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Emmanuel Macron devant le Congrès de Versailles :
Un appel à se battre contre des moulins à vent

Par Claude Sicard,
le mercredi 12 juillet 2017

Le discours solennel de notre président devant les deux chambres, à Versailles, le 3 juillet dernier, a laissé le peuple français circonspect. Pourquoi donc ce malaise à l’issue de l’allocution d’Emmanuel Macron ?

Un récent sondage chiffre à 54% le pourcentage des Français qui s’interrogent sur le cap fixé par le président, et la société Odexa qui a réalisé ce sondage nous dit : « Ce n’est pas un rejet total, mais on observe que les Français sont circonspects, et qu’ils ne sont pas convaincus par les choix de l’exécutif ». Les observateurs de la vie politique accusent le caractère quelque peu abstrait et philosophique du discours du président, d’autres le caractère trop académique de ses propos. Olivier Mazerolle, journaliste à RTL, nous dit qu’il a manqué une charpente à ce discours, une charpente qui lui aurait donné sa cohérence : il est allé jusqu’à parler d’un « ratage ». Mais le manque de charpente n’explique pas tout. De son coté, Léon Joffrin, dans Libération, n’a pas pu discerner, lui non plus, les raisons de cette insatisfaction générale des Français : il a parlé de « diagonale du flou ». Et Franz Olivier Giesbert, dans un éditorial de l’hebdomadaire Le Point, qualifie Emmanuel Macron de « Fils du Soleil et du Vent ».

D’où vient donc ce sentiment général de malaise créé par le discours solennel de notre président devant les deux chambres ? Il vient, tout simplement - mais curieusement les commentateurs de la vie politique ne l’ont pas vu - du fait que la stratégie exposée par Emmanuel Macron est multi-objectifs, ce qui la décrédibilise complètement. Chacun, en effet, doute qu’une stratégie qui vise à atteindre des objectifs multiples et totalement disparates puisse mener au succès. De là à s’interroger sur les talents de stratège de notre jeune président, il n’y a qu’un pas ! On attend en effet de tout grand dirigeant en charge de conduire les destinées de son pays, qu’il soit avant tout un bon stratège : découvrir, donc, en tout début de mandat de notre président, qu’il serait dépourvu de ce talent essentiel ne peut manquer de décevoir ses partisans et d’inquiéter l’ensemble de la population.

En effet, notre jeune président a tracé, longuement, les grandes lignes du plan d’action qu’il compte déployer durant son quinquennat, mais il n’a pas été en mesure, à aucun moment, de formuler les objectifs qu’il se propose d’atteindre. On apprend qu’il veut effectuer un certain nombre de changements mais on ne voit pas vers quels horizons il nous conduit. On a eu un exposé sur sa philosophie de l’action puis un énoncé des grandes mesures qu’il se propose de prendre, mais sans jamais qu’il nous dise quels sont les objectifs visés. Ceux-ci eussent été plus intéressants à connaitre que le plan d’action lui-même, et en tout cas beaucoup plus exaltants.

En matière de stratégie la première tâche, pour tout stratège, consiste a parfaitement définir les objectifs qu’il se propose d’atteindre. Le plan d’action a pour rôle, ensuite, de définir les moyens à mettre en œuvre pour les atteindre. Décrire un plan d’action sans indiquer quels sont ses objectifs n’a pas de sens. On a retenu que notre nouveau président veut changer la France, renouer avec l’esprit de conquête, mais on ne sait pas quels sont les ennemis à combattre, les ennemis qui menacent notre existence. Il nous est proposé un combat à la Don Quichotte contre des moulins à vent !

Le problème des objectifs, il faut bien le comprendre, est tout à fait fondamental en matière de stratégie : on l’oublie trop souvent. Les grands responsables politiques, tout comme d’ailleurs bon nombre de dirigeants d’entreprise, agissent souvent sans avoir clairement défini les objectifs qu’ils se proposent d’atteindre. Ou bien, les objectifs qu’ils s’assignent ne sont pas les bons. Georges Bush, par exemple, a lancé la campagne d’Irak avec un mauvais objectif : abattre le régime de Saddam Hussein pour mettre à sa place un régime démocratique : l’objectif, dans ce cas, était clairement formulé, mais ce n’était pas en soi un bon objectif. Il a été atteint par les militaires à qui cette mission a été confiée, mais on a vu par la suite, que l’objectif qui avait été formulé par le président des États-Unis n’était pas judicieux. Cela a donné cet État islamique nommé Daesch que toutes les grandes nations doivent combattre, aujourd’hui, car il sème dans le monde la terreur. On peut faire le même reproche à notre ancien président Nicolas Sarkozy qui est intervenu militairement en Libye pour abattre Kadhafi, ce qu’ont fait les militaires à qui il avait confié cette mission : mais ce n’était pas, là non plus, un bon objectif. Cela n’a fait que plonger le pays dans le chaos, et l’Europe en paye aujourd’hui les conséquences. De même, aller soutenir les révolutionnaires lors des printemps arabes pour abattre les dirigeants en place ne constituait pas pour les Occidentaux un bon objectif, et c’est pourtant ce qui a été fait, au nom des grands principes.

Si l’on essaye, en fouillant dans le texte touffu du discours de notre président devant le Congrès de Versailles, d’extraire de celui-ci ce que l’on pourrait comprendre être des « objectifs » on trouve une liste à la Prévert :

- Faire respirer la démocratie ;
- Forger un imaginaire où chacun trouve sa place ;
- Redonner place à l’intelligence française ;
- Redonner à la France la maitrise de son destin ;
- Redonner sa dignité au peuple ;
- Une Europe qui défend une certaine valeur de l’homme ;
- Mener une politique de sécurité et de développement ambitieux dans toutes les zones de fragilité et de conflit.

Cela fait beaucoup d’objectifs à la fois, et probablement notre liste est-elle incomplète, pour une même stratégie, et chacun comprend qu’il sera impossible de les atteindre tous simultanément. D’autant que la plupart sont cauteleux. On ne va pas mettre en place les mêmes moyens pour redonner place à l’intelligence française et mener une politique de sécurité, etc. Tout cela est donc incohérent.

Chacun connait les grandes lignes du plan d’action proposé, et nous ne les reprendrons donc pas ici : réduire le nombre des députés, réformer le Conseil économique et social, etc. Mais plutôt que de formuler des objectifs précis, Emmanuel Macron a énoncé des principes d’action : être plus efficace, cesser de refuser de voir le réel, faire de la politique autrement, renouer avec l’esprit de conquête, légiférer moins et mieux, réformer pour remettre nos affaires en ordre, etc.

Les objectifs du plan d’action d’Emmanuel Macron ne sont donc pas apparus clairement dans son adresse aux deux chambres, et ceux que l’on peut tenter de dégager des considérations générales qu’il a développées, outre le fait qu’ils sont éthérés, sont beaucoup trop nombreux. D’où un sentiment de flou, de propos vagues, sans consistance… En ironisant, Olivier Mazerolle a dit qu’il conviendrait que le ministère de l’Éducation nationale organise d’urgence des cours de rattrapage, ouverts aux adultes, sur la mythologie grecque et les dieux romains pour comprendre les discours de notre nouveau président. Et Julien Aubert, député LR, a dit dans une interview : « J’ai trouvé ça creux, lénifiant : Jupiter, c’est une planète gazeuse ! ».

On peut donc, en conclusion, s’interroger pour savoir quels auraient dû être les objectifs que notre président aurait dû proposer pour son quinquennat dans son discours. En étant plus concret, Emmanuel Macron aurait pu, par exemple, se limiter aux deux suivants :

- Refaire de la France une grande puissance industrielle ;
- Défendre notre civilisation contre tous les dangers qui la menacent aujourd’hui.

Avec la réalisation du premier objectif, on règlerait tous les problèmes économiques actuels de notre pays. On acheminerait le pays vers le plein emploi, on mettrait à l’équilibre les comptes de la nation et l’on redonnerait à la France la place qu’elle a perdue dans le concert des nations. Voilà donc un objectif clair et motivant. On sait, en effet, que si la France parvenait à faire en sorte que son industrie contribue à nouveau pour 20% à la formation du PIB (contre seulement 10 à 11% actuellement), tous les problèmes économiques du pays seraient résolus. Et le peuple français serait fier de retrouver sa place de grande nation dans le monde, car on ne peut pas être une puissance qui compte si l’on n’a pas une industrie puissante.

Pour ce qui est du second objectif, c’est également une demande qui est formulée par le peuple français. Il s’agit d’une part de prendre les dispositions voulues pour que l’islam qui se développe à vive allure dans notre pays ne détruise pas la cohésion et l’harmonie de notre société. Il s’agit d’agir, d’autre part, pour que les flux migratoires de plus en plus importants qui vont se déverser sur l’Europe dans les prochaines décennies - en provenance essentiellement de pays qui ont pour culture l’islam -n’en viennent pas à détruire notre civilisation. Pour lutter contre ces flux migratoires il va falloir que l’Europe se mobilise pour lancer un vaste plan de développement des pays africains.

En bref, il aurait dû s’agir d’un coté de réindustrialiser la France et de l’autre de lutter contre l’islam radical.

On voit que notre jeune président est complètement passé à côté de ces deux objectifs. Il est certes cultivé, habile, et il possède d’énormes talents manœuvriers, mais on peut craindre qu’il n’ait pas celui d’un bon stratège. L’inquiétude manifestée à présent par les Français est donc légitime.

Messages

  • Je partage la conclusion de M. Sicard. Emmanuel Macron a parlé comme s’il avait peur de nommer les choses par crainte des réactions de certains lobbies qui sont pourtant largement démonétisés depuis son élection et le renouvellement de l’Assemblée nationale. D’une part, le lobby gaucho-écolo frondeur anti développement économique financier et industriel avec la hantise de la pollution, des inégalités, le rêve d’un retour à une vie simple, pacifié et modeste où l’on travaille peu et où l’on recherche le bonheur autrement. D’autre part, la peur d’affirmer la culture et les valeurs ancestrales de lutte et de conquêtes de la France, en opposition avec les rêves et prétentions de domination de l’islam sur les plans politique, religieux et culturel.

  • Refaire de la France une grande puissance industrielle : Oh oui ! le meilleur objectif qui soit.
    Mais quid de l’article 63 du Traité de Fonctionnement de l’Union Européenne ?

  • De la bouillie pour les chats ce discours devant le congrès !!!!

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