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Business-Angels, le booster des créations d’entreprises

Par Bernard Zimmern,
le dimanche 2 juin 2013

L’étude publiée par le bulletin électronique de l’Ambassade de France à Washington, mentionnée dans notre dernier envoi, nous a conduits à féliciter l’Ambassade car c’est la première fois en 20 ans qu’elle publie un dossier sur ce qui à nos yeux constitue l’une des deux colonnes de la prospérité économique américaine : les Business Angels.
Les think tanks (qui font le nettoyage des virus politiques) sont l’autre botte secrète américaine.

Rappelons que dans la naissance et la croissance d’une firme jusqu’à ce qu’elle atteigne le stade PME, il lui faut investir en moyenne 20.000 euros par emploi créé dans les premières années et pour cela dégager des ressources en capitaux proportionnels aux emplois créés.

Pour créer une entreprise avec 5 à 10 salariés, ce qui est courant en Allemagne ou au Royaume-Uni pour ne pas parler des États-Unis, il faut donc débuter avec 150.000 à 300.000 euros, rassembler de l’ordre de 500.000 à 1 million d’euros pour être capable de suivre avec une ou deux rallonges de même montant si l’on ne veut pas se faire racheter à bas prix, le couteau sous la gorge, par ceux qui font le financement du troisième étage du financement, les capitaux-risqueurs.

Au tout début du capital-risque du Général Doriot (l’ARD, American Research Development) dans l’immédiat après-guerre, il n’était pas rare que le « venture-capital », c’est-à-dire des organisations rassemblant les capitaux de plusieurs investisseurs, se lancent dans le financement de la création d’entreprises particulièrement prometteuses.
Mais il est très vite apparu que participer à des projets dans la phase initiale n’était pas la place du venture-capital : montants investis trop faibles compte-tenu du coût des études d’évaluation et de suivi, risque trop élevé, et que le deuxième étage du financement devait être assuré par une formule intermédiaire, du venture-capital individuel, le Business Angels, qui, tout seul ou à la rigueur avec 1 ou 2 autres, va apporter les fonds jusqu’à 500.000 ou 1 million mais aussi l’expertise. L’avantage économique dans cette phase est que le BA investit ses propres fonds et n’a pas à effectuer des études coûteuses pour justifier un investissement auprès d’un conseil d’administration ; et le temps de suivi n’est pas payé, il apporte gratuitement son aide à l’entreprise.

Donc, il s’est opéré très vite, dans les années 50, une répartition des étapes de financement aux USA, et plus généralement dans les pays anglo-saxons, avec un premier étage qui réunit la famille, les proches et les cinglés qui est généralement capable de financer jusqu’à 100.000 euros, les Business Angels qui vont de 100.000 à 1,5/ 2 millions souvent en deux ou trois levées, et le venture-capital qui prend le relais au-delà.

Les chiffres montrent bien la césure : les BA investissent au démarrage ou après le démarrage (phase souvent dite d’amorçage) des montants individuels de l’ordre de 100.000 dollars par BA, 300.000 dollars par entreprise. Ils le font dans une vingtaine de milliers d’entreprises. Le capital-risque investit lui seulement dans 600 entreprises [1] en démarrage, mais dans 4.000 des montants qui atteindraient maintenant, d’après l’Ambassade de France, en moyenne, 7 millions.

Si le capital-risque a jugé qu’il n’était pas rentable d’investir dans l’amorçage d’une entreprise, quelle chance a-t-on que l’État ou ses agences soient rentables ? En d’autres termes, s’il choisit d’investir l’argent public dans l’amorçage d’entreprises par ses agences au lieu de le faire en encourageant le développement de Business Angels, ne choisit-il pas la solution qui crée des para-fonctionnaires mais qui est plusieurs fois plus dispendieuse et moins efficace pour l’économie et les finances publiques ?

Combien manque-t-il alors d’investissement en France par les Business Angels pour être à parité avec les Allemands ou les Britanniques ?

Les statistiques de l’ONS, de Destatis et de l’INSEE montrent que les Anglais et les Allemands créent environ 60.000 à 80.000 entreprises avec salariés par an, avec des effectifs moyens à la création entre 3 et 5 salariés, soit un total entre 200.000 et 300.000 salariés, et ceci depuis des années sinon des décennies, alors qu’en France nous créons à peine 33.000 entreprises avec en moyenne 3 salariés soit tout juste 100.000 emplois. Chaque année, nous avons un déficit dans les créations d’emplois sérieux de 100.000 à 200.000.
Nous le masquons avec une série d’artifices comme de développer des entreprises qui n’emploient aucun salarié, seulement le chômeur qui crée l’entreprise et qui n’est donc pas parti pour créer rapidement une multinationale.
Ces dispositifs ont permis à la majorité politique d’éviter de s’entendre dire qu’elle aidait les riches mais ils coûtent extrêmement cher au Trésor public, beaucoup plus cher que les dispositifs mis en place par les Anglo-saxons pour stimuler la multiplication des Business Angels et dont nous allons dans les prochaines publications montrer les raisons, l’ampleur, les solutions et les rentabilités pour l’État.


[1D’après la National Science Fondation

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