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Chômage, croissance et principe de précaution

Par Yves Buchsenschutz,
le mercredi 7 octobre 2015

Le président Chirac en son temps prit la peine de faire inscrire le principe de précaution dans la Constitution. Le président Sarkozy, lui, fit voter une loi interdisant ne serait-ce que la recherche de gaz de schiste en France ; les écologistes encouragés par les socialistes, refusent eux, au nom du développement durable, toute modification, serait-elle infime, de notre environnement, congelé brusquement dans un état ectoplasmique, depuis qu’ils sont arrivés, car ils oscillent invariablement entre : « ne touchez à rien » et « revenez à un âge d’or où l’homme n’était pas encore intervenu » soit, revenons à la nature « vierge ».

Ces positions de principe, interprétées soigneusement par les associations idoines, voire par les tribunaux et accompagnées par les politiques de manière quasi unanime car gagnante sur un plan électoraliste (maire bâtisseur, maire battu !) ont tout de même un inconvénient majeur, c’est qu’elles bloquent toute innovation. En effet, qui dit innovation, dit changement, et qui dit changement dit risque potentiel donc conflit avec le principe de précaution, surtout si l’on exige de l’inventeur la preuve qu’il n’y aura aucune conséquence possiblement néfaste avant expérimentation.

On rétorquera, pourquoi changer ? Tout simplement parce que simultanément à ce gel décrété de notre situation, nos concitoyens veulent, eux, voir leur situation s’améliorer. Rappelez-vous le nombre intolérable de pauvres et d’inégaux que notre société génère chaque jour : comment en sortir ? Par la croissance, car il est simple de calculer que la répartition n’y suffira pas (Divisez la fortune de Madame Bettencourt par 65 millions de Français : vous obtiendrez un billet de 500 Euros et ceci une seule fois !).

Or la croissance est par essence changement, évolution, innovation, et… risque. Une étude de l’IRDEME a révélé récemment que la croissance, en particulier de l’emploi, dans les grands pays développés, est le fait quasi exclusif d’entreprises nouvelles et innovantes, celles très exactement que le principe de précaution écarte, voire interdit – largement accompagné par une politique fiscale et administrative confiscatoire et paralysante (à côté du gaz de schiste, pensons aux OGM, au foisonnement exponentiel des normes, à l’hypertrophie du code du travail, etc.).

Au passage, il ne faut pas se faire trop d’illusions sur la croissance dite « verte ». Si celle-ci consiste en une augmentation ou une aggravation de normes diverses, elle va, non seulement avoir beaucoup de mal à se réaliser, mais encore augmenter l’insatisfaction des consommateurs puisqu’en face d’efforts supplémentaires demandés, je n’aurai que peu d’effets positifs perçus. Examinons par exemple le cas de la construction dont le coût a dérapé de près de 30% en 10 ans par prise en compte de contraintes « vertes » ou sociales : La prestation perçue par le consommateur n’a évolué que dans son prix ! Il n’est pas facile de constater chaque jour l’avantage d’un double-vitrage ou d’une isolation. Par contre la hausse du prix des logements ou des loyers est immédiate et concrète. La plupart des prestations « vertes » sont chères et peu sensibles pour le consommateur qui ne retrouvera pas l’amélioration visible de sa situation attendue. S’il s’agit de nouveaux produits ou services, le principe de précaution va freiner leur développement. La prudence généralisée ou le développement durable va aller de fait dans le même sens.

Un faible espoir s’était fait jour, début 2015 : de plus en plus de personnes commençaient à comprendre le caractère anti-croissance et anti-emploi du principe de précaution. Peut-être allait-on l’aménager ? La réponse – intégrée de mémoire dans la loi sur la transition énergétique - est pour le moins curieuse : c’est la nouvelle réglementation sur « l’obsolescence programmée des produits » [1], cette prétendue dérive systématique des industriels qui consiste à fournir des produits délibérément fragiles ou irréparables pour en vendre plus souvent. Cette infraction, plutôt durement réprimée – 300.000 euros d’amende et/ou 4 ans de prison – va de fait de nouveau à l’encontre de l’innovation. Qui désormais va prendre le risque de lancer, d’améliorer ou de modifier un produit avec une telle épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête ? (Sachant que des règles existent déjà : un fabricant d’automobiles doit fournir des pièces de rechange pendant 10 ans par exemple, ou la garantie décennale dans la construction.)

À noter qu’avec ce principe, on aurait dû garder en service les charrues de nos grands-pères puisqu’elles ne sont pas encore usées ! Nous devrions réparer des ordinateurs ou des téléphones portables d’il y a 10 ans alors que les technologies ont multiplié leur puissance par 10 ou 100 et divisé leur coût dans les mêmes proportions ? Stupide. Au demeurant, un industriel qui fournit ce type de prestation risque fort d’être vite repéré et de perdre ses clients car non fiable.

La cerise sur le gâteau vient de la récente loi « anti-gaspillage », heureusement bloquée pour le moment par le Conseil Constitutionnel. Il est bien connu que l’objectif d’un commerçant ou d’un super marché est de générer de la marchandise invendable et de la détruire ensuite… comme celui d’un industriel d’ailleurs ! Les invendus sont bien évidemment l’objet d’une recherche d’élimination permanente dans les circuits de production et de distribution et quand on ne peut les éviter, on cherche a minima des solutions pour en diminuer le coût : soldes, réutilisation, recyclage, etc. Alors faisons une loi et interdisons le gaspillage, donc l’essai, donc l’erreur ! Donc quelque part l’innovation et la croissance.

Les problèmes du chômage et des réformes nécessaires à son recul, en particulier celui de l’innovation, ne sont pas encore près de commencer à se régler.


[1L’obsolescence programmée des produits consiste, pour un industriel, à introduire délibérément dans un produit une panne irréparable et à délai connu pour provoquer son ré-achat au lieu de sa réparation et donc ainsi d’augmenter ses ventes. À noter que des politiques telles que les DLUO par exemple, introduites à l’origine pour des raisons de sécurité, peuvent devenir dans certains cas des facteurs d’obsolescence programmée des produits de fait ! Je jette mon fromage parce qu’il a dépassé la date « de consommation » !

Messages

  • Cette attitude de repli, de peur du futur aura des conséquences à l'avenir : une invention comme l'electricité serait bloquée aujourd'hui, au regard des risques que cela présente. Et je ne vous parle même pas de la production nucléaire... Dans les médicaments par exemple, l'aspirine ne passerait pas les barrières actuelles pour rentrer sur le marché.. On se prive ainsi de bon nombre de progrès !
    Vivre c'est dangereux !

  • Je suis d'accord avec vous sur le fait que les prétendus écologistes (parmi lesquels il existe beaucoup d'illuminés mais pas par l'esprit des Lumières !) freinent abusivement beaucoup de projets innovants au prétexte qu'ils n'offrent pas la garantie d'une absence de nuisance dans l'avenir. Mais quel projet peut offrir une telle garantie dans l'avenir ? L'application rigide du principe de précaution est évidemment à bannir.
    En ce qui concerne la lutte contre l'obsolescence programmée, je suis toutefois assez d'accord à condition que cette lutte soit menée de façon raisonnable. Aucun produit n'est éternel. Tout le monde peut être d'accord avec cela. Mais, à l'inverse, il est exact que certains produits industriels ont une durée de vie écourtée par la défaillance voulue ou non remédiée d'un élément fragile que le producteur continue d'introduire dans son produit malgré sa connaissance de sa faiblesse. J'ai un souvenir personnel à cet égard. Il y a une trentaine d'années, je constatais dans mon cabinet situé dans le 8ème arr. de Paris que les ampoules d'éclairage des locaux claquaient avec une fréquence anormale. Un électricien m'expliqua que c'était dû à des variations de tension du courant dans le quartier, qui écourtait la durée de vie des ampoules (à tort, je n'ai pas cherché à éclaircir ce point). Il m'a conseillé de commander chez un fabriquant des ampoules de qualité industrielle plus résistantes, légèrement plus onéreuses que celles en vente dans les commerces de détail. Ce que je fis. J'ai passé commande d'une trentaine d'ampoules environ de qualité industrielle pour constater que celles-ci duraient nettement plus longtemps. Je me suis posé la question : pourquoi les commerces ou les fabricants n'offraient-ils pas cette qualité d'ampoule dans le commerce de détail où elles étaient introuvables ? Leur intérêt mercantile n'était-il pas que la clientèle achète des ampoules fragiles qui claquent souvent, moyennant quoi ils vendaient plus d'ampoules et gagnaient plus d'argent sans se fatiguer ? Je n'accuse personne mais je me suis posé la question.

  • La France végète paralysée par l'incapacité des gens compétents et créatifs d'inspirer confiance.

    Par exemple, la profession ferroviaire s'est faite traitée d'infantile à l'Assemblée lors de la discussion de la loi Macron. Qui a réagi ? Personne à ma connaissance !

    "Ses personnels sont las et sans repères". Son industrie est opulente grâce à d'énormes projets très lucratifs tels TGVs ou Grand Paris. Mais elle doit abandonner ses positions à l'internationales dans l'indifférence générale. Quand le tour du ferroviaire est passé, la mane financière publique est dirigée vers d'autres horizons. Dans le meilleur des cas, chacun de ses enfants bien sages consomment ses réserves pour retrouver ses places à l'international.

    Il est très regrettable que nos politiques changent et se font élire sur d'autres ambitions, infantilisant ainsi toute la société civile !

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