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Ces égoïstes qui refusent Obama Care

Par Bernard Zimmern,
le mercredi 27 avril 2016

On sait qu’Obama Care, le surnom donné à l’Affordable Care Act de 2009, la signature emblématique de la présidence Obama, avait pour objectif de réduire le nombre des Américains qui ne sont pas couverts par une assurance maladie.

Ce plan ne semble pas avoir été un succès dans le cadre de la société américaine puisque le plus grand assureur, l’UnitedHealth Group a dévoilé pour les « exchanges », les caisses d’assurance créées pour offrir une base élargie, une perte de 650 millions de dollars en 2016 contre 475 en 2015 et a donc décidé de se retirer de ce marché, sauf dans un nombre très limité d’états. Le groupe affiche par ailleurs, des réussites positives dans toutes ses autres lignes de travail.

On peut cependant se demander si l’idée même qu’une assurance santé doit être bénéficiaire ou équilibrée n’est pas une idée fausse et si la solution à la française, d’une assurance santé gérée par un monopole sans concurrence, comme l’URSSAF, n’est pas la solution dans un domaine aussi important que celui de la santé et s’il n’est pas logique que ce soient les contribuables qui subissent les pertes éventuelles au lieu de laisser le vilain marché réguler cette activité.

Comme n’ont pas manqué de le souligner ses détracteurs de gauche, le défaut d’Obama Care est d’avoir imposé une liste minimum de soins couverts sans avoir imposé le payeur unique.

Même avec les subventions de l’État fédéral distribuées à travers les « Exchanges », des millions d’Américains ont jugé le coût de l’assurance trop élevé et ont préféré dépenser leur argent ailleurs. C’est en particulier le cas des jeunes qui ont beaucoup moins de problèmes de santé que les vieux et ont préféré s’acheter des voitures ou voyager que de payer une assurance. Mais leur absence a mis les caisses en déséquilibre, d’autant que s’y sont précipités ceux ayant des maladies lourdes ou des dépenses de santé élevées, qui ont été trop heureux de mettre une partie de ces dépenses à la charge de la collectivité.

Ce résultat est d’autant plus étonnant que la part de leurs revenus consacrée par les Américains à leur santé est la plus importante au monde puisqu’elle dépasse 16% du PIB (dont la moitié seulement couverte par les organismes d’État que sont Medicare, Medicaid, Veterans, etc., et l’autre moitié étant des dépenses volontaires comme les assurances ou les dépenses individuelles de chirurgie esthétique et autres).

Il est également inquiétant de penser qu’il peut s’être agi d’une énorme opération politique puisqu’il n’est pas sûr que le nombre de non-inscrits réels n’ait pas été beaucoup plus faible que celui affiché par les politiciens. Au lieu de 41 millions, il y aurait eu beaucoup moins de 10 millions de non assurés plus de 18 mois de suite, la différence étant constituée de ceux qui changent d’entreprises. À cet égard, la portabilité de l’assurance-maladie aurait peut-être été une mesure beaucoup plus efficace.

De ce fait, d’après les chiffres mêmes du CBO, l’organe d’évaluation du Congrès, le succès d’Obama Care n’aurait réduit le nombre de non-assurés que le 41 à 27 millions.

Le plan de l’Obama Care a été conçu par des experts de Boston, notamment par Jonathan Gruber, qui n’a pas hésité à déclarer devant la télévision que ce plan n’avait pu être voté que grâce à la crédulité des Américains (voir article ci-dessous traduit de la revue Forbes).

Il est clair que la couverture de l’assurance-maladie est l’un des grands défis économiques et sociaux de nos sociétés car il n’est pas sûr que le payeur unique et la limitation forcée des dépenses de santé, la politique pratiquée en France, soit la bonne solution dans la mesure où elle encourage tous les parasitismes qui viennent se greffer sur l’usage de la force publique.

Il n’est pas sûr non plus qu’une solution imposée d’en haut par ceux qui savent le mieux, soit la solution à un problème complexe où, à la complexité du problème, la moins mauvaise solution est généralement de laisser la diversité des acteurs opérer dans un cadre concurrentiel.

TRADUIT DE LA REVUE FORBES.

L’automne dernier, des vidéos ont émergé montrant l’économiste du MIT, Jonathan Gruber, -architecte de Obamacare - se moquant de "la stupidité de l’électeur américain" pour ne pas percevoir la façon dont la loi de santé controversée avait dissimulé ses véritables coûts.

À l’époque, le président Obama et d’autres ont utilisé les grands moyens pour nier le rôle central de Gruber dans Obamacare. Mais 20.000 pages de nouveaux e-mails, obtenus à partir du MIT par le Comité de surveillance de la Chambre, semblent prouver le rôle critique de Gruber.

Gruber, l’ « expert indépendant »

En Octobre 2009, le débat sur Obamacare agite le Congrès. Price Waterhouse Coopers publie une analyse prémonitoire projetant que, sous Obamacare, les primes d’assurance-maladie devraient augmenter de 47 pour cent en 2016 pour les personnes qui ont acheté une couverture par eux-mêmes : le marché de l ’ « individu » ou du « non –group » en langage assurance de santé.

Au mieux, PwC a sous-estimé l’impact de Obamacare sur les primes individuelles du marché. Mais le rapport menace directement Obamacare car il contredit directement la revendication déployée par le président Obama et les Démocrates qu’Obamacare réduirait les coûts. Ils font appel à Jonathan Gruber -un "expert indépendant" "qui affirme qu’Obamacare va « réduire vos primes jusqu’à 2.500 $ par famille par année." - pour assurer aux sénateurs que la « Loi sur les soins abordables" serait à la hauteur de son nom.

Gruber a accordé une entrevue à Ezra Klein, puis des blogs au Washington Post, dans lesquels Gruber a déclaré que « ce que nous savons pour sûr que le projet de loi va faire est que cela permettra de réduire le coût de l’achat d’assurance santé par les non-groupes. » Les commentaires de Gruber ont été claironnés par les défenseurs des Obamacare comme preuve que le rapport de PwC était « trompeur ».

Gruber, l’architecte d’Obamacare.

Gruber n’était pas expert indépendant. L’administration Obama lui a versé près de 400.000 $ en tant que consultant sur la conception d’Obamacare, en particulier sa nouvelle couche de réglementation fédérale d’assurance-maladie. Mais Gruber a essayé d’éviter la divulgation de ce conflit dans son commentaire public et dans les apparences. Les responsables démocrates ont ainsi maintenu la posture que les opinions de Gruber étaient non-partisanes. En effet, lorsque le sénateur Mike Enzi (R., Wyo.) a expressément demandé au ministère de la Santé et des Services sociaux des États-Unis, une liste de tous ses consultants payés, le nom de Gruber a été mystérieusement omis.

Les e-mails obtenus à partir du MIT montrent que, le 8 Janvier 2010, Gruber, le collaborateur le plus important de Jeanne Lambrew de la Maison Blanche sur Obamacare, lui demandait des conseils sur la façon de gérer une enquête de Politico au sujet de son contrat lucratif. "C’est drôle", écrit Gruber, "l’attaque que nous avions prévu à partir de la gauche est maintenant venue de la droite. Voici ma réponse proposée, s’il vous plaît faites-moi savoir si vous voyez un problème avec ça ? "Lambrew lui a demandé d’attendre pour qu’elle puisse "vérifier avec les amis de [la Maison Blanche] "

Gruber a gardé Lambrew et ses collègues au courant de ses discussions avec Ezra Klein, et Lambrew a louangé Gruber comme "faisant partie intégrante" du développement de l’Obamacare.

Stephanie Armour du Wall Street Journal est celle qui a dévoilé l’existence de la nouvelle mine d’emails.

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