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Avons-nous besoin des riches ?

Par Dominique Mercier,
le dimanche 1er mai 2016

« Rich people, poor countries » : un livre récent montre que les milliardaires seraient nécessaires à la croissance, notamment celle des pays émergents qui connaissent une forte augmentation de leur nombre. Ce livre, réalisé par un chercheur américain, répond en fait à deux questions importantes : « Qui sont les riches ? » et « Sont-ils utiles à la croissance ? »

On sait depuis longtemps qu’il y a plusieurs types de riches : les self-made men et les héritiers, mais sans qu’une recension aussi précise et aussi globale ait jamais été faite. À partir d’une classification « prudente » [1], on découvre ainsi dans cette étude que la plupart des milliardaires [2] sont des self-made men, autour de 60% dans les pays développés, et de 80% dans les pays en voie de développement.

Mais l’auteur va plus loin dans son analyse, distinguant au sein des self-made men quatre catégories différentes :

- Il y a ainsi premièrement ceux qui ont créé une entreprise non financière, et qui représentent environ 30% des milliardaires dans les pays développés, 24% dans les pays émergents.
- Il y a ensuite ceux qui sont devenus milliardaires en investissant ou dirigeant une entreprise non financière qu’ils n’ont pas fondée, environ 10% des milliardaires quel que soit le type de pays.
- Il y a ensuite les milliardaires du secteur financier, représentant environ 20% quel que soit le type de pays.
- Il y a enfin ceux qui sont devenus milliardaires grâce à des ressources naturelles, une privatisation et/ou grâce à leurs connexions politiques, 4% dans les pays développés, autour de 20% dans les pays émergents.

L’auteur examine ensuite le lien entre la présence de milliardaires et le niveau de vie des pays. Le premier constat général est qu’il y a bien une corrélation entre le nombre de milliardaires et le PIB par tête dans un pays. Ce premier constat permet déjà de supposer que l’émergence de super-riches est en quelque sorte le prix à payer si l’on veut une augmentation générale du pouvoir d’achat.

Dans le détail, l’auteur explique cependant que tous les milliardaires ne se valent pas et que, d’après lui, certains d’entre eux sont déterminants. En fait, d’après son analyse, les milliardaires qui vont avoir un fort impact sur la croissance de leur pays sont ceux qui vont créer de très grosses firmes. En effet si ces très grosses firmes opèrent sur un marché concurrentiel et ont un avantage compétitif, elles vont avoir une très forte propension à exporter, ce qui va pousser la croissance. On constate en effet d’une part que les grandes entreprises représentent une grande part des exportations (80% des exportations aux États-Unis, et 50% en Europe et dans les pays en voie de développement). On constate en effet d’autre part une corrélation forte entre les exportations par le 1% des plus gros exportateurs et le PIB par tête.

En outre, au sein de ces grandes firmes, l’auteur rappelle que de nombreux exemples et études prouvent que les individus comptent, que la ou les personnes à la tête d’une entreprise font effectivement la différence, qu’elles ne sont pas substituables les unes aux autres pour la réussite de l’entreprise. Parmi beaucoup d’exemples, on peut citer celui de Steve Jobs : son entreprise languit pendant ses 10 ans d’absence mais quand il revint, il réinventa Apple qui est désormais la plus grande entreprise technologique aux États-Unis. On peut citer Warren Buffet, dont le modèle d’investissement ne marche pas d’après les experts, mais qui créa pourtant un impressionnant conglomérat.

Ce rôle primordial du dirigeant, outre ces exemples connus, est confirmé par des études globales sur différents pays. Une étude [3] sur 30 ans sur les 800 plus grosses firmes américaines montre que les PDG sont une explication importante des variations de politiques d’entreprise et des résultats au fil du temps. Une étude [4] sur des données norvégiennes montre que la mort de l’entrepreneur entraine une baisse des performances. Une autre étude [5] sur les morts subites de PDG au Danemark montre que cela entraine une baisse de 11% du rendement du capital. D’autres chercheurs [6] ont également montré que les nouveaux PDG sont plus performants quand ils ne sont pas contraints par la présence de l’ancien PDG au Conseil d’administration.

Ainsi d’après ce livre, « la boucle est bouclée » : si l’on veut augmenter le PIB par tête, il faut des entreprises exportatrices, et si l’on veut des entreprises exportatrices, il faut de très grosses entreprises compétitives sur le marché mondial. Celles-ci étant très souvent le fait de personnes devenues milliardaires, leur apparition parait être le prix à payer pour augmenter le niveau de vie des pays émergents. Il y a d’un côté les « mauvais riches », ceux qui héritent ou profitent du système, mais il y a aussi les « bons riches », ceux qui indirectement permettent la croissance et l’augmentation du pouvoir d’achat de leur concitoyens.


[1Sont considérés comme héritiers même ceux ayant hérité d’une entreprise très modeste qu’ils ont transformée en grande entreprise.

[2Pour des raisons pratiques et d’accès à l’information, les « rich poople » considérés sont en fait les milliardaires, à partir du classement Forbes.

[3Marianne Bertrand et Antoinette Schoar (2003).

[4Sascha Becker et Hans Hvide (2013).

[5Bennedsen, Pérez-Gonzalez et Wolfenzon (2007)

[6Timothy Quigley et Donald Hambrick (2012).

Messages

  • Je pensais, en vous lisant à nos capitaines d'industrie français du siècle dernier, Louis RENAULT en particulier et à la propension française du mépris des riches.
    Mépris qui relayé par une gauche étatiste lors du front populaire et après, a finalement couté la vie à cet industriel d'envergure
    Même si la régie des ses usines a fait vivre et développer l'entreprise pendant une quarantaine d'année, combien cela-t-il couté d'argent public

  • Merci pour avoir enfin trouvé des preuves statistiques et donc une réflexion argumentée sur ce sujet. Il me semble que l'on devrait pouvoir étudier en parallèle la nécessité des inégalités (?). Intuitivement on se demande quel serait le moteur de l'effort et donc de l'amélioration du niveau de vie s'il n'y avait pas récompense et donc création et constat d'inégalités à l'arrivée au moins. Plus objectivement, on constate que le meilleur niveau de vie moyen dans les pays est en général autour d'un indice de Gini de 0,30 ce qui suppose une certaine inégalité. Ni à 0 ni à 1 ! Connaissez-vous des études ou des corrélations qui auraient été étudiées à ce sujet ? Ce serait un intéressant complément à cet article sur Richesse et Pauvreté.

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