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États-Unis : la fin d’un modèle de société ?

Par Dominique Mercier,
le dimanche 15 mai 2016

Depuis quelques années, un ensemble de facteurs incitent à penser que nous assistons à la fin des États-Unis tels qu’ils le furent pendant un demi-siècle. S’ils ont connu une croissance de 3,5% par an entre 1950 et 2000, elle ne dépasse pas les 2% depuis l’explosion de la bulle Internet. Alors même que les années récentes auraient dû être des années de rattrapage suite à la crise, le taux de croissance ne décolle toujours pas… et ce malgré une politique monétaire très expansionniste de la FED. Est-ce réellement la fin d’un modèle de société ?

Pour beaucoup d’analystes, la situation actuelle est en fait la nouvelle norme pour les États-Unis : c’est ce que certains appellent la « secular stagnation ». D’après cette théorie, l’absence d’idées et d’opportunités dans les pays occidentaux entrainerait une épargne trop importante par rapport à l’investissement, et celle-ci viendrait donc se mettre dans les biens existants, alimentant les bulles tout en freinant la consommation et la croissance. Cela rejoint l’idée que « les arbres ne montent pas jusqu’au ciel », c’est-à-dire que les forts taux de croissance seraient désormais réservés aux pays émergents qui ont encore un « retard » à rattraper.

Pourtant, comme l’explique bien un chercheur de Stanford [1], la Banque Mondiale pourrait bien avoir démontré le contraire. On constate en effet dans une étude sur presque tous les pays du monde que le revenu par tête est directement corrélé à la facilité à faire du business, notée sur 100 et évaluée grâce à plusieurs critères. Or, si la moyenne des États-Unis est bonne, à 82 sur 100, entrainant un revenu par tête de 53.000 dollars, elle est finalement loin du maximum. Si l’on suit la droite de régression linéaire, on constate qu’un score de 100 donnerait un revenu de 163.000 dollars par tête, plus du triple du revenu américain actuel, ce qui laisse donc encore une bonne marge de progression pour la croissance des États-Unis.

Source du graphique : John H. Cochrane, Ending America’s Slow-Growth Tailspin, Wall Street Journal, 2 mai 2016.

Par ailleurs, comme l’a révélé depuis longtemps la Kauffman Foundation, ce sont les entreprises de moins de 5 ans qui sont créatrices nettes d’emplois, alors que les autres, en moyenne, en détruisent. Ce sont elles également qui innovent et donc tirent la croissance d’un pays. Une bonne politique est ainsi une politique qui permet la facilité dans les affaires, mais tout particulièrement pour les start-up à naitre ou qui veulent croitre.

Une fois posé ce diagnostic, il devient plus facile de comprendre pourquoi la croissance américaine est repartie à un rythme très faible. En effet on constate qu’une véritable dictature bureaucratique s’est emparée des États-Unis [2], sapant petit à petit les possibilités entrepreneuriales. Le Competitive Enterprise Institute a ainsi recensé que les agences fédérales avaient sorti 3.554 règlements en un an, alors même que le Congrès avait passé seulement 224 nouvelles lois. Cela fait le chiffre impressionnant de 16 règlements par loi.

La règlementation actuelle pèse ainsi près de 2.000 milliards d’euros annuellement sur l’économie américaine, s’ajoutant aux 4.000 milliards de dépenses fédérales pesant par ailleurs sur les entreprises. L’administration Obama détient le triste record des plus longs règlements jamais édités en une année, soit plus de 80.000 pages et ils ont réalisé cette prouesse déjà trois fois. Ils sont en fait responsables de six des sept années de plus forte inflation administrative de toute l’histoire des États-Unis.

Mais le constat encore plus grave de ce rapport, c’est que les charges règlementaires pèsent particulièrement sur les petites entreprises, puisque les « coûts de conformité » par salarié y sont plus élevés que pour leurs concurrents plus gros. On peut donc affirmer sans crainte de se tromper que l’administration Obama a opéré de manière progressive mais non moins dangereuse un véritable sabotage de l’esprit entrepreneurial américain.

Malheureusement cette dictature bureaucratique n’est pas prête de s’arrêter : d’après ce même rapport ce sont près de 3.300 régulations qui sont dans les tuyaux…


[1John H. Cochrane, Ending America’s Slow-Growth Tailspin, Wall Street Journal, 2 mai 2016.

Messages

  • à mon petit niveau de provincial,j'entend dire et se plaindre qu'on (chefs d'entreprises, artisans, commerçants,fonctionnaires ,etc..)est de + en + submergé par "la paperasse"et qu'on a de - en - le temps d'exercer son coeur de métier.Dans certains cas ça va jusqu'à 70°/° de temps consacré à "la paperasse". Bien sûr que cette "paperasse" est souvent liée à l'amélioration de l'exercice du métier mais pas toujouirs ,loin s'en faut et souvent ,trop c'est trop .
    Je pense que le responsable est en partie l'OUTIL INFORMATIQUE de +en + performant et de + en + utilisé par tous .En effet il est si facile d'écrire des tas de "choses",pas toujours bien pensées , si facile de les communiquer à un grand nombre pour avis par un simple clic , si facile de donner son avis pas toujours bien fondé , par retour, par un simple clic , et , l'expression de la démocratie aidant,avec bonne conscience on s'empresse de figer tout ça dans des textes à n'en plus finir,(qui marqueront au passage le nom de leur auteur,) .Ainsi , s'empilent des pages et des pages de règlements , de lois, de normes , de protocoles , d' avertissements . Juste pour rire je vous fais part d'un courrier de plusieures pages, adressé à un établissement médico-social , (1 page de références à des règlements ou lois de toutes sortes et plusieures pages de préconisations à observer pendant la saison froide),pour dire en résumé aux éducateurs : "Quand il fait froid et que vous sortez en promenade , veillez à ce que les enfants soient habillés chaudement" . Pourquoi écrire des pages et des pages écrites trop souvent pour "initiés" !!!c'est à dire illisibles par un simple citoyen , pour dire des choses évidentes,pleines de bon sens élémentaire ; ?Ah,bien sûr , un enfant pourrait prendre froid ,et les parents ,pas contents , pourraient faire un procès etc...etc..Ah oui c'est vrai les assureurs , les avocats ,les juges ...faut pas leur enlever leur "casse-croute", alors continuons d'écrire des tas de normes , de règlements , de lois , même si l'efficience du travail effectif (pour peu qu'il ait encore une petite place)en prend un coup !. Désolé , mais je ne supporte plus cette abondance de textes pondus par des gens bien au chaud ,convaincus qu'ils sont "indispensables à la bonne marche de la société(fonctionnaires,élus ..).alors que d'autres triment "comme des bêtes"dans l'embarras des textes , pour produire l'essentiel des besoins basiques .

  • Je suis d'accord avec la quasi-totalité de cet article. Notamment je ne crois pas à la théorie de la stagnation, car la croissance ne fait à long terme que refléter l'augmentation de la productivité. Un mauvais gouvernement peut la freiner, mais un meilleur peut la débloquer.

    Une seule réserve : 2 % c'est beaucoup si on regarde les évolutions séculaires. D'ailleurs en France on serait bien heureux d'atteindre ce chiffre.

    Nous trouvons ces 2 % faibles en pensant au taux faramineux de croissance de la Chine et de quelques autres. Mais d'une part ils ne sont pas forcément exacts et d'autre part et surtout ils correspondent à un rattrapage momentané où il suffit de se procurer des technologies existantes à l'extérieur et où des campagnes surpeuplées se vident dans les villes. Passée cette période, des taux de croissance s'effondrent tout à fait normalement. Voir sur Google « Yves Montenay + Chine »

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