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Cibler les riches tue l’emploi
Par T.J. RODGERS - Cypress Semiconductor

le dimanche 15 septembre 2013

Un thème qui signe l’administration Obama, c’est que le rêve américain serait attaqué par "la disparité des revenus." Ces mots divisent le pays entre les nantis et les démunis, et suggèrent un état national qui doit être corrigé, sans doute par une fiscalité "progressive" redistribuant les revenus.
Le rêve américain a toujours été un succès individuel, récompensé et admiré. Mais nous sommes maintenant poussés à devenir une société à somme nulle dans lequel celui qui réalise le rêve américain fait envie et crée même le ressentiment.

Le rêve américain n’est pas affilié politiquement. La dernière fois qu’il était bel et bien vivant a été la période qui s’étend du second mandat de Ronald Reagan au second mandat de Bill Clinton. Durant ces 16 années, nous avons bénéficié d’impôts bas, de dépenses du gouvernement faibles et de la prospérité économique.

Depuis 2000, l’économie s’est freinée sous le poids de dépenses publiques record et des déficits de deux présidents, George W. Bush et Barack Obama. Le résultat de cette frénésie de dépenses a été la baisse des salaires réels et un chômage élevé et plus persistant. La Réserve Fédérale a poussé les taux d’intérêt à près de zéro, et, pour la première fois aux États-Unis, cette médecine de l’ère de la Dépression n’a pas réussi - une situation effrayante qui rappelle l’effacement économique du Japon durant plus d’une décennie.

Selon les dernières données 2012 des revenus fiscaux publiés par IRS [la direction des impôts, NDLR], le top 1% des contribuables américains a gagné 20% de tous les revenus et payé 36% de tous les impôts. Le top 5% a gagné 36% de tous les revenus et payé 58% de tous les impôts. Même avec des taxes plus élevées, l’économie s’en sortira-t-elle mieux ? Mon expérience dans la Silicon Valley me dit que les impôts élevés et soi-disant progressifs sont une cause majeure de problèmes économiques actuels du pays, pas leur solution.

Dans la Silicon Valley, les riches réinvestissent généralement leur fortune près de leur résidence. Par exemple, j’ai réinvesti la plus grande partie de ma fortune nette dans 8,5% des actions de ma propre entreprise.

Depuis sa fondation en 1982, Cypress Semiconductor a été un créateur net d’emplois et de richesse. Par des rachats d’actions, dividendes sur les actions et les filialisations, nous avons réinjecté 2,2 milliards de dollars de plus dans l’économie que nous n’avons retiré du total des investissements de toute une vie. Ce chiffre ne compte pas les 4 milliards de dollars versés en salaires, ou les impôts payés sur les salaires. Actuellement, mon investissement permet de conserver 3.479 emplois permanents et bien rémunérés avec des couvertures santé de qualité, qui sont maintenant menacées par plus d’impôts.

Il y a quelques années, j’ai décidé d’investir dans ma ville natale d’Oshkosh, au Wisconsin, en construisant un restaurant au bord du lac pour 1,2 million de dollars. Ce restaurant emploie en permanence 65 personnes, avec un investissement de 18,000 $ par emploi, un chiffre cohérent avec celui des petites entreprises américaines. Si l’imposition progressive au nom de « l’équité » avait pris mon "extra" 1,2 million de dollars et dépensé sur un programme de relance du gouvernement, 65 emplois auraient-ils été créés ?

Selon de récentes statistiques du Congressional Budget Office [office d’évaluation budgétaire rattaché au Parlement américain] sur le programme de relance de l’administration Obama 2009, chaque emploi créé a coûté entre $ 500.000 et $ 4 millions. Ainsi, mon 1,2 million de dollars, prélevé par l’impôt et redépensé sur un projet gouvernemental d’une durée incertaine, aurait créé environ un emploi, peut-être deux, et non les 65 emplois durables de mon investissement privé.

À l’autre extrémité de l’échelle de l’intensité capitalistique, Cypress Semiconductor a exigé d’énormes investissements pour créer des emplois dans ses usines de fabrication de puces éléctroniques. Entre 1983 et 2003, ces investissements ont totalisé 797 millions de dollars et ont permis la création de 4.033 emplois pour un investissement de 198.000 $ par emploi créé. Ainsi, ma propre expérience sur le coût des gammes de création d’emplois s’étend de $ 18.000 à $ 198.000 par emploi, par rapport à $ 500.000 à $ 4 millions par emploi créé par le programme de relance d’Obama.

Ces chiffres s’accordent avec les données générales montrant que l’investissement privé est plus efficace que les dépenses du gouvernement dans la création d’emplois. En d’autres termes : chaque dollar qui est taxé loin de l’investissement privé et dépensé par le gouvernement produit moins d’emplois que les emplois détruits par la perte de l’investissement privé.

Pourtant, la politique de l’envie, encouragée par le président Obama lui-même, attise continuellement l’idée que les riches ne paient pas leur « juste part ». Ce ressentiment d’injustes récompenses se résumait à une émission de radio que j’ai entendue l’autre jour, quand un auditeur a dit des riches : « Mais de combien de plus ont-ils besoin"

De combien de plus ai-je besoin ? Combien d’emplois de plus voulez-vous ?

Même les démocraties socialistes européennes commencent à comprendre que les politiques consistant à taxer et dépenser tuent les emplois. Par exemple, l’Italie et l’Espagne ont abrogé leurs programmes d’encouragement à l’énergie solaire (avec leurs « emplois verts ») parce que les pays ont calculé que pour chaque emploi créé par l’investissement du gouvernement dans l’énergie verte, quelque part entre 4,8 emplois (Italie) et 2,2 emplois (Espagne) sont perdus à cause des coupes corrélatives dans les investissements privés. Je connais ces chiffres parce que de 2002 à 2011, j’étais un investisseur majeur et président de SunPower, la deuxième plus grande société d’énergie solaire du monde, également basée dans la Silicon Valley.

Silicon Valley est le plus lumineux exemple d’aujourd’hui du rêve américain traditionnel encore à l’œuvre. Les investissements pour la plupart des start-up doivent provenir de personnes qui peuvent attendre 10 ans pour obtenir un retour sur investissement. Seuls les Américains très riches peuvent se le permettre.

Comme beaucoup d’entrepreneurs de la Silicon Valley, j’ai réinvesti dans la prochaine génération d’entrepreneurs, dans mon cas, via le Fonds Sequoia et Kleiner Perkins Caufield & Byers, deux sociétés de capital-risque qui m’ont permis de toucher au rêve américain. Je suis aussi membre du conseil d’administration de leurs sociétés de portefeuille.

Quelqu’un croit-il vraiment que le déplacement de décisions d’investissement de la Silicon Valley à Washington en augmentant les impôts sur les capitaux-risqueurs et les investisseurs rendrait Silicon Valley plus productif ? Pensez à la débâcle de Solyndra : Il était évident pour la plupart d’entre nous ici que la compagnie d’énergie solaire n’avait aucune chance de survie. C’est pourquoi l’entreprise a dû être financée par le gouvernement à la fin, car aucun véritable investisseur n’était prêt à monter au créneau.

Pendant la campagne présidentielle de 2012, le président Obama a insulté les entrepreneurs de l’Amérique en leur disant : « Vous n’avez pas construit cela. »[l’économie américaine, NDLR] L’impôt progressif est juste un autre outil utilisé par le gouvernement pour capter une part toujours plus grande de l’économie américaine. La terrible ironie, c’est que le gouvernement ne cesse de dire aux gens dont il détruit les emplois que si nous taxons plus les riches, tout ira mieux.

M. Rodgers est le fondateur et PDG de Cypress Semiconductor

Une version de cet article a été publiée le 18 août 2013, à la page A17 dans l’édition américaine de The Wall Street Journal, sous le titre : Targeting the Wealthy Kills Jobs.

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