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Dans sa recherche, Macron chauffe mais ne brûle pas encore

Par Bernard Zimmern,
le mercredi 16 septembre 2015

L’été français politique a été fortement marqué par les interventions d’Emmanuel Macron, notamment celle à l’université d’été du MEDEF où, pour la première fois, un leader socialiste a reconnu que les 35 heures avaient été une erreur économique majeure.

Il a d’ailleurs été immédiatement corrigé par le Premier ministre, Manuel Valls, préoccupé des réactions de sa base, notamment syndicale.

Mais, dans le même discours, il a également émis des idées qui prouvent que notre élite dirigeante est encore très loin de comprendre les lois économiques qui gouvernent nos sociétés, et, par ignorance, continuent de prendre des décisions de politiques publiques à contre-sens de leurs objectifs annoncés.

Il a en effet dénoncé « le cynisme d’une partie de l’élite économique de notre pays », « des entreprises (qui se sont) rabougries », le « malheur des Français au travail », le manque d’innovation ou le chômage record chez les jeunes. « Ce n’est surtout pas la faute des politiques si certains des engagements que vous avez pris ne sont pas tenus : réduire le coût du travail, c’était notre engagement et il est tenu. Signer des accords de branche en contrepartie, c’est votre responsabilité, et c’est trop lent ! ». Actuellement, quinze branches professionnelles sur cinquante ont signé un accord ou un relevé de conclusions dans le cadre du Pacte de responsabilité. Ce qui équivaut à sept millions de salariés concernés. « Agir en politique en 2015, c’est réformer. Agir en entrepreneur en 2015, c’est investir. Investissez maintenant, prenez des risques maintenant »,
Et il concluait ces universités par « Vous avez l’amour, et vous avez les preuves d’amour », faisant notamment allusion au CICE.

On ne peut qu’encourager un ministre responsable à se rapprocher de ceux qui créent de la richesse et dont les décisions pèsent lourd sur la croix la plus lourde portée, ou plutôt subie, par l’actuelle majorité : le chômage, un chômage qui devrait lui coûter les prochaines élections régionales et présidentielles.

Mais il faudrait d’une part aller au-delà des effets de manche, mettre en route de vraies mesures, et d’autre part que le ministre comprenne les limites de ses interlocuteurs.
Pour que les entreprises investissent, encore faudrait-il qu’elles aient les fonds et qu’elles aient des perspectives de profit pour ces fonds.

Mais l’heure n’est pas encore à laisser les entreprises renforcer leurs capitaux, encore moins à permettre à ceux qui entreprennent de réaliser des profits.
Toute notre législation fiscale est orientée pour taxer le succès et ne permettre la rentabilité que dans les domaines où l’État, dans sa haute sagesse guidée par sa technocratie, a décidé d’investir.

Le cash-flow généré par les entreprises françaises, somme des bénéfices après impôts et amortissements, reste environ moitié du cash-flow généré par les entreprises britanniques ou allemandes.

Mais surtout le ministre n’a pas idée qu’il hérite de l’erreur de modèle de tous ses prédécesseurs et qu’il la continue.
Il se figure que ce sont les entreprises dont parlent les journaux économiques chaque jour qui sont les acteurs capables de vaincre le chômage.

Il reproduit ainsi une méprise que l’on constatait déjà dans les années 70, où Fortune, le grand magazine américain, associait la croissance aux noms des grandes entreprises et ou JJSS (Jean-Jacques Servan-Schreiber) publiait « le défi américain », annonçant la défaite économique de la France si celle-ci ne se lançait pas dans le gigantisme industriel. Il publiait ces « vérités » au moment même où, ironie de l’histoire, la taille des entreprises américaines se mettait à diminuer (du fait de la sous-traitance et de la spécialisation des tâches).

C’était aussi la période où David Birch, utilisant les fichiers de Dun et Bradstreet, démontrait que les emplois ne se créent pas dans les grandes entreprises mais dans les toutes petites.

Depuis, d’autres découvertes démographiques ont eu lieu mais qui ne figurent pas dans les cours de Sciences Po ou de l’ENA où Emmanuel Macron a peut-être appris l’économie (ses expériences concrètes sur les fusions qu’il a accomplies l’ont été, disent les médias, avec des grandes entreprises comme Nestlé ou L’Oréal).

Ces découvertes sont que la croissance provient d’abord des entreprises qui n’existent pas encore, que les entreprises existantes, en moyenne et dans la plupart des pays, perdent des emplois et que la croissance de l’emploi provient essentiellement des entreprises nouvelles.

Tant que même nos ministres qui se veulent les plus réformateurs continuent de fonctionner sur des schémas faux, il n’y a guère à espérer de la majorité actuelle.
Et à sa décharge, il n’y a pas beaucoup plus à espérer de la droite classique, au pouvoir de 2002 à 2012, et dont les œillères sont les mêmes, peut-être pires.

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