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Faire relire sa page de lecture à un enfant du CP

Par Marie-Claire de Trentinian,
le dimanche 9 mars 2014

Quand on fait du soutien scolaire, on se rend rapidement compte que les enfants qui ont des difficultés sont ceux qui ne maîtrisent pas bien la lecture.
Ces enfants sont amenés dans les associations pour obtenir de l’aide par des parents soucieux de leur avenir.
Alors que dire de ceux qui n’ont pas la chance d’avoir des parents aussi attentifs !...

C’est pourquoi, alors en charge de ce qui est appelé la politique de la ville à Boulogne-Billancourt, j’ai essayé de m’attaquer à ce problème :
j’ai donc proposé à l’inspectrice d’académie d’envoyer des bénévoles dans les écoles : « les enseignants décèlent rapidement les enfants de CP en difficulté ; leur faire relire leur page de lecture du jour les aiderait à ne pas perdre pied... » - « très intéressant, me dit-elle, j’en parle aux 12 directeurs concernés et reprends contact avec vous ».

Peu de temps plus tard, les ayant contactés, changement d’attitude : « impossible, l’école n’a pas besoin de bénévoles, d’ailleurs votre idée ne marcherait pas... ».
Mis au courant de cela, le maire de l’époque réagit : « passez au-delà, allez-y ! ».

Sur 12 directeurs convoqués (par une lettre mise en « bonne » forme par une ancienne directrice), 8 sont présents ainsi que 4 président(e)s d’associations de soutien scolaire ;
La réunion a été « surréaliste », ces directeurs n’ont pas ménagé leurs critiques, sous le regard plutôt ahuri des représentants d’associations.

Voici les arguments opposés :

> « ce n’est pas votre travail, c’est le nôtre ! »
réponse : « oui, mais vous avez des cas bien difficiles ! »

- « vous n’avez pas la compétence ! »
réponse : « faire relire une page de lecture... les bénévoles sont tous des parents qui ont fait réussir leurs enfants »

- « vous allez stigmatiser ces enfants ! »
réponse : « ne seront-ils pas plus stigmatisés quand ils seront en échec scolaire ? »

La réunion terminée, les directeurs repartent et un des représentants d’associations, effondré par tant de virulences exprimées, murmure ; « ...et dire que j’ai été responsable de formation à l’IUFM... » (que ne l’avez-vous dit, lui ai-je reproché).

...

Conclusion :

1. Sur les 8 directeurs présents, 6 ont été virulents, 2 n’ont pas ouvert la bouche ;
or l’un de ces 2 a pris contact et une aide a été mise en place ; elle est reconduite d’année en année depuis plus de 5 ans à la satisfaction de tous : directeur, enseignants, parents et, bien sûr, enfants.
Elle permet, chaque année, de remettre sur pied une dizaine d’enfants !

2. Le proviseur d’un collège, recevant les enfants d’une école dont le directeur avait refusé l’aide proposée, a pris contact : « Madame, j’apprends que vous envoyez des bénévoles dans les écoles, pouvez-vous m’en envoyer ? » -« comment ? mais le directeur de cette école m’a affirmé n’avoir aucun problème avec ses enfants de CP... » - « Madame, me répond-il d’un air consterné, mes enfants de 6ème ne savent pas lire et ceux qui savent, ne comprennent rien à ce qu’ils lisent... ».
Une aide a été mise en place dans ce collège en annexe : voir la suite ;

3. Un des directeurs qui avaient refusé l’aide proposée (celui dont les enfants arrivaient en 6ème sans savoir vraiment lire), ce directeur a changé et le nouveau est intéressé par la proposition d’aide : « j’en parle à mes enseignants de classe CP mais il faut attendre car, actuellement, j’en ai 2 d’absents sur 4... » ;
Il a repris contact : « j’ai téléphoné à ma collègue qui est très satisfaite de l’aide apporté aux enfants en difficulté depuis plusieurs années : mes enseignants sont partants ».
Actuellement, l’association AFI est en recherche de bénévoles pour cette nouvelle mise en place...

Annexe

Pour reprendre en main ces enfants de 6ème ne sachant pas vraiment lire, il a été trouvé une ancienne enseignante grec-latin passée à l’ANPE : « Ce sont mes futurs clients ! » avait-t-elle déclaré ;
le proviseur, très heureux, a rapidement trouvé des financements du Conseil général.

Tout allait pour le mieux quand...

... un jour de grande pluie, cette personne emmena son petit groupe prendre un bon chocolat chaud au café du coin...
à la vue de cela, des mamans maghrébines se sont plaintes : « on est en train de dévoyer nos enfants !! » et le proviseur désolé a dû stopper l’opération ...

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