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Confusion sur les business angels

Par Valérie Pascale,
le mercredi 22 avril 2015

Challenges vient de révéler la semaine dernière le classement des « business angels français les plus actifs ». Une vingtaine de noms plus ou moins connus, avec en tête un célèbre trio d’entrepreneurs français les plus en vue. Nous ne pouvons que regretter cette confusion des concepts qu’a laissé faufiler sur ses pages le respectable magazine, mais un vrai business angel, comme on l’a vu dans d’autres pays, est en effet très loin de ce que nous laissent croire les médias français.

Niel, Grinda, Simoncini … Les journalistes semblent convaincus que c’est grâce à leurs efforts, et à ceux de quelques-uns qui les suivent, que nous allons relancer la création d’entreprises en France et en finir avec le chômage. Faux.

Vingt entrepreneurs français, couronnés suite à un classement établi par un site destiné aux entreprises cherchant le financement, Fundme, ne sont pour la plupart qu’un exemple de capital-risque. Intervenant souvent à travers un fonds d’investissement, ces entrepreneurs investissent dans quelques dizaines voire centaines d’entreprises en espérant sortir gagnant avec celles d’entre elles qui réussiront.

Mais que sont-ils réellement capables d’apporter à ces nombreuses entreprises qui leur font confiance à part de l’argent, à raison d’une centaine de milliers d’euros en moyenne ?

Nous l’avons souvent dit mais nous le répétons : pour une start-up, ce n’est pas uniquement l’argent qui compte. Le vrai business angel c’est quelqu’un qui apporte son expertise et ses réseaux à une entreprise dont il voit le potentiel, et qui a suffisamment de temps à lui consacrer pour la voir grossir.

Xavier Niel, investi dans 230 start-up, notamment à travers son fonds Kima Ventures, et considéré comme un des champions du monde en termes de nombre de participations. Fabrice Grinda, 170 start-up, il reçoit une centaine de dossiers pour l’investissement par semaine. Marc Simoncini, plus de 100 start-up, dont 30 à travers son fonds Jaïna Capital. Il faut avouer que la suite du classement se montre légèrement plus modeste, avec une vingtaine de start-ups investis en moyenne, mais la mission de conseil et d’accompagnement d’entreprises par ces entrepreneurs nous semble pratiquement impossible.

Il faut bien évidemment se féliciter de l’initiative de ces entrepreneurs de vouloir soutenir financièrement les entreprises françaises. Mais pour le business angel, c’est son expérience d’entrepreneur qui valorise l’argent apporté, d’où le nombre d’entreprises bénéficiaires très restreint pour pouvoir s’en occuper pleinement.

En outre, l’investissement de vingt entrepreneurs français glorifiés ne représente qu’une petite goutte dans l’océan qui manque aux entreprises françaises. Ils ont investi au total 100 millions d’euros depuis 2012, ce qui est très loin des 2 à 4 milliards qui manquent chaque année à nos start-up pour pouvoir afficher le même niveau de créations d’entreprises employeuses que d’autres pays développés et pouvoir réduire l’écart en emploi marchand accumulé depuis plus de trente ans notamment avec l’Allemagne et le Royaume-Uni.

Les statistiques officielles britanniques sur le dispositif fiscal encourageant le financement dans les créations d’entreprises, l’EIS (Entreprise Investment Scheme), destiné notamment aux business angels, montrent qu’ils sont plus de 1000 business angels britanniques indépendants à investir au moins 200.000 livres par an, l’investissement moyen étant de 400.000 livres.

En l’absence de statistiques comparables en France, puisque Bercy ne souhaite pas admettre l’inefficacité des dispositifs existants ciblant les créations d’entreprises, Madelin et l’ISF-PME, il est presque pardonnable que les médias français mettent sur un piédestal les quelques financiers qui s’intéressent aux jeunes entreprises. Pour produire de vrais business angels en France, il nous faut revoir la fiscalité de création d’entreprise et donner à ceux qui ont réussi la liberté d’investir.

"Le top 5 des business angels les plus actifs"
Montant total investi depuis 2012, en millions d’euros

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