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L’inégalité, mère de l’innovation et de l’excellence

Par Dominique Mercier,
le lundi 13 janvier 2014

L’un des chevaux de bataille des hommes politiques actuels – qu’il s’agisse de François Hollande, Barack Obama, ou du maire fraîchement élu de New York – est la lutte contre les inégalités. Le nivellement par le haut étant impossible, cette politique entraine cependant un nivellement par le bas, ne permettant pas aux bons éléments de donner leur pleine mesure. Pourtant la création réussie de la Toulouse School of Economics montre que l’excellence scientifique et universitaire est possible même en France.

« Garder un sens accru de la peur d’être à la traîne », tel est le conseil donné un jour par le Premier ministre chinois à ses concitoyens et dont nous devrions prendre de la graine. En effet, cultiver l’égalitarisme revient à se donner toutes les chances de perdre des places dans tous les classements mondiaux. Deux professeurs, dans une contribution [1] aux Échos, montrent, grâce aux chiffres de publications et d’innovations des chercheurs, que l’inégalité est en fait inscrite au cœur même de la logique d’innovation :

« […] seuls 0,1 % des articles scientifiques répertoriés par l’Institute for Scientific Information sont cités plus de 1.000 fois. De même, 0,1 % des chercheurs français en biologie produisent à eux seuls 13 % des publications importantes en France. […] L’Allemagne des années 1930, jusque-là cœur vibrant de la recherche mondiale en physique-chimie, en donne la leçon a contrario. A eux seuls, les 36 chimistes juifs qui ont rejoint les États-Unis y ont accéléré de 30 % le rythme d’innovations dans leurs domaines de recherche. »

Tout comme pour la création d’emplois, où c’est le petit nombre des high growth firms qui sont les plus gros contributeurs, c’est un petit nombre de chercheurs qui fait la différence, les deux sujets n’étant pas sans lien l’un avec l’autre.

Le Royaume-Uni a bien compris la nécessité d’attirer et former les hauts potentiels pour faire de la croissance puisque cela fait partie d’un des 4 volets du « Plan for Growth » défini en 2011 : faire des universités britanniques les meilleures d’Europe. Un rapport a également été publié en octobre, afin que la recherche dans les universités soit au service des entreprises à forte croissance qui n’existent pas encore. Le rapport préconise d’identifier les domaines où le Royaume-Uni possède un avantage compétitif afin de les transformer en innovations commercialisables, avec l’aide d’un organisme de financement unique.

En France la loi LRU n’a pas encore porté beaucoup de fruits mais l’exemple de la Toulouse School of Economics (TSE) montre que l’excellence mondiale nous est possible. Créée seulement en 2007, l’école est en effet classée régulièrement autour de la dixième place dans le monde selon le RePec [2] . Ainsi, elle n’est devancée en Europe que par la London School of Economics et la faculté d’économie d’Oxford. Parmi ses 150 enseignants-chercheurs figurent de nombreuses pointures internationales venant de MIT, Stanford, etc.

Comment expliquer un tel succès alors que les étudiants ne déboursent que quelques centaines d’euros par an ?

Il s’explique tout d’abord par l’existence d’une fondation sur laquelle la TSE s’appuie, dotée d’environ 80 millions d’euros, qui recueille des financements d’entrepreneurs et de grandes entreprises. A l’heure où - comparé à l’étranger- les écarts de salaires pour les autres chercheurs français sont de 1 à 3 dans certaines disciplines, cela lui permet d’avoir une politique salariale incitative pour attirer les meilleurs chercheurs mondiaux, qu’elle associe à une grande flexibilité pour les enseignants-chercheurs [3]. Attirés par les enseignants prestigieux qui y donnent des cours, des étudiants du monde entier viennent s’inscrire à TSE, y compris parmi les universités telles qu’Oxford, Yale ou la London School of Economics. Dans certaines classes, les étudiants français représentent à peine un quart des élèves.

Le succès de TSE s’explique ensuite par la sélection des élèves. L’entrée en première et deuxième années à la TSE n’est pas sélective mais le niveau élevé entraîne un écrémage naturel, qui se double d’une sélection à l’entrée en troisième année. Au total, seuls 20% de l’effectif initial reste dans le cursus. Le directeur résume ainsi l’objectif de l’école : « Notre ambition est de former des étudiants à l’esprit agile, créatifs, qui ne se contentent pas d’appliquer des solutions toutes faites pour résoudre les problèmes."

La vraie justice, n’est-ce pas d’encourager ceux qui ont reçu plus (intelligence, créativité) à donner plus (innovation, rayonnement intellectuel, création d’emplois) ?


[2Une base de données qui compile les publications en économie et fait autorité en la matière

[3Voir Société Civile (mensuel de la fondation iFRAP) n°123.

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