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Égalitaristes : le syndrome de la noyade ?

Par Bernard Zimmern,
le dimanche 19 avril 2015

Un intérêt de la matinale de l’Economie présentée ce jeudi 16 avril dans la grande salle de l’Assemblée nationale sous le patronage de Claude Bartolone président de l’Assemblée nationale a été l’apparition de ce qu’on peut appeler le syndrome de la noyade par les égalitaristes, Thomas Piketty en tête.

De par les questions posées par l’assistance et il est vrai sélectionnées, de par les réponses souvent embarrassées, émerge l’impression que le grand thème de la gauche est que le progrès est dans la redistribution a vécu.

Impression certes très probablement prématurée mais impression.

Ce n’est pas demain que la fiscalité retombera sur ce qu’on peut appeler, la normalité, le bon sens, la combinaison de la nécessité de collecter des impôts avec cette évidence que trop d’impôt tue la croissance, donc l’impôt. Tant que les membres de notre direction de la législation fiscale sortiront exclusivement de l’ENA ou de la direction des impôts, il y a peu de chance pour que les réalités de l’économie et de la croissance reprennent la place qui devrait être la leur.

Mais il est déjà intéressant de noter que les égalitaristes ont cessé de se croire engagés dans une croisade pour plus d’égalité.

Ce qu’on entendait dans ce colloque sortir de la bouche des augures de la gauche, c’était : tout est relatif, il faut prendre une leçon de l’histoire et ne pas tomber dans le dogmatisme.

Il est assez marquant que la première question posée par la salle après les exposés – question, nous le répétons, filtrée – était : faut-il laisser les milliardaires se développer (et développer leurs fondations) ?

Et il est vrai que les milliardaires sont une des grosses épines dans la chaussure des égalitaristes parce que, comme nous l’avons souvent dit, les milliardaires sont milliardaires parce qu’ils ont créé des entreprises, ils ont créé de la richesse là où il n’y avait rien ou peu avant. 67% des milliardaires de la liste annuelle Forbes sont nés pauvres ou peu riches et sont devenus milliardaires par leur génie et leur travail ; et si l’on ajoute leurs parents, 90%. C’est ce qui trouble le plus les égalitaristes car cela montre que les inégalités ne sont pas mauvaises en soi, si, ce qui les crée, c’est le succès industriel le plus souvent associé à la création d’emplois.

Thomas Piketty y a répondu en célébrant les fondations dont l’École Économique de Paris, qu’il a contribué à créer, est l’une des bénéficiaires, mais en ajoutant que le don ne devait pas remplacer l’impôt.

La seconde question portait sur le rôle de l’innovation.
Difficile de ne pas l’encourager, mais qui dit innovation disait implicitement qu’il n’y a pas de bonne innovation sans bon financement et que celui-ci manquait manifestement en France. D’où un mouvement de retraite de Piketty vers un des lieux communs, l’éducation ; et de dénoncer qu’en Europe, Erasmus ne dispose que de 2 milliards d’euros, à comparer avec les fleuves d’argent qui circulent grâce aux fondations dans les universités américaines restées les premières du monde.

Autre question assez clivante : y a-t-il de bonnes inégalités ? Réponse très éclairante de Thomas Piketty : il n’y a pas de formule, chacun se fait une idée à partir de l’histoire.

Assez remarquable de ce mouvement de recul fut l’absence des grandes tirades sur la nécessité de réduire les inégalités en accroissant les impôts.

On avait vraiment le sentiment que l’exemple de la France qui sombre et du chômage qui ne cesse de s’enfler avait fait remiser au vestiaire les discours enflammés vers plus d’égalité. Le chômage fut même dénoncé par un des conférenciers comme la pire des inégalités.
Certes ont été citées les publications du FMI qui aurait fait de la lutte contre les inégalités son nouveau thème : le FMI aurait même montré en 2014 que plus de redistribution (donc plus de prélèvements sur les plus riches) n’a aucun effet sur la croissance.

Il fut à peine repris du bout des lèvres l’idée que les inégalités réduisent la croissance, conclusion d’un rapport de l’OCDE qui n’a même pas été cité ; au contraire, la réaffirmation que dans certains cas les inégalités accroissent la croissance, dans d’autres elles la réduisent. Seuls les extrêmes sont nuisibles : trop d’inégalités ou pas assez vont contre la société qui les héberge.

Le seul thème, heureusement encore loin d’avoir été épuisé, fut l’inégalité des genres, entre homme et femme ; cela fut le premier exposé de cette matinée par une sociologue, et ce thème fut repris par tous les participants de gauche en rappelant que c’était le domaine où il restait considérablement à faire (même s’il ne fut jamais question – Assemblée nationale oblige ? – de l’inégalité homme-femme dans les pays musulmans).
Et repris par tous les conférenciers l’assertion que le premier problème de la France était le chômage. Mais pour les solutions, silence, unanime.

Messages

  • A lire cette semaine un article du Point rédigé par l'économiste péruvien Hernando de Soto intitulé "Les Pauvres conte Piketty" qui prend le contrepied des thèses défendues par Piketty sur l'accès au capital dans les pays pauvres et émergents. Edifiant !

  • Votre commentaire est très intéressant. Il permet de sentir l'atmosphère dans les hautes sphères de la gauche qui nous gouverne. Il est presque rassurant, si j'ose dire, sur la baisse ou au moins le passage à vide de son zèle égalitariste qui s'auto-questionne. Mais l'inversion des politiques égalitaristes, étatiques et anti-riches vers plus de liberté économique n'est pas encore lancée. Donc, la France, comme on disait de Bordeaux avant qu'Alain Juppé, élu maire, n'entreprenne de grandes rénovations, devient plus que jamais une belle endormie ...
    Un grand merci pour vos rubriques éclairées.

  • Tres bon compte rendu... je suis désolé de pas avoir pu assister à ce colloque où , bien entendu , je n'aurais pas hésité à citer un de mes maitres, Gary Becker, professeur à l'université de Chicago et prix Nobel d'économie , qui a démontré , graphiques à l'appui l'existence de bonnes et mauvaises inégalités. et qu'il est tres dangereux d'essayer de supprimer les bonnes , ce qui ne conduit qu'à la régression sociale .

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