Emploi 2017

Des chefs d’entreprises au service de l’emploi

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Hollande crée le Service Public de la Boulangerie Nationale (SPBN)

Par Gilles Rigourex,
le mercredi 18 janvier 2017

J’ai fait un drôle de rêve cette nuit. J’ai rêvé que notre bon président Hollande, afin d’inscrire son court mandat dans l’histoire, à l’instar de quelques illustres socialistes passés à la postérité grâce à des réformes emblématiques, tel Léon Blum pour les congés payés, avait décidé de créer en procédure d’urgence le Service Public de la Boulangerie Nationale. Procédant par Ordonnance, tout s’est fait en un clin d’œil : les décrets d’application, les circulaires, tout était en place en quelques semaines !

L’exposé des motifs de l’ordonnance créant le SPBN s’appuie sur le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 en son alinéa n°9 : « Tout bien, toute entreprise, dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité. ». Comment nier que la baguette, emblème français certainement plus connu dans le monde que Marianne, ne soit pas un bien public national ? S’exprimant au journal télévisé de 20 heures pour expliquer sa démarche, il rappelle les Journées d’Octobre 1789 qui virent le peuple s’approprier la profession au cri de : « Nous ramenons le boulanger, la boulangère et le petit mitron ». Dans une longue interview publiée le lendemain dans Le Monde, il explique par ailleurs que ce secteur absolument stratégique est en pleine crise et qu’il appartient donc à l’État de le sauver pour l’honneur du pays et pour ses emplois. Il rappelle que la consommation moyenne de pain des Français est passée de 328 kilogrammes par an et par personne en 1900 à tout juste 58 kilos aujourd’hui, et que le nombre d’établissements qui était de 50.000 dans les années 70 a chuté à moins de 35.000.

L’Ordonnance fixe tous les principes du Service Public de la Boulangerie Nationale. Afin d’assurer l’équité et l’égalité réelle pour tous les Français, la « Boulangerie Unique » fabriquera exactement les mêmes produits de Lille à Marseille et de Brest à Strasbourg. Les heures d’ouverture seront identiques et le repos du dimanche garanti. Les Français devront s’inscrire auprès de la boulangerie correspondant à la carte boulangère de France selon leur domicile (si la boulangerie à laquelle ils sont rattachés ne leur convient pas, l’unique solution est de déménager).

Les décrets d’application signés immédiatement mettent en place toutes les institutions : le ministère de la Boulangerie Nationale, les Directions Régionales et Départementales de la Boulangerie Nationale, le corps des Inspecteurs Généraux de la Boulangerie Nationale (IGBN), les Instituts Supérieurs de Formation des Boulangers (IUFB), le Conseil Supérieur des Produits (CSP) et le Conseil Supérieur de la Boulangerie (CSB), etc. Les boulangers devront obligatoirement être titulaires d’un BAC+5 pour exercer leur pratique, et déposer leur candidature aux concours avec extrait de casier judiciaire au service ad hoc du ministère.

Un décret précise que les établissements boulangers sont des établissements publics. Mais la confrérie des Artisans Boulangers, lobby très puissant, arguant que l’Élysée se trouve Faubourg Saint-Honoré, leur saint patron, ont obtenu de haute lutte l’autorisation de créer des boulangeries privées en contrat d’association, dont le quota est limité à 20% sur l’ensemble de la France. Quant à ceux qui voudraient créer une boulangerie privée hors contrat, ils devront obtenir une autorisation préalable qu’il sera très long et très difficile d’obtenir, et ils feront l’objet de contrôles musclés.

Des circulaires ont rapidement précisé nombre de points face à des boulangers et à des citoyens un peu déboussolés. Quelques exemples :

>  Le CSP a émis une série de circulaires déterminant les programmes des productions boulangères autorisées : différents types de baguettes et leurs appellations, variétés des viennoiseries, etc. ;
>  Le CSB a émis une série de circulaires précisant les modes de production à appliquer : températures des fours, vitesse de rotation des pétrins, nature et nombre de grains à insérer dans la baguette aux céréales, etc. ;
>  Une circulaire interdit aux enfants de manger du pain le soir ni au goûter à la maison afin qu’ils ne soient pas suralimentés ;
>  Une circulaire précise le rôle et les conditions de travail des Agents Territoriaux Spécialisés qui Effectuent le Ménage (ATSEM) ;
>  Face à une levée de boucliers des usagers, il a été instauré des activités péri-boulangères qui permettront aux citoyens de profiter d’activités productives laissées au libre choix des boulangers, financées par les Communes. Les calissons d’Aix, le far breton et les cannelés bordelais ont ainsi été sauvés.

Un élu de droite ayant malencontreusement révélé que le coût de la « baguette ordinaire » était de 15 centimes d’euros, Bercy a immédiatement proposé que ce soit le prix encaissé par les boulangers, et qu’il soit instauré la Taxe Intérieure sur les Produits Boulangers (TIPB) afin, disent-ils, de réguler le prix public, mais en vérité surtout pour remplir les caisses de l’État. La « baguette ordinaire » sera ainsi vendue 1 euro au public, ce prix étant indexé sur le cours international du blé.

L’INSEE a calculé que cela a créé 330.000 emplois publics à vie, dont 210.000 dans les établissements boulangers et 125.000 dans les administrations et la logistique de la Boulangerie Nationale, réduisant le nombre de chômeurs de catégorie A de 10%. Par souci d’honnêteté, si l’on déduit les 100.000 employés et les 20.000 apprentis en place dans les boulangeries, désormais titularisés dans la fonction publique, le solde réel reste néanmoins très positif : + 210.000. Quant aux 60.000 chefs d’entreprises et conjoints rendus à leur liberté et qui se sont enrichis pendant des années, il leur a été suggéré de vivre de leurs rentes, ou de s’inscrire au chômage mais ils n’ont pas pu le faire puisqu’ils n’ont pas cotisé. Ceux qui ont souhaité partir à la retraite anticipée ou non sont toujours en discussion avec le RSI qui ne retrouve pas leurs dossiers. La plupart, en définitive, sont partis à l’étranger où ils ont été reçus à bras ouverts.

L’OCDE dans sa dernière enquête sur la qualité de la boulangerie nationale française a constaté un net recul, la France étant désormais classée dernière, derrière le « panini » italien et le « scone » écossais.

Mon rêve s’est brusquement interrompu car je me suis réveillé en poussant en grand cri et transpirant à grosses gouttes. Mon épouse alertée s’est inquiétée : que t’arrive-t-il mon chéri ? Je lui raconte mon rêve.

Ne t’inquiète pas, me dit-elle. Tu commences à te faire vieux. Maintenant, tu confonds la Boulangerie Nationale et l’Education Nationale ! C’était seulement un cauchemar.

Je me suis rendormi apaisé, certain de retrouver à mon réveil mon boulanger préféré et ses merveilleux palmiers. Ouf !

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