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INSEE : l’imposture des inégalités de patrimoine

Par Bernard Zimmern,
le dimanche 5 mai 2013

L’imposture est définie comme l’action délibérée de faire passer une chose pour ce qu’elle n’est pas.
C’est exactement ce que fait l’INSEE en publiant des études sur le patrimoine des Français et en abritant ses calculs derrière une définition biaisée du patrimoine.

Le cœur de l’imposture

Pour aller directement au cœur de l’imposture, dans les calculs ne figurent pas les créances acquises comme les retraites ou celles qui découlent des aides sociales. Or, ce sont celles qui touchent le plus les plus pauvres ; leur absence aggrave, en fait double, l’écart entre les plus riches et les plus pauvres.
Ceci serait sans importance s’il s’agissait seulement d’une discussion technique entre statisticiens mais les plus riches, ainsi mis au pilori, n’ont plus de raison d’investir et de créer des emplois, et ceci contribue à accroître le chômage. Les statisticiens de l’INSEE ou d’autres organismes qui les relaient n’en ont cure car ils sont payés par la puissance publique et complètement abrités du chômage qu’ils engendrent.

Le truquage de la définition du patrimoine.

Les statisticiens de l’INSEE [1] s’abritent derrière une définition commode et qu’ a priori l’honnête homme ne peut remettre en cause [2] : « le patrimoine brut d’un ménage est défini comme l’ensemble des avoirs détenus par un ménage lui permettant de disposer de ressources futures ». Un encadré en donne une définition plus détaillée : patrimoine financier, immobilier, professionnel, biens durables (bijoux, œuvres d’art, etc.). Le patrimoine net est le patrimoine brut dont on déduit les emprunts souscrits.

Mais nulle part ne sont comptées à l’actif du patrimoine les créances comme par exemple les retraites. Ne font-elles pas partie des « ressources futures » ?

L’INSEE avoue cette absence mais noie le poisson en mélangeant cela avec « le capital humain » en disant qu’ils ne sont pas évaluables. En effet, la valeur du patrimoine humain (connaissances et savoir-faire acquis) paraît difficilement évaluable. Par contre, la valeur des droits à la retraite s’évalue avec des tables de mortalité.

Les effets du truquage.

Cela va permettre à l’INSEE d’affirmer que le patrimoine plancher du décile le plus riche est 193,3 fois [3] plus élevé que le patrimoine plafond du décile le plus bas !! Ou de montrer que le premier décile de patrimoine non seulement n’a pas de patrimoine positif mais même qu’il est en dette. Bref tous les fantasmes égalitaristes sont permis.
Mais pas l’honnêteté consistant à dire que notre société lutte depuis longtemps contre les inégalités, que les plus pauvres ont non seulement des retraites mais ce qu’on doit appeler un patrimoine social fait de RSA, de CMU, d’allocations logement, etc. , que ce patrimoine s’est considérablement développé dans les 20 dernières années. Que si on intègre ces éléments et que par ailleurs on tient compte du fait que le patrimoine des plus riches est à pondérer du risque industriel, que les « riches » ne sont pas garantis de le rester alors que le patrimoine social a, lui, la plus haute garantie que l’on puisse trouver, celle de l’État, le décalage entre les patrimoines des plus riches et des plus pauvres devient du même ordre que le décalage des revenus. Alors que les mesures prises en France depuis des décennies placent maintenant la France parmi les nations les plus égalitaires pour la distribution des revenus.

Mais cela ferait disparaître l’annonce que « les inégalités de patrimoine s’accroissent entre 2004 et 2010 » [4]. Cela pourrait même conduire à prouver le contraire du fait de la crise et de la montée considérable des aides sociales pour les plus pauvres et des impôts pour les plus riches.

Contraindre l’INSEE à un peu plus d’honnêteté statistique devrait faire partie de l’action gouvernementale et est indispensable à la crédibilité de cette institution.


[1les revenus et le patrimoine des ménages, édition 2012

[2l’INSEE rejoint ainsi plusieurs groupes d’activistes égalitaristes utilisant les mêmes artifices dans d’autres pays comme les USA

[3page31 ibid.

[4INSEE Première. N° 1380. Novembre 2011

Messages

  • Il convient de distinguer le Patrimoine et les Ressources. Ces dernières sont à la fois des ressources matérielles et immatérielles, comme l’ont démontrées deux études :
    > l’une, en 2006, commandée par Thierry BRETON à Maurice LEVY (Publicis) et Jean Pierre JOUYET (l’actuel Président de la CDC) sur "l’économie de l’immatériel" qui a donné naissance à l’APIE l’Agence du Patrimoine Immatériel de l’Etat, qui fait du bon travail,
    > l’autre, en 2009, commandée par Christine LAGARDE à Alan FUSTEC (Goodwill Management) lequel a sorti un premier "référentiel" destiné à évaluer l’immatériel, ce qui n’est pas chose facile...
    Les savoirs et les savoir-faire, les marques, les brevets, les logiciels, l’ambiance de travail dans l’entreprise, la satisfaction des clients, l’histoire d’un lieu, les paysages etc... tout cela entre dans l’immatériel qui "a de la valeur" et qu’il est aussi difficile à mesurer et à monnayer que l’amour ou l’amitié...
    Il serait pourtant temps d’y penser, non ?
    Et les statistiques de l’INSEE, comme les bilans des comptables, ne mesurent que les effets chiffrés de la méconnaissance ou de l’irrespect des clients ou du personnel, par exemple... Donc trop tard...
    On a su évaluer (grâce à ISEOR de Pradal me semble-t-il, le pionnier) les "coûts cachés" dans l’entreprise de certaines décisions dites "de bonne gestion" (virer vite les seniors, trop chers, par exemple, sans les transformer en mentors des plus jeunes...). Qui saura, aux côtés de FUSTEC et de quelques autres, évaluer les "richesses cachées" des entreprises, des collectivités territoriales, des administrations, des individus ? En sortant des gémissements et anathèmes stériles de nos compatriotes "décideurs", trop repus sans doute pour imaginer l’avenir ? Heureusement les Chinois arrivent, et les Indiens, et les autres, tous les autres, qui ont faim et ne rechignent pas à la tâche ...
    Ceux qui savent aussi saisir le Dieu Kaïros par sa mèche sur le front, lorsqu’il passe, en courant ...

  • Voilà une imposture de plus savamment camouflée sous une apparence scientifique.
    Bravo à Bernard Zimmern pour l’avoir démasquée.

  • Cher Bernard,
    c’est très bien d’ouvrir un tel débat.
    Je te suggère aussi d’ouvrir un débat sur l’héritage : je veux parler de l’héritage reçu d’un ascendant qui s’est défoncé pour créer une entreprise exportatrice, parmi celles de l’économie productive qui enrichissent un pays lui permettant de promettre des retraites aux salariés.
    Trop souvent, cet héritage est investi par des descendants dans l’économie résidentielle (dont l’immobilier) au détriment de l’économie productive précitée.
    On parle du droit à l’héritage : mais face à de tels droits, quels sont les devoirs ?
    Saurais tu nous imaginer des devoirs pour les héritiers de réinvestissement dans l’économie productive, et d’interdiction de stérilisation des biens reçus dans l’économie résidentielle ?
    Merci par avance...

    • Mon cher Denis,
      Il n’y aurait pas lieu d’imposer quoique ce soit si nos gouvernants n’avaient tout fait pour écarter le 1% de l’investissement dans l’entreprise avec l’ISF, la détaxation des œuvres d’art, les innombrables mesures en faveur de l’immobilier. J’ai toujours été partisan d’un impôt sur l’héritage élevé au delà d’un certain seuil car nous avons besoin de "new money", moins d’"old money". La seule limite est la transmission d’entreprise qu’il faut encourager pour ne pas pousser à liquider nos PME. BZ

  • A mon avis, il est relativement simple de comparer des ressources et des patrimoines en se servant des taux d’intérêt. Un RMI de 483€ par mois avec le taux de 1.75% du Livret A correspond donc à un patrimoine de 331 200 € qui est non négligeable ...

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