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Financement des entreprises : small is beautiful

Par Bernard Zimmern,
le mercredi 22 mai 2013

Les médias s’amusent des escarmouches au sein de la BPI entre son directeur général Nicolas Dufourcq et la porte-parole et vice-présidente, Ségolène Royal.
Mais très peu se sont insurgés pour dire que ce n’est pas en alignant les milliards que nous allons remettre l’économie française en route.
Il est vrai que pour impressionner le gogo, plus c’est gros, plus cela fait crédible.

Mais l’expérience réussie d’autres pays avant nous montre au contraire que plus c’est petit, plus c’est efficace.
Faire gros était l’erreur dans laquelle JJSS, Jean-Jacques Servan-Schreiber, avait entraîné toute l’intelligentsia française, y compris le Général de Gaulle, avec son « Le défi américain ». Il nous a fait croire que l’Amérique devait sa puissance à la taille de ses multinationales alors que celles-ci n’émergeaient en nombre que parce que l’Amérique créait massivement des petites entreprises et qu’il était normal que le hasard statistique aboutisse à quelques géants. Il est d’ailleurs ironique de penser qu’au moment où JJSS publiait sa prescription, la taille des entreprises américaines se mettait à réduire.

L’apparition d’une grande entreprise est un miracle, que personne n’a anticipé, qui n’aurait jamais dû se produire si une succession d’évènements au cours de son histoire n’avaient bien tourné. Si l’on veut des grandes entreprises ou d’abord des moyennes, ce qu’on appelle en jargon les ETI (Entreprises de taille intermédiaire), la seule formule qui marche est de créer beaucoup d’entreprises en espérant que, loi des grands nombres, il en sortira plus que si le nombre des créations initiales est beaucoup plus faible.
Sur ce terrain, et sous la pression intéressée des organismes d’État, Oséo et CDCE, la France a pratiqué la politique exactement inverse de celle pratiquée par les pays qui réussissent leur croissance aujourd’hui.

Nous créons très peu d’entreprises nouvelles ; les statistiques fallacieuses présentent la France comme le pays créant le plus grand nombre d’entreprises chaque année mais ce sont des entreprises qui, à 80%, n’ont aucun avenir, les politiques de l’État visant d’abord à employer des chômeurs. Sur les 500.000 entreprises créées tous les ans, moins de 100.000 naissent avec au moins 1 salarié alors que le chiffre comparable est entre 200 et 300.000 au Royaume-Uni et en Allemagne.
La France a mis au contraire l’accent sur l’idée que nous créions assez d’entreprises mais qu’elles devaient être mieux accompagnées. Cette politique a été inspirée par Oséo et CDC Entreprises, qui viennent d’être regroupés avec le FSI dans la BPI. Ils sont en effet très mauvais à aider à la création d’entreprise car il faut au stade de la création un flair et une expérience de l’entreprise que des para-fonctionnaires n’ont pas. Ils peuvent tout au plus faire de l’analyse financière de bilans existants et essayer de justifier leurs investissement de l’argent publique.

La bonne solution est celle appliquée par les anglo-saxons consistant à multiplier les sources de financement en compétition pour aider au démarrage de nouvelles entreprises. Un exemple type de cette approche est le programme SBIC lancé aux USA en 1958 et que nous n’avons jamais voulu copier. L’État garantissait que des capitaux privés investis dans des créations de très petites entreprises pourraient être multipliés par 3 au moyen d’emprunts garantis par l’État à condition que les fonds en question restent petits, inférieurs à 30 millions de dollars, qu’ils soient gérés par des entrepreneurs expérimentés et peu nombreux. Il s’en est créé 700 dans les 5 premières années du programme. Ils étaient en concurrence, ce qui est fondamental, car dans des investissements dont l’issue est hautement imprévisible, nul ne peut être sûr de détenir la martingale.
Avec la BPI comme avec ses prédécesseurs, nous n’avons pas de concurrence. CDCE s’est borné à arroser de multiples fonds mais sans aucune politique d’ensemble et finalement sans grand résultat. Oséo Innovation qui a pris la suite de l’ANVAR s’est signalé par une incompétence majeure dont Quaero est l’un des derniers exemples : 100 millions d’euros investis pour créer un concurrent de Google n’a pratiquement rien créé, même en résultats annexes.
Nos organismes d’État évitent bien entendu de diffuser leurs résultats réels mais la reconstitution que nous avons pu opérer des résultats de l’ANVAR pour les prix 2004 montre que derrière des rapports d’évaluation qu’ils se fabriquent eux-mêmes ou se font fabriquer, c’est l’échec complet.

Pour parvenir à remettre le train de la croissance sur les rails, il va nous falloir faire admettre que ces politiques ont échoué, c’est-à-dire faire accepter la reconnaissance de son échec par Bercy et par tous ceux qui en ont fait leur fromage. Difficile. Rappelons que Nicolas Dufourcq fut l’un des adjoints très écouté de Michel Bon, autre inspecteur des finances, ayant perdu 60 milliards d’euros à France-Telecom.

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