se demander, comme dans d’autres pays, si les riches ne sont pas indispensables à la croissance et à la lutte contre le chômage, la forme suprême des inégalités.

On attend toujours une étude sérieuse de l’INSEE sur les conséquences de l’ISF sur le chômage en France, non à cause des départs des riches mais à cause des paralysies engendrées par cet impôt en France même.

Le seul timide essai qu’avaient tenté des chercheurs en l’an 2000 pour montrer l’impact du SMIC sur l’emploi a été complètement bloqué par les syndicats.

Demander à l’INSEE d’étudier les conséquences sur l’emploi des blocages aux licenciements, que nous avons de plusieurs manières concordantes évaluées à deux millions d’emplois non créés, tient alors de l’utopie.

Conséquences de la défaillance de l’INSEE

Les conséquences de la défaillance économique de l’INSEE sont graves ; cette défaillance est au premier chef responsable de l’échec des politiques de création d’emploi de la droite. Sans les phares permettant de jauger l’état réel de l’économie française, il n’est pas étonnant que les Présidents de la République comme Nicolas Sarkozy se soient plantés dans leur politique économique.

Personne ne lui a jamais dit qu’il manquait en France 5 à 7 millions d’emplois privés et que, s’ils existaient comme en Allemagne, il n’y aurait plus de problème de coût de la main-d’œuvre ou de déficit public.

Personne ne lui a jamais dit que la seule compression des dépenses publiques est incapable de faire repartir l’économie française car nous créons chaque année moins de 100.000 emplois là où les Allemands en créent 3 fois plus et qu’on ne réduit pas la dépense publique et le nombre de fonctionnaires si le marché de l’emploi privé n’est pas en expansion.

L’INSEE s’est ainsi allié à Bercy pour faire dérailler les maigres mesures mises en place pour financer la création d’entreprises, l’Avantage Madelin et l’ISF-TEPA.

Et ces défaillances ne sont pas le résultat d’un manque de moyens, car en premier examen l’INSEE emploie deux fois plus de monde que ses homologues. Elles seraient plutôt le résultat d’un excès de moyens.

Les raisons de la défaillance de l’INSEE

Plusieurs raisons expliquent cette défaillance.

La première est que l’INSEE n’est pas comme l’ONS anglais rattaché au Parlement mais est une direction du ministère des Finances et que ses dirigeants seraient donc mal venus de laisser publier des chiffres qui montreraient que Bercy n’a cessé de se fourvoyer. Donc, il est impossible de connaître comme au Royaume-Uni des données détaillées sur les niches fiscales. Le peu que l’on connaisse a été publié par un rapport de l’Inspection des Finances en 2011 ; il y manque, en ce qui concerne l’emploi, l’essentiel ; et l’inspection est un des services de Bercy.

La seconde est que si l’INSEE affiche sur son site un engagement de qualité accompagné des quinze principes qui gouvernent sa pratique, personne ne contrôle l’application de ces principes sinon des organismes tels que l’Autorité de la Statistique Publique, le Conseil National de l’Information Statistique, qui sont peuplés de membres de l’INSEE, l’organisme à contrôler.

L’auto-contrôle, le grand principe non écrit du contrôle de l’INSEE, n’est que l’application du grand principe de l’Administration française de n’être contrôlée que par elle-même. On retrouve ce principe dans le contrôle de la dépense publique dont, en pratique, les Rapporteurs Spéciaux des deux Assemblées sont exclus faute de pouvoir se faire assister. Ou dans les analyses du seul organisme de contrôle important, la Cour des comptes, sérieusement émoussées par le fait que les magistrats de la Cour se retrouvent souvent à la tête des organismes contrôlés.

Comment se réalise le contrôle dans les autres pays ?

Par le fait que les organismes de collecte de l’information statistique, recensements, enquêtes, etc., les INS, instituts nationaux de la Statistique, publient les résultats bruts mais que le traitement de ces données, les EE, Études Économiques, est le fait d’organismes privés.

Pas en France où elles font partie de la mission confiée à l’INS EE, qui grâce aux crédits publics a en pratique éliminé tout organisme privé indépendant.

C’est seulement en traitant les données brutes produites par un INS que les clients peuvent s’apercevoir des erreurs ou des manques.

S’il n’y a pas de clients capables de retraiter les données de l’INSEE de façon indépendante et de formuler leurs critiques, le contrôle est de fait défaillant.

C’est grâce à l’un des derniers statisticiens indépendants que l’iFRAP, à la fin des années 1990, a pu mettre en évidence les erreurs ou manquements de notre INSEE. Le grand public est incapable de déceler les failles ou de mesurer les enjeux sur des sujets qui restent très techniques. Il faut être soi-même entraîné à la statistique pour voir où sont les fautes, les omissions ou les incohérences.

C’est grâce aux travaux de l’IRDEME depuis 2005 que nous avons découvert l’absence de décomptes, essentiels pour comprendre d’où vient le chômage.

Rappelons que les seuls organismes d’études économiques importants hors INSEE, Rexécode et l’OFCE, ont été créés sous Raymond Barre, qui avait pris conscience de la disparition du secteur privé exploitant. Ces deux organismes ont seuls les moyens financiers suffisants pour pouvoir éventuellement critiquer l’INSEE mais ne sont pas vraiment indépendants, le premier étant financé par le MEDEF et le second par Sciences Po à hauteur dit-on de plus d’une dizaine de millions par an ; son fondateur, Jean-Paul Fitoussi, a été conseiller économique de Lionel Jospin, Premier ministre.

En conclusion

Tant que l’INSEE continuera de traiter lui-même les données brutes qu’il rassemble, tant qu’il ne se sera pas développé un traitement privé de l’information statistique – et qui ne soit pas seulement un reformatage de documents officiels mais une véritable analyse et critique en profondeur -, tant que l’INS EE ne sera pas redevenu comme la quasi-totalité des instituts de statistiques étrangers, un INS sans EE, nous continuerons d’avoir des analyses économiques complètement faussées et des politiques publiques qui tombent dans le vide.

Messages

  • ... et encore, je me souviens dans les années 73 (crise du pétrole) où j’étais cadre sup à l’INSEE, comment le Ministre des Finances demandait à "réviser" l’Indice de la Production Industrielle, lorsqu’il était trop bas, avant de le publier ! Léger progrès tout de même, mais beaucoup à faire au niveau des contrôles, je suis d’accord avec vous.

  • Tout à fait d’accord avec Bernard Zimmern.
    J’ajoute que la position monopolistique de l’INSEE a même des inconvénients en temes d’inefficacité globale. Son inclusion comme point de passage obligatoire pour nombre de démarches administratives pénalise et complique les circuits.
    Notamment tout ce qui est création, modifications, déménagements d’entreprise passe par l’affectation d’un numéro SIRENE et SIRET. Ces formalités passent d’abord par le CFE des ex CCI et les greffes des TC. Il faut avoir regardé de près l’invraissemblable imprimé M2 que les CFE remp
    a ne marche pas très bien embauchedans l’appareil adm

  • Je ne peux que souscrire à 100% à l’analyse de B. Zimmern dont j’ai pu apprécier l’indépendance, la ténacité et le sérieux.
    Elévé par un Père physicien, j’ai toujours gardé en tête qu’un probléme mal posé ne trouve que de mauvaises réponses !
    Au delà de l’INSEE, on pourrait aussi se demander pourquoi les soultes payées à l’occasion des transferts d’un certain nombre de régime spéciaux de retraites vers soit le régime de la fonction publique (SNCF) soit vers le privé (EDF) ont été notoirement sous-évaluées alors que n’imorte quel actuaire sait calculer au franc près ledit montant ! Lacheté politique et faux prétexte de la "cohésion sociale" !

  • Merci Monsieur Zimmern d’ouvrir les yeux des français sur les pratiques de l’INSEE. Effarante exception française. Finalement, au vu de tous les blocages idéologiques français contre toute vraie réforme de fond dans de multiples domaines économiques, politiques et sociaux, blocages créés ou entretenus par les "syndicats", personnes toute puissantes et sans visage, on réalise à travers votre article qu’une fois de plus il est prouvé que le Vrai Pouvoir appartient en France aux syndicats sans visage, force occulte et toute puissante.

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