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Autre chimère de la droite : réindustrialiser la France
Comment réindustrialiser sans machines-outils ?

Par Bernard Zimmern,
le lundi 19 novembre 2012

Pour expliquer le nanisme des entreprises françaises, l’une des thèses favorites est la désindustrialisation. Ce qui est exact.
Ce qui l’est moins, c’est la proposition inverse qu’il faudrait sortir du nanise en réindustrialisant la France.
Il s’agirait de copier le succès du Mittelstand allemand, ces entreprises de fabrications de taille intermédiaire qui sont l’un des fers de lance des exportations allemandes

Mais une clé indispensable d’une fabrication compétitive internationalement est de maîtriser les machines-outils qui permettent de les produire avec la précision et le coût nécessaires. Or, la machine-outil française a pratiquement disparu : en 2007 : 838 machines ont été produites en France, contre 9.444 en Allemagne et 2.574 dans la petite Suisse… [1]

Pour garder le contrôle de la fabrication des circuits imprimés, Taiwan Semiconductor Manufacturing Co ( TSMC) [2] a décidé d’investir plus de 10 milliards de dollars dans la construction d’une nouvelle usine, capable de fabriquer des galettes de semi-conducteurs de 450 millimètres de diamètre avec des épaisseurs de circuits de 7 nanomètres, sensiblement 5 fois plus petits que les plus performants des circuits actuels. Mais cet investissement devrait permettre au Taïwanais de conserver sa place de premier fabricant mondial avec plus de 50%, loin devant le second, un Taïwanais également.

A l’origine de la disparition de la machine-outil française, il y a beaucoup de raisons mais, la plus fondamentale est que des fonctionnaires en mal de justifier leur existence se sont mêlés d’intervenir à tout propos dans les orientations stratégiques, avec par exemple le plan machine-outil de la fin des années 1970 qui a conduit les fabricants français dans des voies sans avenir. Rappelons l’épisode décrit dans le dossier précité où, lors du virage mondial des machines-outils vers la commande numérique, le ministère de l’industrie avait décidé de donner la fabrication des armoires électroniques à un petit fabricant, Feutrier, qui, en concurrence avec General Electric et Siemens, n’a pas résisté longtemps, laissant les machines-outils vendues à l’étranger sans dépannage et les constructeurs français à la merci des fabricants d’armoires électroniques étrangers, généralement concurrents. En ratant le virage du numérique, la machine-outil française, réputée dans de nombreux domaines comme les tours, les fraiseuses, a été éliminée.

A l’époque, même au Japon, l’industrie de la machine-outil japonaise marquait d’énormes points en croisant sa précision mécanique avec son électronique sans avoir d’intervention du MITI.

L’État est le grand responsable de la désindustrialisation. Mais pas seulement en détruisant la machine-outil (à suivre).


[1Septembre 2010 avec extraits du dossier signé par Georges Duréault paru dans Société Civile n° 91 de mai 2009

[2Nikkei Weekly. 12 novembre 2012.

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