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L’égalitarisme source des inégalités

Par Gérard Dosogne,
le mercredi 14 septembre 2016

Les hommes naissent égaux en droit…. Et l’égalité avec la fraternité et la liberté sont les concepts préférés des Français.
Mais, les hommes naissent inégaux en fait : en termes de santé, d’intelligence, de milieu socio-culturel, de courage, de volonté à travailler ou non, de dons artistiques ou sportifs, etc.

Le rôle des Etats est de tenter de réduire ces inégalités de départ en donnant à chaque individu une égalité des chances ou « equal opportunity », ou égalité de droit. Cette obligation à permettre et encourager l’égalité des chances a été pervertie dans nos sociétés par nos états, pour remplacer l’égalité des chances par l’égalité des résultats, ce qui a mené à l’égalitarisme, la négation de l’effort, et en fin de compte à la pauvreté. La théorie communiste appliquée en URSS pendant 70 ans l’a démontré. La volonté d’égalitarisme, en France, mène au chômage de masse, à l’augmentation des inégalités et à la décroissance.

1/ Changer la perception de l’inégalité

Bonne et mauvaise inégalité : Le fait de mentionner que certaines inégalités sont bonnes peut heurter les bonnes âmes, mais certains types d’inégalités économiques ont une grande valeur sociale (voir « Bad and Good Inequality », Gary Becker, Nobel 1992).

Il serait par exemple difficile de motiver la vaste majorité des individus à produire des efforts, d’apprendre, de travailler, de prendre des risques si au bout du compte, tous les individus recevaient les mêmes salaires et revenus, statut, prestige, habitation, loisirs, etc.

Les mauvaises inégalités sont des inégalités qui engendrent des inefficacités, des richesses qui ne sont pas principalement le résultat du travail et du talent de l’individu.

Ces mauvaises inégalités sont en général provoquées par des politiques gouvernementales qui favorisent des individus ou des secteurs au détriment d’autres : ce sont des inégalités créées par les politiques : exemples, en Russie, l’émergence des oligarques ou les aides du gouvernement du Mexique données à Carlos Slim, dont la fortune dépasse 50 milliards de dollars. En France, ces inégalités créées par les gouvernements sont multiples : un exemple parfait est Canal + où une poignée d’individus a pu faire fortune grâce à des « avantages » en termes de fréquence, de règlementation de diffusion, etc. donnés GRATUITEMENT par le gouvernement français.

Toute les professions protégées, les avantages et monopoles (privés ou d’état) entrent dans ces « mauvaises inégalités » souvent créées par l’État et génératrices de « rentes ». Tous les avantages particuliers qui permettent la création de ces monopoles et professions protégées freinent la croissance et devraient être supprimés. Les syndicats (salariés et patronaux) sont aussi créateurs de mauvaises inégalités : les droits « acquis » réservés à quelques-uns, l’exclusion des chômeurs de la formation continue, les inégalités entre les régimes divers de fonctionnaires et assimilés, entre les salariés des grandes entreprises et les salariés des PME et TPE…, la complexité du code du travail…

2/ Corriger les « mauvaises » inégalités cause d’inefficacité par des mesures structurelles, diminuer la « désespérance » et créer des richesses supplémentaires

Les différences de revenus aux USA, et dans la plupart des pays, ont augmenté de manière drastique depuis les années 70, phénomène dû principalement à la globalisation et aux progrès technologiques qui ont augmenté la productivité des populations bien éduquées et talentueuses.

En 1980, un diplômé de l’enseignement supérieur aux USA ne gagnait que 40% de plus qu’un diplômé du secondaire. En 2000, c’était 70%. Le bon côté, c’est que de plus en plus de jeunes ont été motivés à poursuivre leurs études, mais le mauvais côté, c’est que d’autres jeunes, moins bien préparés, pour des raisons liées au milieu social ou au manque de financement… resteront en arrière et verront l’inégalité grandir.

Ce constat fait, quelle conclusion en tirer, et quelles mesures prendre ?

Revisiter les politiques d’éducation et la formation, facteurs de réduction des inégalités et de création de richesse.

> L’importance économique du capital humain, et plus particulièrement de l’éducation, est démontrée par de nombreux économistes (Gary Becker, Milton Friedman, Kevin Murphy….) ;
> Les personnes les mieux éduquées et les plus capables tendent à gagner plus : vrai aux USA comme en Europe, en Chine ou même à Cuba !
> L’investissement en capital humain et plus particulièrement dans l’éducation et la formation, développe la croissance et réduit les « mauvaises » inégalités ;
> Pour réduire les inégalités :
• Réduire les inégalités externes (inégalités de moyens financiers, inégalités familiales et sociales) ;
• Encourager les individus à « forcer leur nature » : incitation au dépassement de soi par la perspective de meilleures conditions de vie, salaire… : récompenser l’effort pendant la scolarité par des notes et la perspective de pouvoir aller à l’université et ensuite d’obtenir de meilleurs salaires, promotions et augmentations « au mérite » dans la fonction publique ;
• Reconnaissance de l’ensemble des capacités, dons et différences par la société (combattre l’égalitarisme ambiant) ;
> Il est naturel et indispensable que les gouvernements soutiennent l’éducation par des allocations financières importantes, mais il faut le faire avec discernement en vue d’atteindre l’objectif : augmentation des richesses et réduction progressive des inégalités ;
> Le rôle des familles est essentiel dans l’éducation mais aussi la reproduction des inégalités : le capital humain ne se développe pas seulement par l’école mais par les parents ;
> Il est démontré qu’un euro dépensé par l’Etat pour un enfant de famille aisée est beaucoup plus productif qu’un euro dépensé pour un enfant de famille pauvre, à cause de l’effet de levier du support familial et social (Gary Becker, prix Nobel, et al.) ;
> On constate qu’un enfant de famille aisée, à QI égal, a beaucoup plus de chances de rester dans la tranche élevée des revenus que l’enfant de pauvre d’y parvenir ;
> C’est le phénomène de reproduction des élites qui s’accélère : les énarques, médecins, ingénieurs de grandes écoles, sont majoritairement des enfants de parents ayant la même formation, ou alors d’enseignants ayant la capacité de passer beaucoup de temps à investir dans le capital humain de leurs enfants.

L’objectif du gouvernement ne doit pas être dans ce cas uniquement l’efficacité d’un euro dépensé, mais la hausse globale du niveau d’éducation créant à la fois à terme plus de richesse et la réduction des inégalités.

En France, l’enseignement est financé quasi à 100% par l’Etat (donc par l’ensemble des contribuables) et cette « égalité » théorique de tous les enfants résulte en pratique au maintien et même à l’augmentation des inégalités et de la mise à l’écart d’une partie de la société, d’où une persistance et même une augmentation lente mais constante du chômage.

Plus qu’ailleurs et plus que par le passé, les origines sociales pèsent sur la réussite scolaire. C’est en France entre un cinquième et un quart des résultats des élèves en mathématiques (22,5 %) qui sont directement imputables aux origines socio-économiques, contre 15 % en moyenne dans l’OCDE. Il n’y a en réalité que sept pays sur les 65 du classement où l’origine socio-économique conditionne autant les destins scolaires (plus de 20 %). Un chiffre qui vaut à la France la triste réputation de pays le plus inégalitaire de l’OCDE. (En savoir plus sur)

L’Unicef classe la France 35e sur 37 pays de l’OCDE en termes d’écart de performance en lecture, maths et sciences constatés en fonction du milieu social.
Il faut donc procéder à une allocation intelligente des financements de l’État pour s’attaquer aux inégalités !!
> S’attaquer au dogme de la gratuité pour tous, source d’inégalité future. L’enseignement ne doit pas être totalement gratuit pour tous. L’ État doit compenser les inégalités familiales et sociales en donnant plus pour l’éducation des enfants de familles modestes, et moins aux familles aisées (système de bourses ou chèques éducation pour les plus modestes, avec une diminution générale des impôts frappant principalement en France les classes moyennes et supérieures) ;
> S’attaquer au dogme de la non sélection pour redonner l’incitation à l’effort et réellement sélectionner les élèves sur leur savoir, leur travail, leur compétence, quelle que soit leur origine sociale (avec des bourses au mérite). La revalorisation des diplômes qui en résultera et donc la meilleure éducation de tous profitera à l’ensemble de la société.

Les inégalités, même bonnes et génératrices investissements et d’emplois, sont très difficiles à accepter dans des sociétés où la mobilité sociale est absente ou fortement freinée.
Or ces « bonnes inégalités », source de dépassement et de création de richesses et d’investissement, sont nécessaires.

Bibliographie

Bad and good Inequalities, Gary Becker

Inequalities and Opportunities.

Human Capital, Gary S. Becker, The University of Chicago Press, third edition

Stéphanie Fraisse-D’Olimpio, Les fondements de la théorie du capital humain, 11 mai 2009 (article sur les théories de Theodore Schultz, ou comment réduire les inégalités).

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