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Apprentissage au Royaume-Uni : les clés d’un succès

Par Dominique Mercier,
le mercredi 11 juin 2014

En seulement trois ans, l’Angleterre a réussi à doubler le nombre de ses entrées en apprentissage. Ce succès est la preuve qu’il est possible d’avoir des résultats de court-terme via une politique appropriée.

Un contrat d’apprentissage consiste à alterner des périodes d’enseignement dans un centre de formation d’apprentis et des périodes de travail en entreprise. Il est prouvé que l’apprentissage permet de réduire le chômage des jeunes, pourtant depuis des années l’apprentissage stagne en France. Par comparaison, le nombre d’apprentis anglais est passé d’un nombre similaire au notre, soit environ 400 000 apprentis actifs en 2009, à plus de 800 000 apprentis actifs (cf. graphique plus loin). Loin de constituer un hasard, ces chiffres sont la conséquence d’une politique volontariste, faisant partie intégrante du « Plan pour la croissance » lancé au début du mandat de David Cameron.

Ces dernières années, différentes campagnes de communications ainsi que plusieurs sites internet ont ainsi été mis en place afin de sensibiliser à la fois les entreprises et les apprentis potentiels. Mais si ces différentes campagnes ont trouvé un écho, c’est bien parce que l’apprentissage représente effectivement un gain pour l’entreprise, y compris financier. Cette incitation est particulièrement forte pour les apprentis ayant entre 16 et 18 ans. Le ministère de l’Éducation paie intégralement le coût de leur formation et le salaire minimum imposé par la loi est particulièrement faible, de 2,68 £ par heure. Par comparaison, la rémunération minimale en France est d’environ 4 euros, 6 euros ou 8,5 euros bruts [1] par heure effective de présence, selon l’année de formation de l’apprenti (1ère, 2ème ou 3ème année). Pour les apprentis anglais plus âgés ayant de 19 à 23 ans, le Département des Affaires paie la moitié du coût de la formation, la rémunération est de 5£ par heure en dessous de 21 ans, et de 6,30£ au-delà [2].

La grille de rémunération anglaise peut paraître faible (c’est effectivement le cas si l’entrée en apprentissage implique le déménagement du jeune et le paiement d’un loyer), pourtant elle ne parait pas injuste en elle-même. Le but de l’apprentissage est bien de donner une compétence technique à l’apprenti et l’acquisition de cette compétence nécessite que son tuteur lui consacre du temps, ce qui a un coût pour l’entreprise, coût qui s’ajoute au fait que le jeune est payé alors qu’il n’est pas directement opérationnel. Dans le système anglais, on voit que l’incitation financière est d’autant plus importante que l’apprenti est jeune, ce qui va dans le bon sens également d’un point de vue social : plus l’on est jeune, plus une sortie du système scolaire - sans qualification – compromet l’avenir.

Nombre de personnes commençant un apprentissage en Angleterre entre 1996 et 2012

(graphique tiré d’une étude du Center for American Progress)

Nombre d’apprentis actifs en Angleterre entre 2002 et 2012

(graphique tiré du Center for American Progress)

Bien que la hausse du nombre d’apprentis au Royaume-Uni soit assez spectaculaire (cf. supra), ce n’est vraisemblablement que le début. Une réforme de l’apprentissage se met progressivement en œuvre, afin, selon le Ministre du savoir-faire Matt Hancock, de « changer la culture du pays entier » :

> Désormais, ce sont les entreprises de chaque branche concernée qui vont seules choisir pour chaque métier les compétences et qualifications à acquérir par l’apprenti. Cela fait déjà l’objet d’une expérimentation pour huit secteurs clé : aérospatial, automobile, industries digitales, électrotechnique, énergie et matière première, services financiers, industrie agroalimentaire, sciences industrielles.

> Réduction de la charge administrative : le ministre a annoncé que les nombreuses pages de règlementation seraient réduites à une simple grille tenant sur une page A4 [3].

> Les centres de formation, qui sont des centres de formation privés recevront leur rémunération directement de l’employeur, qui la recevra- du moins en partie - lui-même de l’État. Les employeurs ont fait l’objet d’une consultation nationale en ce sens, afin de déterminer la meilleure méthode de mise en œuvre technique.

> Les compétences acquises par l’apprenti seront évaluées de manière indépendante, afin que l’apprentissage ait véritablement un caractère diplômant, avec une reconnaissance dans toute l’Angleterre.

> Le rythme de l’apprentissage sera fixé à 4 jours en entreprise et un jour en centre de formation : il se concentre donc sur l’acquisition de compétences pratiques et non pas théoriques. Par comparaison, le rythme français est de 3 jours en entreprise et de 2 jours en formation, et l’on sait que les employeurs français se plaignent du faible temps de présence des apprentis.

> Enfin, l’apprenti devra valider un niveau minimum d’anglais et de mathématiques avant de commencer l’apprentissage. Ces exigences vont être progressivement renforcées et l’État financera intégralement des cours de mathématiques et d’anglais pour les apprentis. Loin d’être anecdotiques, de telles mesures seraient également nécessaires en France où le niveau en lecture, écriture et calcul des jeunes est inquiétant et un frein important pour leur employabilité.

L’exemple anglais confirme qu’une réforme de l’apprentissage est possible, avec des résultats concrets et rapides. La culture propre d’un pays peut encourager ou freiner une réforme, mais c’est aussi une question de la volonté politique.


[1On prend la rémunération mensuelle brute divisée par le nombre d’heures de présence soit trois jours sur cinq sur la base d’une semaine complète de 35 heures. Bruts et nets sont quasi-identiques car il y a exonérations de presque toutes les charges sociales salariales et patronales.

[2Pour les apprentis ayant au-delà de 23 ans, la contribution de l’État à la formation est plus faible.

Messages

  • Ayant une PME en grande bretagne,dans la région du Kent, j’ai des apprentis. Le grand intérêt pour les petites entreprises, c’est qu’ils ne figurent pas dans la masse salariale, mais dans celle de la région. Les feuilles de paye sont émises par la région.
    En fait la région émet une facture mensuelle, et l’employeur n’a pas la responsabilité salariale, mais doit le respect du contrat à la région, l’information du temps de présence et le paiement des factures du service de l’apprenti...
    L’apprenti est payé a la semaine par la région de son salaire...

    • merci de ce message
      12 juin, 21:24, par lequidampost

      Ayant une PME en grande bretagne,dans la région du Kent, j’ai des apprentis. Le grand intérêt pour les petites entreprises, c’est qu’ils ne figurent pas dans la masse salariale, mais dans celle de la région. Les feuilles de paye sont émises par la région.
      En fait la région émet une facture mensuelle, et l’employeur n’a pas la responsabilité salariale, mais doit le respect du contrat à la région, l’information du temps de présence et le paiement des factures du service de l’apprenti...
      L’apprenti est payé a la semaine par la région de son salaire

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