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Crowdfunding, une mesurette sans conséquence

Par Dominique Mercier,
le dimanche 2 mars 2014

En visite il y a deux semaines dans la Silicon Valley, François Hollande a promis d’aider au développement du financement participatif, dit crowdfunding. Mais cette révolution supposée sauver les PME est illusoire : elle ne correspond pas à leurs véritables besoins. Seules des incitations en direction des business angels permettront la croissance des petites entreprises.

Devenant de plus en plus à la mode, le crowfunding est un mode de financement via une plateforme Internet dédiée, où l’entrepreneur fait appel à un grand nombre de personnes, sans l’aide des acteurs traditionnels. Il existe en fait trois modes de financement par le crowdfunding : le don, le prêt (peer-to-peer lending) et la prise de participation en capital (equity crowdfunding). Ce mode de financement peut selon les plateformes s’appliquer à tous les types de projets : caritatif, social, d’entreprises, etc.

Le crowdfunding tous types confondus représente aujourd’hui en France environ 80 millions d’euros en 2013 [1], montant relativement faible qui s’explique par un trop grand nombre de contraintes légales, particulièrement pour l’equity crowdfunding et le lend crowdfunding. Au-delà de 100.000 euros d’augmentation de capital, une PME passant par une plateforme pour lever des fonds verrait notamment son opération requalifiée comme « appel public à l’épargne », ce qui l’oblige à la rédaction d’un prospectus de 200 ou 300 pages visé par l’AMF au delà de 149 souscripteurs. Désormais, il est prévu que le plafond passe à un million d’euros, pour aider les entreprises à traverser la « vallée de la mort » qui les sépare du capital risque.

L’intention est louable mais le mode de fonctionnement même du crowdfunding ne correspond que très faiblement aux besoins des PME. Si les équipes des plateformes de crowdfunding peuvent être compétentes, leurs profils et leurs contraintes sont très éloignées de celles d’un business angel. Ils se retrouvent dans l’obligation de traiter un grand nombre de dossiers, alors que leur rémunération est indexée non pas sur le nombre de dossiers traités mais sur le montant des investissements réalisés dans les projets validés. Or, l’investissement moyen est très modeste par rapport à l’investissement dans du capital risque. Pour rester rentable, le temps consacré à chaque dossier est donc fortement réduit. Ainsi l’entreprise ne bénéficie pas d’un accompagnement aussi approfondi que celui dont elle pourrait bénéficier avec un business angel.

Par ailleurs, les équipes de crowdfunding sont le plus souvent constituées de jeunes financiers d’une trentaine d’année n’ayant pas ou peu d’expérience d’entrepreneur, et qui auront en général moins de « flair » pour repérer et mettre en valeur les « pépites ». Les PME ont besoin de financement mais également de réactivité, de conseils issus de l’expérience vécue et d’un réseau que seuls des business angels, anciens entrepreneurs ou dirigeants agissant de manière individuelle peuvent leur apporter. En outre, contrairement aux équipes de crowdfunding, le business angel investit sont propre argent ce qui renforce encore sa motivation pour faire réussir l’entreprise.

La facilité supposée de l’entrepreneur à lever des fonds via le crowdfunding est par ailleurs une image éloignée de la réalité. Le site Anaxago révèle par exemple qu’il faut entre 3 et 4 mois au total pour obtenir une levée de fonds, et toutes les entreprises n’y réussissent pas. Or, dans le domaine de l’innovation, notamment de l’innovation numérique extrêmement concurrentielle, un tel délai est trop long. Seuls des business angels ont la capacité financière, la liberté et la disponibilité requise pour avoir la réactivité suffisante.

Si le modèle n’est pas satisfaisant pour l’entrepreneur, il est également risqué pour les petits investisseurs tentés par l’aventure. Les différents sites français ne vantent d’ailleurs pas la rentabilité des investissements. Comme l’explique la plateforme Anaxago « L’actif sans risque n’existe pas ... » mais « il faut favoriser la prise de risque utile à la croissance, l’innovation et l’emploi. » ce qui est une « aventure humaine ». S’il vaut mieux à tout prendre investir dans une jeune entreprise que de jouer au loto ou au casino, le risque de pertes va bien jusqu’à 100% des sommes investies. Les taux de faillite peuvent être élevés en phase d’amorçage et de développement.

En ce qui concerne les prêts par crowdfunding, le gouvernement prévoit de lever en partie le monopole bancaire. Pour la première fois, des particuliers pourront prêter de l’argent avec intérêts, dans la limite de 1.000 euros par investisseur et un million d’euros par projet. Si cela constitue une bonne évolution dans l’absolu, le prêt en tant que tel introduit toujours une forte contrainte financière pour l’entrepreneur, puisqu’il doit rembourser le capital et verser des intérêts. Par ailleurs, tout comme pour l’equity crowdfunding, il ne bénéficie pas d’un véritable accompagnement comme c’est le cas avec un business angel.

Les nouvelles orientations du gouvernement découlent donc, non pas d’une véritable réflexion, mais bien d’un effet de mode. Elles présentent également l’avantage d’être « politiquement correctes » car elles ne consistent pas en un « avantage donné aux riches », mais tout au contraire en une sorte de « capitalisme populaire ». Si le crowdfunding est une bonne approche pour recueillir des dons à visée philanthropique, il résoudra peu de choses pour les jeunes entreprises à forte croissance.


[1Baromètre du financement participatif en France 2013

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