Emploi 2017

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Comment recruter les pires candidats

Par Hervé Gourio,
le mercredi 3 mai 2017

La boutique ne se porte pas bien. Là-dessus tout le monde est d’accord. Les fins de mois, il faut emprunter un peu plus pour combler les déficits. La part de marché consolidée baisse. On augmente les revenus juste le minimum pour payer les dividendes. Les investissements sont limités aux apparences. Il y a bien quelques produits qui marchent mais au total dans la boutique les employés font plutôt grise mine.

Il faut changer de management bien sûr. Malheureusement le fondateur, un type pourtant plutôt genre autoritaire, a inventé une règle bizarre. Doivent voter tous les stakeholders à égalité : les travailleurs, les clients et les actionnaires. Régulièrement tous les 5 ans.

Pendant 20-30 ans cette règle n’a pas vraiment été satisfaisante. Deux équipes de managers ont commandé à tour de rôle. Les Dedroite et les Degauche. On n’a pas très bien compris ce qu’ils changeaient dans la boutique. À part des fioritures qui déchaînaient l’enthousiasme d’une fraction ridicule de la clientèle. Le gros des clients constatait que, comme dans un hôtel, la qualité des services se dégradait mais heureusement pas trop vite. Le room service était moins rapide. On ne changeait pas les draps avec la même fréquence. Il fallait parfois attendre une journée entière pour que la télévision soit réparée. Quant aux employés, ils râlaient parce que les revenus n’augmentaient pas bien vite et que certains fournisseurs dynamiques gagnaient trop d’argent.

Normalement le changement périodique de management aurait dû provoquer des initiatives pour remédier à cette situation et relancer la boutique. Mais chaque fois les nouveaux venus pensaient qu’ils risquaient de perdre à bousculer les règles. Et puis si les Degauche étaient remplacés à la fin de leur mandat, ils pouvaient quand même espérer retrouver leurs places cinq ans plus tard à l’issue du mandat des Dedroite. Et réciproquement.
La boutique continuait de péricliter en douceur.

Cette fois-ci les managers sortants, tous novices au début, avaient échoué sur presque tous les critères importants. Aucune chance vraiment de continuer dans leur poste.
Parmi les candidats il y avait un ancien manager. Il n’avait pas eu des résultats sensationnels quand il était aux manettes mais il donnait l’impression de savoir s’y prendre et partait dans une direction bien différente de ce qu’il avait fait alors. Pendant quelques mois il a paru devoir l’emporter. Trop sûr de lui il s’est aliéné les électeurs dans des circonstances étranges.

Restent face à face en finale 2 concurrents pas bien convaincants.
L’une sans aucune expérience du job est entourée d’une bande d’amis de longue date dont on ne sait pas bien ce qui les réunit vraiment. Pas l’aptitude à gouverner de toute évidence. Sur le fond ils ne nous disent pas tout. Ils proposent de réduire complètement le nombre de fournisseurs (prendre seulement des Français). Et de bousculer des règles acceptées par presque tous nos clients et nos prêteurs. La boutique ne semble pas bien capable de soutenir le choc !
L’autre est un jeune manager qui a eu un job assez important dans l’équipe sortante –adjoint de Degauche puis directeur financier - mais a seulement à son crédit le fait qu’il a repeint des recoins de l’entrepôt, alors que l’entreprise continuait d’accumuler des déficits de plus en plus importants. Curieusement il annonce qu’il veut comme le dernier manager ne recruter que des débutants, alors même qu’il appartient, lui, à une caste très réduite d’experts qu’on peut trouver bien contestables à en juger par la qualité très inégale des résultats de ses membres.

On pourrait couvrir des pages à analyser les raisons de cet amoncellement de sottises (pour rester dans les limites du langage convenable). Pour aujourd’hui, contentons-nous de rappeler que l’élection du Président au suffrage universel telle qu’aujourd’hui devra être un jour abandonnée. Prions ensuite pour que le futur gouvernement soit composé d’hommes intègres et habiles à l’issue d’élections législatives qui n’amplifieront pas, que dis-je, ne multiplieront pas ces choix hasardeux.
Aucune démocratie ne saurait résister longtemps à ces secousses.

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