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« Abenomics » : la leçon d’un échec possible

Par Bernard Zimmern,
le dimanche 14 septembre 2014

Nous apprenons que la relance japonaise pour sortir de la déflation, entreprise courageusement par le Premier ministre, Shinzô Abe, est mal en point avec une réduction importante du PIB au dernier trimestre, un gonflement des stocks et une réduction des investissements des entreprises.
L’abenomics, l’ensemble des mesures économiques lancées par Shinzô Abe, nous intéresse car elle reprend une des mesures importantes américaine et européenne. La Banque du Japon inonde le marché des capitaux comme la Fed américaine avec le QE (« Quantitative easing ») et, plus récemment, en Europe, la BCE.

Mais le QE peut-il suffire à relancer une économie ?

Le QE, c’est mettre par le réseau bancaire de l’argent à des taux extrêmement bas à la disposition des investisseurs et en particulier des entreprises qui voudraient emprunter pour investir.

Mais encore faut-il trouver des investisseurs, des demandeurs de prêts.

Nous avions signalé il y a un an que le Wall Street Journal annonçait en première page que les banques américaines ne trouvaient pas d’emprunteurs et que cela mettait en danger leurs comptes de résultat.

On peut se demander s’il n’en va pas de même en Europe.

Pour le Japon, la situation est compliquée par le fait que le gouvernement Abe a simultanément introduit une augmentation de la TVA passée de 5% à 7,5%, et l’on peut supposer que le recul de l’activité économique est dû à l’introduction de cette taxation supplémentaire.

Mais il y a une autre interprétation, d’autant plus crédible qu’elle était défendue par Jun’Ichirô Koizumi, le Premier ministre japonais dont Shinzô Abe était le directeur de cabinet, qui consiste à penser que le Japon manquait de Business Angels. Lui et son jeune ministre des Finances, Tanaka, avaient introduit à l’époque une première mesure fiscale en faveur des Business Angels, malheureusement bien timide.

Pour ceux qui ont vécu de nombreuses années au Japon, l’industrie japonaise est remarquable pour son exécution du détail mais désespérante pour son conformisme et son manque d’innovation (avec des exceptions bien sûr).

Le processus du changement dans une entreprise est dicté par une procédure extrêmement rigide où tout changement doit être accepté par l’ensemble de la hiérarchie, en partant de la base, avant d’être promulgué. Après, cela va très vite, mais cela peut prendre des mois ou des années pour parvenir à une décision.

C’est que la civilisation japonaise, par ailleurs admirable, repousse la contestation de l’ordre établi, donc le bouleversement introduit par un individu.
Or, ce qui a permis de créer des start-up comme Sony ou Honda en leur temps, c’était le rejet de l’ordre établi et sa remise en cause.

Le drame économique japonais est qu’il y a de ce fait très peu de start-up au Japon. L’industrie japonaise s’en est remarquablement sortie dans les années 1970-80 en croisant des technologies, en combinant notamment mécanique de précision et électronique ; mais la relance par de nouvelles start-up n’est pas venue ou pas assez.

Comme pour les USA, mais de façon plus aiguë en raison de cette culture japonaise, nous nous demandons si l’Abenomics n’était pas condamné depuis le début par le manque de nouvelles start-up capables d’emprunter et d’utiliser les conditions de crédit extrêmement favorables de la Banque du Japon.

Le Premier ministre a probablement reconnu cette faiblesse du manque d’initiative individuelle en suggérant des développements d’industries « top-down » au lieu de « bottom-up », en encourageant par exemple la recherche médicale et les activités qui en résultent, grâce à l’avance prise par plusieurs centres universitaires en matière de biologie.

Koizumi et son ministre des Finances Tanaka avaient aussi cherché à développer du financement de Business Angels indispensables à l’émergence de start-up individuelles, car ils avaient réalisé comment le vieille garde des bureaucrates paralyse tout, y compris le financement des banques ; mais les quelques réformes qu’ils avaient tenté d’engager ont malheureusement été arrêtées dès leur départ par la bureaucratie qui a repris le dessus.

Une leçon pour les économies occidentales ?

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