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Chômage des jeunes : les vraies et fausses solutions

Par Dominique Mercier,
le mercredi 15 janvier 2014

François Hollande se félicitait ces derniers jours de l’inversion de la courbe du chômage des jeunes, le nombre de jeunes chômeurs ayant diminué de 12.500 depuis avril dernier. Cependant cette inversion est exclusivement le fait des presque 100.000 « emplois d’avenir » qui ont été signés depuis novembre 2012. A long terme, seul le développement de l’apprentissage aura un effet durable sur le chômage des jeunes. Les conservateurs britanniques l’ont si bien compris qu’il constitue l’un de leurs chantiers prioritaires.

Le chômage des jeunes n’est pas un problème nouveau puisque depuis les années 1980, il n’est jamais passé en dessous de la barre des 15%, et représente aujourd’hui dans les pays de l’OCDE toujours à peu près le double du taux de chômage de l’ensemble des actifs. Ainsi, il est d’environ 26% [1] en France (contre 11% [2] pour l’ensemble des actifs), substantiellement plus élevé qu’au Royaume-Uni (21%) et bien plus élevé qu’en Allemagne (8%) [3].

Afin de l’endiguer, près d’une vingtaine de contrats aidés différents, et plus de 80 dispositifs existent ou ont existé en France depuis les années 1975, mais malgré les milliards dépensés chaque année, ils n’ont produit aucune amélioration de l’emploi des jeunes, comme en atteste le taux de chômage et comme le note même l’OCDE. Or, loin de constituer une nouveauté, ces « emplois d’avenir » s’inscrivent exactement dans la même logique que les dispositifs du passé (emplois jeunes, contrats emplois solidarité, contrats initiative emploi, contrat unique d’insertion….), à savoir pour l’essentiel des emplois parapublics n’ouvrant nullement les perspectives du jeune [4]. L’émission Les pieds sur terre du 27 novembre 2013 [5] donne le cas par exemple de deux jeunes en contrat d’avenir à la ville de Caen… en tant que balayeurs !

D’après le rapport intermédiaire de bilan de septembre 2013 [6], près de 9 emplois d’avenir sur 10 ont ainsi été signés dans le secteur non marchand. Cela s’explique par des conditions de traitement très différentes entre les secteurs marchand et non marchand. Ainsi, les emplois d’avenir sont subventionnés dans le secteur non marchand à 75% du SMIC (soit 1.072 euros par mois) et sans condition, contre seulement 35% (500 euros par mois) dans le secteur marchand et sous conditions. Parmi ces conditions, l’employeur privé doit notamment prendre le jeune en CDI et s’engage à accompagner le jeune dans un parcours de formation pour lui permettre d’acquérir, au cours des 3 années du contrat, une qualification reconnue. De surcroît, cette aide n’est valable que dans certains secteurs.

Ces conditions particulièrement défavorables reflètent la peur des effets d’aubaine. Une économiste de l’OFCE, Marion Cochard, affirme ainsi que 80% des emplois aidés marchands sont des effets d’aubaine [7], c’est-à-dire que les entreprises auraient embauché de toute façon dans 80% des cas. Si le chiffre est avéré, on comprend alors que les socialistes veuillent l’éviter : l’emploi d’avenir consiste en ce cas à « faire un cadeau aux entreprises » et pire encore, a un impact quasi nul sur les chiffres du chômage suivis à la loupe par les médias.

Or, en admettant que ces chiffres soient vrais, c’est parce que ce sont majoritairement les grandes entreprises qui utilisent les emplois aidés : un rapport du CESE [8] explique que ces dispositifs sont trop peu lisibles et trop instables pour les petites entreprises. Or, comme le montre encore dernièrement une étude de l’OCDE [9], ce ne sont pas les grandes entreprises qui sont créatrices nettes d’emplois mais les jeunes entreprises de moins de 5 ans. A titre d’exemple (et bien qu’il n’y ait qu’un certain degré de corrélation entre la taille et l’âge) le dispositif « zéro charge TPE », disparu dans la plus entière discrétion, a été utilisé pour l’embauche d’environ 80.000 salariés en 2012 [10] , avec une aide de seulement 195 euros par mois par salarié.

Une étude du Trésor confirme qu’à moyen terme, une politique d’allègement de cotisations sur les bas salaires [11] « a fait la preuve de son efficacité » et qu’elle est « l’un des instruments les moins coûteux à moyen terme en termes de créations d’emplois dans le secteur marchand. » [12] L’étude souligne cependant que son effet à long terme est incertain, puisqu’elle peut inciter à substituer du travail peu qualifié à du travail qualifié. Il revient à avoir des charges sociales progressives avec le degré de qualification, contrairement aux autres pays, où ces charges sont proportionnelles ou dégressives [13].

Contrairement à la France, l’Allemagne a mis en œuvre la logique gagnante de la qualification en mettant les entreprises au cœur du dispositif. Il y a 1,6 million d’apprentis outre-Rhin, et c’est l’une des conditions à l’existence d’une véritable industrie et de secteurs à forte valeur ajoutée, qui permettent d’exporter malgré un euro fort. Fait moins connu, depuis que les conservateurs sont au pouvoir au Royaume-Uni, une véritable révolution de l’apprentissage s’est engagée dans une logique similaire. Cette révolution fait partie intégrante du plan pour la croissance [14] défini en 2011, dont l’un des volets principaux est d’augmenter la compétitivité de la main-d’œuvre britannique. Depuis 2010, il y a eu plus d’un million d’apprentis supplémentaires et cette évolution va encore s’accélérer avec une refonte complète du système.

Au cœur de cette réforme en cours d’expérimentation, six points capitaux retiennent l’attention et la France devrait s’en inspirer pour sortir ses jeunes du chômage :

- Ce sont les entreprises de chaque branche concernée qui vont seules choisir pour chaque métier les compétences et qualifications à acquérir par l’apprenti.

- Une attention particulière sera portée à vérifier que ces compétences correspondent aux besoins des petites entreprises et que le dispositif global soit facile d’accès pour elles. (En Allemagne, elles sont effectivement à l’avant-garde dans la formation des apprentis.)

- Les centres de formation, qui sont des centres de formation privés, sont mis en compétition : ils sont choisis et reçoivent leur rémunération directement de l’employeur, qui la reçoit lui-même de l’État.

- Les compétences acquises par l’apprenti sont évaluées de manière indépendante, afin que l’apprentissage ait véritablement un caractère diplômant, avec une reconnaissance dans tout le Royaume-Uni.

- Le rythme de l’apprentissage est de 4 jours en entreprise et d’un jour en centre de formation par semaine : il se concentre donc sur l’acquisition de compétences pratiques et non pas théoriques.

- L’apprenti doit valider un niveau minimum d’anglais et de mathématiques avant de commencer l’apprentissage. Loin d’être anecdotique, c’est un test qui serait également indispensable en France afin de vérifier un minimum d’employabilité du jeune [15]. D’après le dernier rapport de l’éducation nationale sur le sujet, 30% des Français de 17 ans aujourd’hui ont des difficultés à lire un texte simple.

Comme le constate l’OCDE [16], ce sont les pays ayant réussi à mettre en place l’apprentissage qui connaissent les plus faibles taux de chômage des jeunes. Quand la France entreprendra-t-elle des réformes en mettant les entreprises au cœur du dispositif ?


[1Chiffres juillet 2013 de l’OCDE.

[2Chiffres Eurostat août 2013.

[3Chiffres juillet 2013 de l’OCDE.

[4Pour plus de détails voir le livre Les fabricants de chômeurs de Bernard Zimmern, ou les articles de l’iFRAP sur le sujet.

[11Exonérations Fillon : de 28% maximum sur le salaire brut (maximum pour un SMIC, dégressif ensuite) politique similaire à celle des emplois aidés marchands – 35% pour un SMIC

[15A titre d’exemple, un entrepreneur témoignait récemment dans le Figaro de sa difficulté à recruter un apprenti ne parlant pas un langage « cité » et sachant compter.

Messages

  • D’accord, la comparaison avec l’Allemagne et la Grande-Bretagne n’est pas encore à notre avantage. Mais il faut se rappeler d’où nous venons !
    Je me souviens d’interventions d’hommes politiques ou de syndicalistes de l’Education Nationale, il n’y a pas si longtemps, expliquant que l’Apprentissage mettait à disposition des Patrons qui allaient les exploiter , des jeunes gens qu’ils considéraient comme "propriété de l’Education Nationale". D’où par exemple des luttes pour ne pas abaisser à 14 ans l’age d’entrée en apprentissage.
    Dommage que la même énergie défensive n’ait pas été mise au service de ces jeunes gens !
    Espérons que François Hollande saura poursuivre plus avant les expériences réussies et faire taire les lobbies rétrogrades !

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