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L’État c’est le vol

Par Yves Buchsenschutz,
le mercredi 30 novembre 2016

Chacun de nous essaye tout naturellement de consolider sa situation, en quelque sorte de se créer une rente. L’État également, mais lui, c’est sous la forme d’une Rente perpétuelle, et la Rente perpétuelle, c’est le Vol...

On devrait relire plus souvent Balzac ou Alexandre Dumas. Leurs écrits sont truffés de la notion de rente. Qu’il s’agisse de Rastignac ou du comte de Monte-Cristo, chacun s’efforce à l’époque de maximiser « sa rente ». Il s’agit en fait au XIXe siècle en général, du revenu régulier et quasi-inéluctable d’un emprunt d’État, dans lequel un capital a été placé. Cette notion est tellement prégnante que plus que la fortune elle-même, elle est à l’époque la mesure usuelle de la richesse. Outre les emprunts d’État, elle peut provenir de loyers d’habitation, de fermages de terres, etc. Au demeurant, chacun tente de la maximiser bien entendu, mais aussi de la sécuriser. Et l’on retrouve toujours ces quelques mots-clés : revenu, régularité, sécurité, durée (et oisiveté).

Si l’on y regarde d’un peu plus près, on observe que ces comportements individuels s’étendent en fait à presque toutes les organisations, toutes les situations et toutes les époques : les associations préfèrent les engagements de dons réguliers, les actionnaires de dividendes récurrents, les sociétés de parts de marché importantes et de marques puissantes susceptibles de garantir une situation confortable, les salariés de contrats à durée indéterminée qui protègent d’une éventuelle surprise, les professions de règles et de lois qui s’approchent le plus possible de la corporation, voire d’un numerus clausus… L’État lui-même, préférera un bon impôt ou une cotisation à la vente d’une prestation, trop aléatoire : son souci est de transformer le client en usager, beaucoup moins versatile. Quant au fonctionnaire il s’est arrogé un statut qui lui garantit une situation stable à vie.

Mélangeant l’instinct de survie et le principe de précaution, on peut dire sans risque de se tromper que tout organisme qui s’est fait une place au soleil, tente ou tentera de la consolider sous la forme d’une rente, monétaire ou de situation, ce qui revient au même. C’est un processus tout à fait naturel, comparable dans une certaine mesure à l’épargne en particulier, « pour les vieux jours » !

Certains ont beaucoup glosé sur ce phénomène quoique la réponse ait été donnée il y a déjà longtemps et pas pour la première fois par Jean de La Fontaine dans « la Cigale et la Fourmi ». A l’école communale on nous apprenait que l’attitude vertueuse, était celle… de la... fourmi.

C’est vrai si l’on y réfléchit, à la seule exception près de son intangibilité : que l’on cherche à prévoir, à préparer l’avenir, certes, mais que l’on se réserve « ad vitam aeternam », et ceci y compris aux dépens de son voisin, un confort spécifique est la vraie limite morale de la rente. Elle génère en effet, dans ce cas, deux conséquences nuisibles majeures : elle bloque toute évolution dans un état donné et devient l’ennemi juré du progrès (pour tous) et surtout, se transforme en avantages acquis, ce qui, regardé sous un autre angle, s’appelle un privilège.

A cette aune, on en arrive à distinguer deux sortes de rente :

La première est la rente simple ou naturelle, ou prévoyance, laquelle est forcément soumise à la versatilité d’un client, à l’émergence de la concurrence, à la transformation de la situation par une nouvelle idée ou une nouvelle approche, etc. Devenue frein ou contrainte, désormais inadaptée, la rente simple s’éteindra naturellement, et une autre tentera de la remplacer au profit d’un meilleur offreur.

La deuxième est la rente perpétuelle ou bloquée qui a aujourd’hui de fait quasiment disparu, sauf au profit de l’État, et le plus souvent, de ses serviteurs : les fonctionnaires.
Les deux instruments principaux de cette opportune consolidation ont été : le monopole et le statut (qui en est d’ailleurs une forme particulière).
Grâce au monopole, l’État a éliminé la concurrence, donc la remise en cause possible de sa rente. Il a également éliminé la possibilité d’évolution, donc de productivité, donc l’augmentation potentielle de la richesse de la société : un exemple caricatural de ce phénomène est le monopole de la SNCF ; non seulement elle prétend au monopole du chemin de fer mais elle l’a fait étendre à celui de la création de lignes de cars qui auraient pu la menacer indirectement. [1] L’Éducation nationale, elle, a fait légalement limiter la possibilité d’ouverture d’établissements privés à 20% du marché, etc., et pourtant un établissement d’enseignement privé est en moyenne plus efficace et moins coûteux pour la collectivité que son homologue public ! On parle de 30% d’écart !
Tout ceci sans compter le monopole des fonctionnaires, consacré par leur statut. Tant qu’il était contrebalancé par une rémunération inférieure et que la situation générale était le plein emploi, il pouvait peut-être être admis. Ces conditions ayant radicalement changé, il est devenu un privilège bloqué.

Mais un deuxième danger s’annonce à l’horizon : pour justifier son monopole, l’État-providence a imaginé un mode original de fonctionnement : ses prestations seront financées par l’impôt ; en revanche, elles seront d’apparence « gratuites » pour le client devenu usager, et bientôt clientèle.
Devant la gratuité, le client devient un consommateur « d’aubaine » et abaisse considérablement ses exigences. La correspondance entre l’impôt demandé et la prestation offerte (tir à l’arc, concert ou parterre de fleurs...) devient introuvable et donc non contestable, ni dans son coût ni même dans son existence.
Pour croître et prospérer, il suffit dès lors à l’État d’élargir ses domaines d’activité pour augmenter sa rente et celle de ses commensaux, les fonctionnaires. Au passage, il pourra même diriger la consommation là où le souhaitent ses serviteurs et se servir grassement dans les domaines les plus rémunérateurs !
Oui l’État peut tout faire, mais à quel coût ? Pour qui et pour quoi ?


[1Jusqu’à la récente loi Macron, nul ne pouvait ouvrir en France une ligne d’autobus intercités sans l’autorisation de la SNCF. Ceci explique assez bien l’absence historique d’une offre de « Grey Hounds » de type US en France.

Messages

  • Ne vaudrait-il pas mieux que l’État s’oblige à un grand rôle d’arbitre (objectif ou tout du moins, le moins subjectif possible) et se défaire de tous les domaines d’incompétence où il se dit-lui-même par orgueil, exceller !

  • Votre titre est un fait objectif. Mais cela procède plus de l’incompétence que de la turpitude. Vous évoquez à juste titre les monopôles de nos EPIC.

    D’abord, qui se souvient du nombre de nos rentiers qui se sont vus ruinés après la guerre de 14 ? Qui a noté que, parmi eux, tous ne l’ont pas été ? Oui, les suisses par exemple, avaient prévu des clauses de sauvegarde en fonction du contexte économique.

    C’est là que la culture publique française rêve que l’argent public peut tout s’offrir. Certainement mais personne n’a réalisé que nous souffrons de 4 types d’indigestion :
    1- Nos EPIC sont sous la contrainte de blocage/limitation de leur tarif au point par exemple qu’EDF vendrait en-dessous de son prix de revient. Le TGV à 19€ pour Marseille est une faute stratégique invraisemblable....
    2- Nos EPIC sont subventionnées. Le versement de ces subventions est de la responsabilité de Trésoriers Publics qui ont des engagements régaliens. Concrètement, quand nous envoyons des soldats au Mali, on peut lire dans la presse que 135 M€ n’ont pas été versés à SNCF Réseau.
    3- SNCF, EDF, AREVA que j’observe, montrent que les compétences réelles de ces équipes sont submergées par ce que j’appelle la démocratie. Une norme fige techniques et fonctionnements pour des décennies alors que les marchés évoluent. Les foucades techniques, du TGV aux énergies renouvelables, induisent des financements gaspillés sur des objectifs "hors sol" ! Je ne dis pas qu’il ne faut pas engager de tels développement. Mais il y a des dosages de prises de risques grâce auxquels le privé les réussit de façon à contrôler les douleurs éventuelles. Les investissements sont engagés. Parmi les nombreuses fautes de management de ces grands projets, la plus évidente est : retardés par des trésoreries différées, les budgets doublent voire quadruplent (l’innovation technologique nucléaire engagée hâtivement chez un des clients réputés pour être parmi les plus tatillons du marché).
    4- Enfin, et c’est la plus perfide et la plus dévastatrice : survivre en concurrence impose des provisions diverses et variées dont le privé a la maîtrise. C’est même là que les anglais situent l’essentiel de l’apport du privé dans les PPP. Par exemple, contre tout bon sens, contre les règles de l’Europe, la SNCF est plombée par 50Md€ de dette. Les intérêts de la dette consomment 80% de sa marge. Le bénéfice est donc divisé par 5. Tout entrepreneur sait que ce bénéfice sert à payer "le coût pour rester en affaire". Qui se souvient que l’Etat prétend "immuniser" les PPP aux risques ? Quelle charmante et utopique prétention ? Les cheminots seraient "infantiles", selon nos députés. Ne sont-ils pas plutôt des paternalistes invétérés ? des acheteurs de voix pour leurs réélections ?

    Si ce sujet vous intéresse, je suis à votre disposition pour y contribuer. Je travaille à la revitalisation de l’écosystème ferroviaire français. Il y a probablement 200 petites lignes en friche. Pour une paire de dizaines de millions d’euros chacune, elles pourraient nourrir le Réseau National et la trentaine EPIC urbaines du rail pour un rééquilibrage des parts de marché des écosystèmes de la route et du rail.

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