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Journée de carence fonctionnaires : l’INSEE égare Mme. Lebranchu
Les chiffres faux de l’enquête emploi sur l’absentéisme fonction publique

Par Bernard Zimmern,
le mercredi 27 février 2013

Introduite par les députés en 2011 pour diminuer l’absentéisme dans la fonction publique, la journée de carence [1] devrait être supprimée par le gouvernement socialiste dans la prochaine loi de finance. Pour se justifier, la ministre, Madame Marylise Lebranchu, s’appuie sur des chiffres INSEE montrant la quasi-égalité pour absentéisme maladie entre public et privé.

Les bilans sociaux des administrations démontrent au contraire que l’absentéisme maladie est de 50% à 100% plus élevée dans le public que dans le privé. Les chiffres INSEE issus de l’enquête emploi, une enquête emblématique, sont manifestement faux.

LA JUSTIFICATION DE LA SUPPRESSION DU JOUR DE CARENCE DANS LA FONCTION PUBLIQUE

Pour justifier cette suppression, Marylise Lebranchu, ministre de la Réforme de l’Etat, de la décentralisation et de la Fonction Publique s’appuie, en effet, sur une étude de la Dares [2] qui est sortie (juste à propos ?) en février 2013 et qui reprend les chiffres de l’enquête emploi de l’INSEE. L’une des justifications de la ministre est en effet que : « Il n’y a pas de problème d’absentéisme propre à la fonction publique : une étude récente de la Dares sur les absences au travail pour raison de santé en 2011, c’est-à-dire avant la mise en place du jour de carence, démontre que les comportements ne sont pas différents entre fonctionnaires et salariés en CDI en matière d’arrêt de travail. »
L’enquête Dares fait état d’un taux d’absentéisme de 3,7% pour les salariés en CDI de plus d’un an d’ancienneté et de 3,9% pour les fonctionnaires.
Et la ministre d’en déduire que fonctionnaires et salariés du secteur privé n’auraient pas de comportement différent en matière d’arrêt de travail. Donc, puisque les conventions collectives du secteur privé couvriraient d’après elle, 80% des salariés du privé, pourquoi pénaliser le public avec une journée de carence non payée ?

DES CHIFFRES D’ABSENTEISME FONCTIONNAIRES COMPLETEMENT SOUS-ESTIMEES PAR L’INSEE

Rappelons que l’enquête emploi de l’INSEE est une enquête en continu effectuée tous les trois mois auprès d’un échantillon de la population française sur un assez grand nombre de paramètres. Elle couvre environ 60.000 logements par trimestre.
Cette enquête emploi est exécutée suivant des standards du Bureau International du Travail définis en commun avec d’autres instituts de statistiques coopérant dans l’Organisation Internationale du Travail OIT de façon à permettre une comparaison directe entre les statistiques.
C’est l’une des enquêtes emblématiques de l’INSEE.

Pour soutenir le propos de la ministre, l’INSEE fait état des taux suivants d’ « absentéisme pour raisons de santé (la sienne ou celle de ses enfants) » :

Administration publique 3,7%
Enseignement 3,2%
Santé humaine et action sociale 4,6%

Tous les taux cités ci-dessus comme dans toute cette note le sont sans tenir compte des congés maternité.
Or les administrations publient des bilans sociaux chaque année où figure en principe l’absentéisme et notamment l’absentéisme pour raisons de santé.
Pour le secteur privé, les chiffres réunis par divers organismes se situent bien autour de 3,6% - 4% comme publié par la Dares.
Mais les chiffres déclarés dans les bilans sociaux des administrations sont beaucoup plus élevés comme le montre le tableau ci-dessous. Et il y a beaucoup plus de raisons de croire des bilans sociaux que les déclarations des intéressés qui peuvent être sous-estimées par le déclarant ou l’enquêteur.

Voici les taux d’absentéisme pour raison de santé, hors maternité, des bilans sociaux par administration :

SECTEUR PRIVE (pour référence) 3,6% - 4%
FONCTION PUBLIQUE D’ETAT 5,7%
Dont :
Education nationale 4,4%
Intérieur 5,7% - 5,9%
DGFIP 6,7%
FONCTION PUBLIQUE HOSPITALIERE 7,2%
COLLECTIVITES TERRITORIALES 9,8%

Sources : Rapport annuel sur l’état de la fonction publique 2012, DGAFP ; bilan social du ministère de l’éducation nationale et du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche 2010-2011 ; rapport sur la fusion de la DGI et de la DGCP, Cour des comptes 2011, DGFIP 2011 ; synthèse annuelle des données sociales hospitalières, bilan social 2008, DGOS ; synthèse nationale des rapports au CTP sur l’état des collectivités territoriales – bilans sociaux 2009, CNFPT, DGCL.
Fait à souligner : Les rares consultants qui ont fait des enquêtes auprès de l’administration disent que, selon les responsables des ressources humaines eux-mêmes, les absences de courte durée n’étaient généralement même pas enregistrées par l’administration...et donc ne figuraient pas dans les bilans sociaux qui seraient sous-estimés.
On peut aussi noter que, prises par surprise en 1998, la plupart des administrations centrales, en 2004, avaient retiré les chiffres de l’absentéisme de leurs bilans sociaux.

COMMENT EXPLIQUER UNE SOUS ESTIMATION AUSSI ENORME DE L’ABSENTEISME MALADIE DES FONCTIONNAIRES PAR L’INSEE ?

Que la ministre utilise des chiffres INSEE pour caresser la clientèle du Parti Socialiste et faire sauter une mesure très efficace, dont la suppression va coûter extrêmement cher notamment aux hôpitaux comme le remarquait le président de la FHP (Fédération Hospitalière Privée), elle est dans son rôle.
Que la Dares sorte ces chiffres comme par miracle la veille de la décision de la ministre, il ne faut pas en être trop surpris car ce sont des fonctionnaires et c’est une mesure qui les avantage.
Mais comment l’INSEE, à travers son enquête emploi, de surcroît sur une période longue puisque la note Dares parle d’ « une semaine moyenne de la période 2003-2011 », peut-il autant se fourvoyer aussi longtemps sans que des questions soient posées et des contrôles aient lieu ?
Dans l’enquête-emploi qui est encore une fois emblématique et qui sert de référence à tout ce qui compte dans la statistique, en France et à l’étranger ?
Pourtant les bilans sociaux lui étaient accessibles autant qu’à nous. Et ce n’est pas la première étude publique qui dénonce des chiffres faux. Ne serait-ce que les études sur les bilans sociaux des administrations de la DGAPF, une division du ministère de Madame Lebranchu.
Serait-ce une erreur systématique de l’INSEE ?

Voici toutefois quelques explications possibles mais peu vraisemblables :

> Les chiffres d’absentéisme de la DARES visent le nombre d’absents alors que ceux des bilans sociaux visent le nombre d’heures perdues. Mais statistiquement, on voit mal comment ces deux chiffres pourraient être très différents.
> Les organismes visés auraient publié dans leurs bilans sociaux des chiffres plus élevés que la réalité ? On voit mal les administrations s’auto-condamner.
> Les chiffres de l’étude Dares portent sur une période longue alors que notre enquête par les bilans sociaux porte sur des périodes courtes, et le plus souvent récentes. Ceci pourrait-il expliquer l’écart ? Mais nos chiffres restent cohérents avec ceux relevés en 1998 et 2006 par une association [3], reposant également sur des bilans sociaux.

On est donc conduit à se demander si, interrogés sur leur absentéisme au travail, les répondants du secteur public ou les enquêteurs de l’enquête emploi, eux-mêmes employés du secteur public, s’emploient à minimiser. Cette sous déclaration irait du simple au double.

C’EST GRAVE CAR, EN CONCLUSION, LA MINISTRE SE SERT DE CHIFFRES FAUX DE I’ INSEE SUR L’ABSENTEISME MALADIE DANS LA FONCTION PUBLIQUE, FAUX DANS LE RAPPORT APPROXIMATIF DE 1 A 2…, POUR JUSTIFIER UNE DECISION AU SEUL BENEFICE DE LA FONCTION PUBLIQUE MAIS AU DETRIMENT DE LA NATION.

Aidez-nous à faire connaître l’absence de fiabilité des chiffres de l’INSEE en diffusant cet article, notamment par Facebook et Twitter.


[1journée non payée au début d’une absence maladie

[2Dares Analyses n°9 de février 2013

Messages

  • Ce que vous nous expliquez là me paraît très grave. Pour la journée de carence des fonctionnaires bien entendu, car non seulement nous n’avançons pas dans la remise en ordre de la France , mais nous reculons chaque jour, le gouvernement actuel détricotant systématiquement le peu de progrès réalisé par le précédent, mais surtout pour un autre signe alarmant de détérioration de notre administration.
    Jusqu’à maintenant notre pays a gardé la confiance internationale (voir les taux d’emprunt) car il était considéré comme un pays fiable et sérieux : un peu socialo-rêveur mais travailleur, innovant, efficace etc ... et plutôt "bien" administré même si c’était au prix fort : capable de lever l’impôt, de tenir des statistiques, pas trop corrompu (mais nous reculons dans les classements internationaux) etc .... Avec ce genre de tripotage nous choisissons tout bonnement le camp de la Grèce. Et ce n’est pas le seul signe ... En attendant la création d’un observatoire de la vérité, qui ferait le plus grand bien à notre pays, en particulier à nos hommes politiques, est-il possible d’attaquer en justice ce genre de travestissement des faits ? Je vous y encourage, c’est très grave.

  • le mensonge continue à tous les échelons (le principal c’est de gagner les élections : les places sont bonnes ; lisez-donc "rose mafia", c’est édifiant...)
    après les mensonges des journalistes (les deux programmes hollande/sarkozy sont identiques...!!!ha...ha...ha...ha...ha...ha...ha...)
    après les mensonges de mimolette 1er président de la république fromagère (RF) qui ne veut pas admettre qu’il faut diviser par deux le nombre d’élus en france, diviser par deux le nombre de région en france, supprimer les sous-préfectures, diviser par deux le code du travail, diviser par deux le code de procédures pénales, supprimer les conseils généraux, supprimer la majeure partie des aides aux entreprises, réduire le nombre de fonctionnaires (l’administration allemande coute 40% moins chers aux Allemands que celle de la france aux francais...ha...ha...ha...)etc... etc....etc...
    c’est donc maintenant au tour des Agence de l’Etat de mentir : il est temps d’instituer une vraie concurence à l’insee...

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