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« Éducation, parce que tout commence par la » … maternelle !

Par Gilles Rigourex,
le dimanche 11 décembre 2016

La France est le cancre de l’Europe ! Nous sommes bons derniers des pays de l’Union européenne pour les performances en mathématiques pour les élèves de niveau CM1 selon la dernière étude TIMSS [1] 2015 parue il y a une semaine. La dernière publication PISA parue ce 6 décembre place sans surprise la France dans le milieu des pays étudiés par l’OCDE en matière de performances en sciences et en mathématiques pour les élèves de 15 ans, très loin derrière les pays asiatiques ou la Finlande. Et nous sommes dans les tout derniers quant aux performances liées aux inégalités sociales : « Plus on vient d’un milieu défavorisé en France, moins on a de chances de réussir à l’évaluation PISA 2015 ». Vive notre modèle social ! Et si l’essentiel se jouait dès la maternelle ?

Bien entendu, comme toujours sous nos cieux tricolores, et davantage encore dans le contexte politique actuel, nos piètres performances en mathématiques en CM1 sont de la faute du gouvernement précédent. Pour notre actuel ministre de l’Éducation, ce sont les programmes mis en place par le gouvernement Fillon en 2008 qui est la cause de tous nos malheurs. « Une génération sacrifiée », dit-elle. Mais vous allez voir ce que vous allez voir (dixit La Palice), avec les nouveaux programmes 2015 tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Et puis chacun sait que c’est évidemment une question de moyens. Pas assez d’enseignants, des enseignants insuffisamment payés et insuffisamment formés, trop de moyens consacrés au secondaire et pas assez au primaire, etc.

Et si le mal était à la racine ? C’est-à-dire à l’école maternelle, ou, dit autrement, au niveau des classes préélémentaires, avant le CP. Quasiment personne n’en parle. Pas un mot dans le programme de François Fillon, candidat désigné par la droite et le centre pour la prochaine présidentielle auquel j’emprunte le titre de cet article.

Or, si l’on en croit les experts en neurosciences, le cerveau humain (homo sapiens) est programmé pour apprendre et ses capacités de développement neuronal sont phénoménales, en particulier jusqu’à 5 ans, âge à partir duquel elles diminuent très sensiblement. Et c’est entre 3 ans et 5 ans que se développent de façon fulgurante les « compétences exécutives », c’est-à-dire celles qui permettent d’être autonome, et d’atteindre des objectifs que l’enfant se fixe lui-même de façon organisée s’il est stimulé et encadré correctement. L’envie et le plaisir d’apprendre sont innés !

Entre 3 et 5 ans ! Ça ne vous dit rien ? C’est exactement la tranche d’âge pendant laquelle la totalité des générations transite par la maternelle. Aujourd’hui en France, 98% des enfants de 3 ans et 100% des enfants de 4 ou 5 ans fréquentent les classes préélémentaires. 2,5 millions d’enfants s’y rendent chaque jour pendant l’année scolaire. Ce nombre n’a guère évolué depuis 1980, c’est-à-dire depuis 35 ans, se situant toujours entre 2,4 et 2,6 millions. Ils sont à 87,6% dans le secteur public, à 12,0% dans le secteur privé sous contrat, et pour seulement 0,4% dans le secteur privé hors contrat.

Il y a trop d’élèves par classe, nous dit-on. En réalité, le nombre moyen d’élèves par classe en maternelle n’a pas changé depuis 2000. Et il a baissé de près de 20% depuis les années 80, passant de 30 en 1980 à 28 en 1990 et à 26 en 2000. En 2015, il est de 26 dans le public et 27 dans le privé. Certes, les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier.

Pour l’ensemble du 1er degré, classes préélémentaires et classes élémentaires confondues, le nombre moyen d’élèves par enseignant a baissé de 21 en 1981/1982, à 20 en 1989/1990, 18 en 2001/2002, et il n’a plus bougé ensuite puisqu’il est toujours de 18 en 2014/2015.

Le mal étant perçu depuis des lustres, les « bonnes fées » n’ont cessé de se pencher sur nos petites têtes brunes ou blondes : rapport du Haut Conseil de l’éducation en 2007 ; rapport de la Cour des comptes sur l’école maternelle en 2008 ; « Vaincre l’échec à l’école primaire » par l’Institut Montaigne en 2010 ; jusqu’au dernier rapport conjoint de l’inspection générale de l’Éducation nationale (IGEN) et de l’inspection générale de l’administration de l’Éducation nationale et de la recherche (IGAENR) de 2011, qui a présidé à la dernière réforme des programmes de maternelle applicable depuis 2015.

La réforme de 2002 a chassé celle de 1995, celle de 2008 a chassé celle de 2002, et celle de 2015 a chassé celle de 2008. Pendant tout ce temps perdu, nos classements PISA s’effondraient, nos quelque 95.000 enseignants de maternelle n’étaient toujours pas mieux formés ni mieux rémunérés. Quant à se donner un quelconque objectif de parité hommes – femmes pour les enseignants de maternelle, mieux vaut en rigoler, la proportion actuelle étant 8% - 92%.

Mais le coût de la scolarisation en maternelle, lui, s’envolait. En euros constants 2014, il passait de 3.550 euros par élève en 1990 à 5.340 euros en 2000, 5.740 euros en 2010 et 6.240 euros en 2015. Mais où donc est passé tout cet argent ? Cela fait quand même 16 milliards en 2015 ! Supportés en dernier ressort, quel que soit l’agent payeur (État, communes, familles, etc.) par nous, citoyens contribuables.

Pourtant, nul besoin de révolution. L’essentiel n’est pas dans les moyens, il est dans la méthode. Sans parler des écoles hors contrat, et sans attendre la dernière réforme, des expériences ont été menées avec succès dans certaines maternelles y compris dans le secteur public : mixité des âges dans la même classe, parcours individualisés sur les trois années, méthodes interactives, etc. Principaux résultats : des performances des élèves à la sortie nettement supérieures à la moyenne et des inégalités d’origine sociale atténuées. Hélas ces expériences ont souvent été arrêtées. L’argument massue : ce n’est pas généralisable ! Faute de moyens financiers et humains.

Alors chiche ! Comme le disait Pompidou à son conseiller Chirac, « arrêtez d’emmerder les Français ». Donnons l’autonomie aux écoles, laissons les expériences de terrain s’épanouir, suscitons la saine émulation, évaluons régulièrement de préférence par des organismes extérieurs au système (le classement PISA en est une bonne illustration), encourageons et récompensons les réussites.

Nos institutrices et professeures des écoles, nos directrices, nos agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (ATSEM), qui sont toutes des personnes formidables auxquelles nous confions les êtres qui nous sont les plus chers, s’en porteront beaucoup mieux. N’oublions pas que le premier vecteur du développement neuronal des enfants est l’amour. Puissent-ils trouver toujours plus d’amour dans nos maternelles !

Sources : toutes les données chiffrées sont extraites de « Repères & Références Statistiques – 2016 », ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.


[1Trends in International Mathematics and Science Study.

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