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Investissements étrangers en France : la tromperie des chiffres officiels

Par Dominique Mercier,
le mercredi 3 avril 2013

Les différents reportages ou articles sur le sujet donnent l’impression que nous sommes champions en ce domaine. On nous vante l’attractivité de la France comparée aux autres pays européens… mais qu’en est-il vraiment ?

D’après l’Agence Française pour les Investissements Internationaux, AFII, nous serions quasiment en tête en 2011, talonnant de près le Royaume-Uni. Le dernier rapport annuel de l’AFII indique que 17% des projets d’investissements étrangers créateurs d’emplois sont réalisés en France, contre 20% pour le Royaume-Uni. Nous serions même loin devant l’Allemagne, qui n’a que 12% du marché. Cependant, si l’on regarde les statistiques d’Ernst and Young de la même année, le constat n’est pas du tout le même : les parts du Royaume-Uni et de l’Allemagne restent quasiment les mêmes que celles de l’AFII (19% et 11%) mais la nôtre tombe à 8%.

Comment expliquer une telle chute ? Elle se trouve dans le fait que l’AFII compare le nombre de projets [1] alors qu’Ernst and Young compare directement les emplois créés. C’est un excellent article de l’IREF qui a mis en lumière cette supercherie. En ce qui concerne la France, le rapport de l’AFII reconnaît d’ailleurs que le nombre moyen d’emplois créés ou sauvegardés par projet a baissé d’un tiers depuis 2006 [2]. Il n’est donc pas étonnant que la comparaison d’Ernst soit en notre défaveur. En valeur absolue, il y a eu 30.000 créations d’emplois au Royaume-Uni, 17.000 en Allemagne et seulement 13.000 en France.

En page 6 du rapport de l’AFII figure également un graphique qui fait apparaître la France (de justesse) dans le top 10 mondial des investissements directs à l’étranger (IDE). Or, il faut savoir que les IDE tels qu’ils sont mesurés aujourd’hui ne peuvent conduire à des comparaisons pertinentes entre pays. Pour rappel, les IDE sont les mouvements de capitaux réalisés en vue de créer, développer ou maintenir une filiale à l’étranger ou d’exercer une influence significative sur une entreprise étrangère [3]. Mais ils sont aujourd’hui largement surestimés –de manière non proportionnelle entre pays- du fait du développement des EVS : entités à vocation spécifique (special purpose entities). Ces entités sont constituées le plus souvent dans un pays étranger pour des raisons fiscales et par elles transitent un grand nombre d’opérations d’investissements. Depuis 2008, l’OCDE essaie –en vain pour le moment- d’imposer le retraitement des EVS. Suite à la parution de la nouvelle méthodologie, la Banque de France avait publié les données corrigées : en 2008, les IDE passaient ainsi de 66 milliards à 10 milliards.

En termes de stock, les investissements étrangers passés sont loin d’être anodins puisqu’aujourd’hui en France les entreprises étrangères emploient plus de 10% des salariés du privé soit plus de 2 millions. Il est certain qu’avec 13.000 créations d’emplois par an, qui ne prennent pas en compte les disparitions, leur accroissement est dérisoire.


[1qui créent ou sauvegardent des emplois

[2« Le nombre moyen d’emplois créés ou maintenus par projet, de l’ordre de 40 en 2011, est inférieur au niveau observé les cinq dernières années : 60 en 2006, 55 en 2007, 50 en 2008, 47 en 2009, 41 en 2010. », rapport p.14.

[3En pratique, la notion d’IDE recouvre toute opération de prise de participation initiale permettant d’atteindre un seuil de 10% et toutes les opérations financières ultérieures (notamment prêts intra-groupe).

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