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L’atonie française incomprise par le FMI

Par Dominique Mercier,
le dimanche 26 avril 2015

On ne peut que constater à nouveau à quel point les économistes français peuvent être un peu « courts » sur les maux qui sont la cause de notre faible croissance. D’après Olivier Blanchard, conseiller économique du FMI, la faible croissance française vient de notre faible productivité. Mais il ne semble pas avoir perçu l’origine de cette faible productivité. Comme réforme essentielle, il propose une réforme du code du travail, mais oublie la réforme essentielle : libérer l’investissement et la prise de risque.

D’après une interview d’Olivier Blanchard donnée récemment au Figaro [1], il y a des raisons cycliques mais aussi des raisons structurelles à la faible croissance française. Parmi les raisons structurelles, il cite que « Depuis le début des années 2000, la croissance de la productivité des facteurs en France a été très faible, presque égale a zéro. Nos estimations sont que la croissance potentielle française, c’est-à-dire la progression des capacités de production du pays est inférieure actuellement de 0,4 point par an à ce qu’elle est en Allemagne. »

Si l’on consulte les chiffres de l’OCDE, ce sont effectivement ces ordres de grandeur que l’on constate. Ainsi sur la période 2001-2012, la productivité multifactorielle (efficience globale avec laquelle les facteurs travail et capital sont conjointement utilisés) a crû en moyenne de 0,4% par an en France contre 0,7% en Allemagne et 0,6% au Royaume-Uni [2].

Mais il convient tout d’abord de remarquer que croissance ne veut pas dire emploi et que si la corrélation entre productivité et croissance est bien positive, on peut se demander si c’est nécessairement le cas pour l’emploi. La productivité, cela signifie en effet être capable de produire plus avec autant ou de produire autant avec moins. Si une entreprise peut produire plus mais qu’elle ne trouve pas de débouchés supplémentaires, elle produira autant en licenciant le personnel devenu inutile.

Il convient ensuite de regarder d’où viennent les gains de productivité. Qu’il s’agisse de l’OCDE, de la Banque Centrale de Chicago ou de la Kauffman Foundation, les instituts de recherche s’accordent à dire qu’en réalité, les gains de productivité sont directement corrélés à la turbulence d’une économie et au dynamisme de l’entrepreneuriat :

- « Un nombre croissant d’éléments laissent à penser que le processus de créations et de fermetures d’entreprises, de même que la réallocation des ressources des entreprises en déclin vers celles en expansion, contribuent pour une grande part à la hausse de la productivité et de la production » (Perspectives de l’emploi de l’OCDE 2009, Faire face à la crise de l’emploi)

- « Des mesures soigneuses révèlent que la plupart des gains de productivité dans une économie surviennent lorsque les vieilles entreprises sont remplacées par de nouvelles ». (Chicago Fed Letter de septembre 2014 : What is the economic impact of the slowdown in new business formation)

- « L’importance de l’entrepreneuriat pour la création d’emplois et la croissance de la productivité est établie » (Kauffman Foundation, The return of business creation, juillet 2013)

- « Les nouvelles entreprises créent des emplois, mais les caractéristiques de ces emplois […] compte pour la productivité, les salaires et la croissance économique » (Kauffman Foundation, State of Entrepreneurship adresse 2014)

Ces constats majeurs ne sont malheureusement pas mentionnés par Olivier Blanchard dans son interview.

Afin de fluidifier le marché du travail, Olivier Blanchard précise ensuite qu’ « une réforme du marché du travail parait fondamentale ». Une telle réforme serait effectivement positive, permettant justement une meilleure turbulence de l’économie et encourageant les dirigeants d’entreprises à embaucher. Les différentes études montrent que la suppression de « la cause réelle et sérieuse » pour pouvoir se séparer d’un salarié donnerait 2 millions d’emplois marchands supplémentaires

Cependant, il faut rappeler qu’il nous manque, non pas 2 millions, mais 5 millions d’emplois marchands à population égale avec nos principaux compétiteurs [3]. Ainsi, pour rattraper notre retard, une réforme du marché du travail restera insuffisante. Il faudrait également remédier à un terrible déficit de financement des entreprises de croissance, dû à une fiscalité qui décourage les business angels potentiels de risquer leur argent dans les start-up à risque, où ni les banques ni les aides publiques n’ont vocation à aller.

Les études de l’Irdeme montrent en effet que nous possédons deux fois moins de jeunes entreprises à forte croissance que le Royaume-Uni (1.500 contre 3.000) et qu’elles créent quatre fois moins d’emplois (50.000 contre 200.000). Ces études montrent également une corrélation directe entre la création d’emplois et le montant des capitaux levés par ces entreprises, trois fois moins importants en France qu’au Royaume-Uni (2 milliards d’euros contre 7) [4].

Ce retard explique en grande partie le faible dynamisme entrepreneurial français et donc la faible productivité et le faible emploi en France [5]. Olivier Blanchard ne semble malheureusement pas en avoir pris la mesure.


[1Olivier Blanchard « Une réforme du marché du travail est fondamentale », Figaro papier du 16 avril, page 4.

[2Royaume-Uni : chiffres 2001-2011.

[3A population égale, nous avons eu seulement 20 millions d’emplois marchands en France, contre 25 millions en Allemagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis. L’emploi partiel légèrement plus développé en France n’explique pas ce retard : la comparaison du total des heures travaillées dans chaque pays donne un retard du même ordre. Voir : http://www.irdeme.org/Un-lourd-deficit-d-emplois.html

[5Les études concordent pour dire que ce sont justement ces entreprises à forte croissance qui créent l’essentiel de l’emploi : voir notamment les études suivantes : Direction des Études et Synthèses Économiques, Les gazelles en France, Claude PICART, février 2006. http://www.insee.fr/fr/publications-et-services/docs_doc_travail/g2006-02.pdf ; The vital 6 per cent, How high-growth innovative businesses generate prosperity and jobs, Nesta, octobre 2009 : http://www.nesta.org.uk/sites/default/files/vital-six-per-cent.pdf ; Kauffman Foundation Research Series : Firm Formation and Economic Growth High-Growth Firms and the Future of the American Economy, Dane Stangler, mars 2010.

Messages

  • Ancien entrepreneur, je suis volontiers votre argumentation.
    .
    Cependant j'estime qu'un facteur CONFIANCE devrait accelérer tout ce beau raisonnement.

    Pour entreprendre il faut accepter de prendre des risques -raisonnables si possible - mais ce qui compte, comme souvent c'est l'effet "à la marge".

    Or dans notre beau pays, ou l'Etat - et d'autres - n'ont qu'une idée qui est de littéralement rançonner les entreprises, non seulement sur le plan fiscal, monétaire..., mais aussi avec un amoncellement de contraintes bureaucratiques qui ne servent qu'à justifier l'emploi ou la fonction de ceux qui les rédigent et les votent, quel est l'entrepreneur qui va prendre ce fameux "risque à la marge", alors qu'il sent bien qu'il n'en profitera guère !

    Evidemment celui qui a découvert "l'idée du siècle" ne s'encombrera pas de ces craintes, car l'élasticité d son futur bénéfice semble énorme...!
    Mais ceux très nombreux qui seraient tentés d'aller au delà du strict nécessaire au fonctionnement de leur entreprise, ne franchiront pas le pas !

    Je ne connais pas les statistiques sur ce sujet, mais je ne serai pas étonné d'apprendre qu'une augmentation globale des investissements dans les PME de l'ordre de 10% aurait un effet sérieux sur la croissance, donc sur l'emploi..

    En un mot, pour redonner confiance, lutter efficacement contre la bureaucratie.

    HATE BUROCRACY disait Jack WELSH, ancien et combien talentueux patron de GE....

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