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5 septembre 2015, une arrivée ordinaire à Roissy

Par Bernard Zimmern,
le dimanche 27 septembre 2015

À l’arrivée du vol SQ366, un A380 venant de Singapour, les passagers ont droit à l’accueil bien connu que la France réserve à ceux qui viennent de pays lointains. Il y a en effet 3 ou 4 A380 qui atterrissent à peu près au même moment en provenance de Bangkok, Singapour, Dubaï, etc.

C’est le même accueil que celui que j’ai personnellement expérimenté pendant les années 90 ou 2000 en revenant de Tokyo, New-York ou Los Angeles par le vol de nuit : une bonne demi-heure de files d’attente pour les Français et plutôt une heure pour les étrangers, ceci pour avoir le droit de montrer son passeport au contrôle de l’état-civil ; une attente dans des couloirs qui ne sont même pas aménagés pour cela.

L’examen d’un passeport à l’arrivée dans un pays étranger a toujours donné lieu à un cérémonial, car il s’agit d’une opération importante. D’autant que, dans les dernières années, les masses d’arrivants ont augmenté avec la taille des avions gros porteurs et leur multiplication, et que les faux passeports pullulent, non seulement pour les terroristes, mais tout simplement pour tout émigrant souhaitant entrer dans un pays riche et fuir la pauvreté du sien.

Un faux passeport ne coûte pas très cher, au pire quelques centaines d’euros.

Ce surencombrement des arrivées, tous les pays développés le connaissent et, pour organiser le flot, les arrivées dans la salle de contrôle des passeports sont de larges salles, avec, généralement, deux queues séparées, l’une pour les citoyens ou résidents du pays, l’autre pour les étrangers. Le personnel navigant bénéficiant d’une entrée spéciale. On retrouve ce dispositif à Narita et Haneda (Tokyo), à Sydney, et pratiquement tous les grands aéroports américains, à Oslo, à Heathrow (Londres), Francfort (Allemagne), etc.

Pas à Roissy. Là, les arrivants doivent s’engouffrer dans deux couloirs où s’écrasent les queues, avec, à l’horizon, à peine visibles au-dessus de la foule des têtes, non pas une vingtaine ou une trentaine de guichets de police, mais une poignée de guichets dont souvent la moitié ne sont même pas ouverts.

Une tradition, peut-être une signature, qui dure depuis au moins 30 ans.

Est-ce une conséquence du manque de fonctionnaires dont on sait que la France souffre ?

Mais la surprise du voyageur augmente encore au passage devant l’état-civil.

Dans la plupart des pays développés, États-Unis bien sûr, mais dans beaucoup de pays européens appartenant à l’espace Schengen comme Royaume-Uni, Norvège, Suède, ou d’autres comme Australie, Singapour, même l’île Maurice, la partie numérique du passeport est lue et enregistrée sur un ordinateur central du pays, ce qui permettra de contrôler si le voyageur n’est pas fiché, et de vérifier ultérieurement sa sortie, s’il est étranger. La plupart des pays y ajoutent même une prise de photo au flash qui permet de confronter l’image du voyageur avec celle du passeport.
En France, surprise : le fonctionnaire se borne à regarder le passeport, à vérifier que suivant les dates qui y sont inscrites, le passeport est bien en état de validité. C’est tout.

Si le voyageur est recherché par Interpol, bienvenue en France.

Pour éviter d’avoir à multiplier à l’infini les fonctionnaires de l’état-civil et améliorer la productivité du personnel administratif, certains pays pratiquent même le self-service du contrôle. C’est ainsi que depuis deux ans, à Dallas et plusieurs autres aéroports US, vous ne passez plus devant un officier mais allez simplement faire lire votre passeport par une machine qui prend votre photo, et cochez quelques cases, étape au terme de laquelle il vous est délivré un ticket avec la mention blanche ou une croix. Au sortir de la vingtaine de borne, un préposé vous oriente sur un couloir vers la sortie si vous avez la mention blanche ou, si vous avez tiré la croix, vers une queue qui débouche sur quelques préposés de l’état-civil ancienne manière qui vont explorer pourquoi la machine ne vous a pas délivré de laisser-passer.

Le nombre d’officiers d’état-civil présents a ainsi été réduit d’une trentaine environ à trois.

Sans même parler de productivité dans la fonction publique, la France ne pourrait-elle pas faire de l’espace Schengen un espace où l’on ne rentre pas comme dans un moulin avec une absence de contrôle sérieux des passeports qui frise l’irresponsabilité ? Et donner à tous les étrangers qui viennent la visiter un autre accueil qu’une heure d’attente dans un couloir où l’on s’écrase ?

Article soumis avant publication à Augustin de Romanet, président des Aéroports de Paris, sans aucune réaction.

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